Ebola : la course contre la mort

Pays : France, Guinée, Japon

Tags : Ebola, Recherche, épidémie

Apparue en Guinée au début de l’année 2014, l’épidémie d’Ebola s’est depuis répandue comme une traînée de poudre dans plusieurs pays d’Afrique de l'ouest. L’urgence, désormais, pour les scientifiques du monde entier, est de trouver un remède.

Ebola : La Course Contre La Mort

 

En savoir plus...

"Ebola : mobilisation renforcée", notre dossier complet sur l'épidémie.

Cette fièvre hémorragique, qui tue entre 90% et 50 % des personnes infectées selon les vagues, a déjà provoqué plus de 5 000 morts. Si aucun traitement n’est administré massivement dans les prochaines semaines, la progression de l’épidémie sera exponentielle. A ce jour, le nombre de cas (estimé à près de 15 000) double toutes les deux à trois semaines et à ce rythme, près de 1,4 million de personnes pourraient être infectées d’ici janvier 2015.

Alors que le virus est connu depuis 1976, la recherche a toujours été timide et longue à se mettre en place. Désormais, la donne a changé. Des scientifiques du monde entier, Etats, centres de recherche, laboratoires publics comme privés, se sont engagés dans une course frénétique au traitement curatif et au vaccin préventif.

Décryptage de cette course contre la mort au cours de laquelle nos reporters ont rencontré des experts du monde entier, en Afrique, aux Etats-Unis, au Japon, où se trouve un traitement très prometteur contre Ebola ; en passant par la Belgique qui a mis au point un vaccin.

En France, nos équipes ont pu réaliser deux tournages exclusifs dans les sanctuaires où rôde Ebola. L’un, dans le laboratoire haute sécurité P4 de Lyon, le plus grand d’Europe, seul habilité à manipuler le virus Ebola et à tester des traitements sur des singes. L’autre, dans les murs de l’hôpital militaire Bégin en région parisienne, où a été traitée et guérie l’infirmière de MSF rapatriée de Guinée en septembre et où se trouve actuellement le deuxième malade d’Ebola rapatrié en France, un agent de l’ONU. 

 

De Valérie Rossellini et Fabrice Papillon – ARTE GEIE / Scientifilms - France 2014 

Interview de Fabrice Papillon,  journaliste scientifique et co-auteur du reportage

"Que des vaccins ou des traitements curatifs comme des antiviraux n'aient pas été développés avant peut paraître choquant parce qu'en réalité ils existaient sur des étagères. Des produits avaient été créés en laboratoire à partir de molécules et principes actifs connus, et mêmes testés pour certains sur des souris et des singes. Ces vaccins ou traitements expérimentaux ont parfois montré des protections allant jusqu'à 100%, auraient pu être mis sur le marché de façon préventive, avant la flambée du virus Ebola. Mais sans financements, ils n'ont pas passé le cap humain..." 

Malgré ce scandale, Valérie Rossellini et Fabrice Papillon n'ont pas eu l'impression d'assister à une ruée comme cela a pu être le cas pour le vaccin contre la grippe où des millions de doses ont été fabriquées puis vendues aux gouvernements dans des conditions suspectes : "Dans le monde entier, l'urgence est de trouver un traitement" nous a expliqué Fabrice Papillon. 

 

 

Interview de Annick Antierens, coordinatrice des essais de traitements contre le virus Ebola (MSF Belgique)

 

Pour Médecins sans frontières, la première organisation à tirer la sonnette d'alarme, la réponse de la communauté internationale a été bien trop tardive : "On a toujours ce problème avec les maladies négligées. Avec les maladies virales hémorragiques, il y a toujours des petites épidémies, une ou deux par an, avec une cinquantaine de morts à chaque fois, mais ça ne suffit pas pour émouvoir la communauté, ça ne représente pas du tout un marché commercial et ça se passe dans des pays auxquels ne s'intéressent pas forcément les gens... D’ailleurs il y en a une en ce moment au Congo ainsi que quelques cas en Ouganda mais personne ne veut s’en occuper particulièrement en Afrique. Bien sûr nous n'avions pas prévu une épidémie d'Ebola de cette ampleur en 2014 mais nous l'anticipions car le monde est beaucoup plus connecté, les gens se déplacent et les épidémies ne sont plus confinées localement au fin fond de la jungle."

Annick Antierens a participé la semaine passée à la Conférence organisée par l'Organisation mondiale de la santé pour revoir la liste des traitements potentiels contre Ebola. Beaucoup de médicaments ont été développés initialement par le secteur militaire ainsi que par le monde universitaire. Après avoir été mise au point grâce à des fonds publics, la formule est souvent donnée ou vendue à moindre prix à des compagnies pharmaceutiques pour qu’elles le développent en tant que médicament disponible en pharmacie. "Les grands labos ne devraient pas jouer sur le prix de ces médicaments, développés grâce à des fonds publics, et pour des populations vulnérables, comme c'est parfois le cas. Mais le fait qu’un médicament soit développé par l’armée ne nous pose aucun problème de neutralité, nos critères déterminants sont l'efficacité et la disponibilité". Et l'urgence est de tester ces nouveaux produits et protocoles, mettre en place des combinés thérapeutiques efficaces pour pouvoir répondre durablement à la détresse des populations touchées : "Jusqu'il y a quelques semaines, l'épidémie augmentait de manière exponentielle, la mortalité a été quelque peu réduite autour de 50%, on déploie des médecins et des médecins mais ce n'est pas suffisant. Des jeunes, des femmes, des vieux, du personnel soignant continuent à mourir mais également plein de victimes secondaires dont on ne parle pas souvent. On ne connaîtra jamais vraiment jamais le nombre de personnes infectées à cause de toutes ces personnes qui n’ont pas eu accès aux soins généraux de santé publique, généraux car le personnel de santé n’était pas là, ou le centre était fermé, ou il fallait une intervention et personne n’a voulu prendre le risque d’être infecté par Ebola donc des femmes qui auraient dû avoir des césariennes sont mortes en couches, des enfants vicitmes de la malaria n'ont pas été soignés, etc."

A l'heure actuelle, d'autres intervenants sont sur le terrain, des structures ont été construites, le personnel formé et deux vaccins sont en passe d'être mis sur le marché à une vitesse éclair. Annick Antierens détaille les critères de traitements et vaccins acceptables, à la fois pour les patients et le personnel soignant : 

 

 

 

@illeurs

"Au lit avec Ebola", le témoignage de Frankie Taggart, correspondant de l'AFP à Dakar : "Je ne peux pas chasser Ebola de mon esprit. Je dois y penser à chaque seconde qui passe, pour ne pas commettre un acte stupide qui mettra ma vie en danger. Les travailleurs humanitaires dans l’est de la Sierra Leone disent que lorsque vous arrêtez d’avoir peur d’Ebola, c’est qu’il est temps de rentrer chez vous."

"Diary", le journal très bien informé de Paul Farmer, anthropologiste et docteur américain de retour du Liberia, décrit par sa biographe comme "l'homme qui pourrait soigner le monde". Il explique les cinq axes de travail qui pourraient éviter un prochain cataclysme tel que Ebola. (en anglais)

Chronologie de l'épidémie

 

 

En bonus, une galerie photo du tournage dans les laboratoires les plus sécurisés de la planète : 

 

Uwe-Lothar Müller, Léa Rauch et Laure Siegel

 

Dernière màj le 8 décembre 2016