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Les populistes et l'extrême droite en tête

Pays : Italie

Tags : Politique, Italie, Elections, Silvio Berlusconi, Matteo Renzi, Matteo Salvini

Dimanche 4 mars, les Italiens ont voté pour élire leur nouveau parlement et leur nouveau gouvernement. Après plusieurs semaines de campagne féroce, les partis europhobes, antisystèmes et d'extrême droite sortent gagnants des élections, d'après les premiers résultats communiqués lundi 5 mars. 

"Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'emportent" : c'est le résumé que fait le quotidien La Stampa des élections italiennes. Les craintes formulées partout en Europe avant le scrutin semblent se confirmer. 

La coalition formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, le parti d'extrême droite de la Ligue du Nord, mené par Matteo Salvini et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie), obtient quelque 37% des voix, selon des résultats partiels portant sur 73% des bureaux de vote. C'est donc cette alliance qui sort gagnante du scrutin, sans pour autant rassembler les 42% des voix nécessaires pour avoir la majorité gouvernementale. En outre, à l'intérieur de cette coalition, c'est la formation eurosceptique et anti-immigration de Matteo Salvini, proche du Front national français, qui est en tête : cela pourrait obliger Silvio Berlusconi à se ranger derrière son jeune allié s'il y avait moyen de former un gouvernement.

Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles, qui devient le premier parti du pays avec un score pour l'instant proche de 32%. Désormais, "tout le monde devra parler avec nous", s'est réjoui Alessandro Di Battista, l'un des responsables du mouvement, après une campagne dirigée contre la corruption et la "caste" politique italienne.

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du gouvernement sortant a de son côté enregistré dans les urnes une baisse plus forte que redouté, avec environ 19% des voix, selon les résultats partiels, soit moins de la moitié des 40% obtenus aux élections européennes de 2014.

"Aucune forme de gouvernabilité"

L'absence probable de majorité pour la coalition de droite comme pour le M5S contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s'annoncent longs et complexes.

Une alliance "antisystème" entre le M5S et la Ligue semble la seule susceptible d'obtenir une majorité parlementaire. Mais les dirigeants des deux formations ont jusqu'à présent catégoriquement rejeté cette éventualité, et une partie de leurs troupes pourraient avoir du mal à suivre s'ils changent d'avis. "Les vainqueurs de cette bataille électorale sont Matteo Salvini et Luigi di Maio", le chef de file du M5S, mais "tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité", assure ainsi l'éditorialiste de La Stampa.

Il appartiendra donc au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l'écheveau dans les semaines qui suivent pour de confier un "mandat exploratoire" à celui ou celle qui lui paraîtra en mesure d'obtenir une majorité. Mais ces consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois au plus tôt, après l'élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d'instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections.

"Les Italiens d'abord"

Matteo Salvini, qui a transformé l'ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste, a martelé pendant toute la campagne un discours anti-immigration et méfiant à l'égard de Bruxelles, qui semble avoir porté dans un pays en proie à l'euroscepticisme et qui a vu débarquer près de 700.000 migrants depuis 2013.

"Les Italiens d'abord", "Stop à l'invasion"... Les affiches électorales au siège de la Ligue à Milan rappelaient ces grands thèmes d'une campagne qui a aussi vu l'affirmation de mouvements néofascistes et des tensions, parfois même des violences, avec des militants d'extrême gauche.

"Mon premier commentaire: merci!", a tweeté vers minuit l'homme fort de la Ligue du Nord. Il a prévu de s'exprimer devant la presse lundi en fin de matinée. Silvio Berlusconi, qui s'était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari.

À l'étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé sur Twitter ses "chaleureuses félicitations" à M. Salvini, estimant que sa "progression spectaculaire" était "une nouvelle étape du réveil des peuples". Nigel Farage, ex-chef de l'Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a pour sa part félicité sur Twitter ses "collègues" du M5S.

Avec un vote marqué à la fois par le rejet de la vieille classe politique, l'exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants, l'Italie s'inscrit ainsi dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et de la poussée de l'extrême droite ailleurs en Europe.

 

Galerie photo : les principaux candidats de l’élection

 

Dernière màj le 5 mars 2018