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Ecosse : un référendum d'incertitudes

Pays : Royaume-Uni

Tags : Ecosse, indépendance

Le Premier ministre britannique s'est livré à un ultime plaidoyer passionné en terre écossaise pour défendre l'unité du Royaume-Uni. "Je vous en supplie, ne brisez pas cette famille", a demandé David Cameron. Il a vanté tout ce qui a été accompli en 307 ans, puis, il a adressé une mise en garde : si les Écossais votent pour l'indépendance et il n'y aura plus ni monnaie commune, ni retraite commune, ni passeports communs. Un véritable divorce en somme, aux conséquences multiples.

Dans un premier temps, un vote pour le oui ne se matérialisera pas par des changements spectaculaires. En revanche il donnera le coup d'envoi de négociations complexes pour aboutir à l'indépendance effective de la région septentrionale du Royaume, fixée au 24 mars 2016. En attendant, ce sont les questions économiques qui inquiètent le plus les deux camps.

 

My tailor is rich

Le SNP (Scottish National Party) et son leader Alex Salmond disent vouloir continuer à user de la Livre sterling. Un droit pour l'instant fermement dénié par Londres qui refuse une union monétaire sans union politique. En retour le SNP menace de renégocier le partage de la dette britannique, et propose pour l'instant de le répartir sur la base de la contribution passée au budget de l'union, ou sur celle de la taille de la population écossaise. Va aussi se poser la question de la répartition des richesses pétrolières et gazières de la mer du Nord. Selon les experts, on devrait s'acheminer vers une distribution géographique, suivant la ligne de partage des eaux de pêche, ce qui donnerait à l'Écosse 91% des revenus. Certains indépendantistes rêvent de voir l'Ecosse devenir une nouvelle Norvège, aux caisses bien remplies grâce à l'or noir. Ils comptent mettre en place un fonds souverain comme le pays nordique, afin de faire fructifier cette manne. Les unionistes préviennent eux qu'il est risqué de fonder le budget d'un pays sur une ressource aussi volatile.

 

Ecosse libre et autres incertitudes

Si Alex Salmond, le Premier ministre écossais et leader de la campagne pour l'indépendance, s'est voulu rassurant en affirmant qu'une Écosse indépendante conserverait la même monnaie, son appartenance à l'Union européenne et sa souveraine, la Reine Elizabeth II, sur tous ces points et bien d'autres, rien n'est acquis. Le SNP, pro-européen veut qu'une Écosse indépendante fasse partie de l'Union européenne. Mais Edimbourg devrait emprunter le processus d'adhésion fastidieux, à l'instar des autres postulants. A la question y-aura-t-il une frontière et faudra-t-il un passeport pour voyager entre l'Écosse et ses voisins? Les indépendantistes ne le souhaitent pas mais ils veulent aussi alléger les procédures pour les immigrants. Or le gouvernement conservateur de David Cameron a au contraire choisi de mener une politique d'immigration restrictive. Enfin le SNP s'est engagé à ce que l'Écosse indépendante continue de prêter allégeance à la reine Elizabeth II. Toutefois, le camp républicain en son sein qualifie de plus en plus ouvertement la monarchie d'anachronisme. Décrite comme inquiète par les chroniqueurs royaux, la reine a rappelé, par la voix de son porte-parole, son impartialité dans le scrutin d'indépendance.

 

Si le NO l'emporte

Le Premier ministre conservateur s'est vu reprocher une implication insuffisante dans la campagne du référendum. Pourtant au vu des récents sondages, il a été obligé de se jeter dans la fosse au lions. Au cours d'un de ses derniers discours il a à nouveau promis de déléguer davantage de pouvoirs au Parlement régional écossais si le non l'emportait. Conscient de la force du vote anticonservateur dans cette région ancrée à gauche, il a même fait valoir qu'il ne serait pas là indéfiniment. En revanche, a-t-il ajouté : "si l'Écosse vote oui, le Royaume-Uni éclatera, et nos chemins se sépareront, pour toujours". 

Dernière màj le 8 décembre 2016