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Ebola inquiète le monde

Pays : Libéria, Nigéria, Sierra Leone

Tags : Ebola, fièvre, OMS, Liberia, Afrique

Alors que la fièvre hémorragique a tué un millier de personnes en Afrique de l'Ouest, le comité d'urgence de l'OMS se réunit en urgence pour réfléchir sur les mesures à prendre. En attendant, la panique semble avoir gagné le Liberia et la Sierra Leone, où des mesures surprenantes viennent d'être prises.

Le virus Ebola semble hors de contrôle. L'épidémie de fièvre hémorragique a déjà tué 932 personnes en Afrique, selon un bilan diffusé le 06 août par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce nouveau chiffre, qui commence à inquiéter le monde, est rendu public alors que le comité d'urgence des règles sanitaires internationales de l'OMS tient mercredi et jeudi à Genève une réunion sur l'épidémie, pour décider si elle constitue une "urgence de santé publique de portée mondiale". Ce comité fera connaître ses décisions le 08 août. Il pourrait proposer des mesures temporaires pour réduire la propagation de la maladie. Pour l'instant, l'OMS ne recommande pas de restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux en direction des pays touchés.

 

Trois jours de prière pour lutter contre Ebola

Les trois pays les plus concernés semblent débordés. Au Liberia, la présidente Ellen Johnson Sirleaf a appelé ses compatriotes à trois jours de jeûne et de prière de mercredi à vendredi pour implorer la protection divine contre l'épidémie.

 

En Sierra Leone voisine, le président Ernest Bai Koroma a lancé l'armée dans la bataille contre Ebola, ordonnant le déploiement de centaines de soldats dans les centres accueillant des malades, pour faire respecter les mesures de quarantaine. Cette décision vise à "dissuader les familles et les amis de malades présumés d'Ebola de les sortir de force des hôpitaux sans accord médical, ce qui est déjà arrivé dans certaines parties du pays, y compris la capitale", a déclaré un conseiller présidentiel. Des perquisitions pour repérer les malades présumés sont également prévues.

 

On s'inquiète aussi au Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique, où le virus a tué une deuxième personne : une infirmière qui avait soigné un passager libérien arrivé malade à Lagos.

 

 

 

Un sérum miracle ?

Deux Américains, un médecin et une missionnaire ayant contracté le virus au Liberia, où ils luttaient contre l'épidémie, ont été rapatriés récemment. Tous deux ont été traités avec un anticorps expérimental jamais testé auparavant sur des humains, qui semble, selon les médecins traitants cités par CNN, "avoir eu un effet miraculeux en atténuant rapidement les symptômes". Alors que l'état du Dr Brantly était encore jugé grave jeudi dernier avant de recevoir cet anticorps, celui-ci a pu se lever et prendre une douche avant d'embarquer dans l'avion sanitaire privé qui l'a ramené samedi aux Etats-Unis.

 

Le directeur de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), le Dr Anthony Fauci, prône néanmoins la prudence, soulignant que "le sérum avait une certaine efficacité mais seulement chez deux patients". Il rappelle aussi la très grande difficulté à produire un nombre significatif de doses à ce stade. "A court terme, l'espoir le plus solide contre Ebola s'appuie sur un vaccin expérimental efficace chez les singes", affirme le le scientifique.

 

Plusieurs étrangers infectés

Toujours aux Etats-Unis, un homme qui a voyagé dans la région touchée, était soigné mardi dans un hôpital de New York pour des symptômes semblables à ceux d'Ebola.

 

L'Arabie saoudite a également mardi signalé un cas similaire : un de ses ressortissants de retour de Sierra Leone a été hospitalisé à Jeddah - et placé en quarantaine - pour des symptômes identiques.

 

Un missionnaire espagnol de 75 ans, doit être rapatrié dans la journée de Monrovia par avion militaire médicalisé, a annoncé le ministère espagnol de la Défense.

 

Par mesure de précaution, la compagnie britannique British Airways a annoncé mardi la suspension jusqu'au 31 août au moins de ses vols vers le Liberia et la Sierra Leone, après une décision similaire d'Emirates, en vigueur depuis samedi.

 

Les économies locales touchées de plein fouet

Au-delà de la crise sanitaire, l'impact économique de l'épidémie commence à soulever l'inquiétude pour les économies d'Afrique de l'Ouest. Il pourrait ainsi coûter à la Guinée un point de croissance, de 4,5% à 3,5%, selon la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International.

Au Liberia, le prix des produits d'hygiène, essentiels à la lutte contre Ebola a explosé, de même que celui du poisson, qui pallie l'interdiction de la viande de brousse (singe, chauve-souris, etc.), incriminée dans la propagation.

 

Dans les trois pays les plus touchés, l'agriculture est affectée, les travailleurs agricoles fuyant les régions atteintes, tandis que le commerce est ralenti en raison de la fermeture des frontières terrestres et de l'annulation de vols, souligne la Banque mondiale.

 

Face aux enjeux, la Banque mondiale a annoncé lundi mobiliser 200 millions de dollars (environ 150 millions d'euros) pour aider la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, précisant qu'ils serviraient à l'achat de matériel médical, au paiement du personnel soignant, ainsi qu'à "aider les populations à surmonter les difficultés financières causées par l'épidémie".

 

Ebola en France ?
"Notre pays a les moyens de faire face au virus", affirme Marisol Touraine, ministre de la Santé. De nombreux pays, dont l’hexagone, ont renforcé leur dispositif de veille sanitaire, dans la crainte d'une propagation internationale du virus. Mais pour l’heure, les mesures se prennent surtout en amont : la France demande à ses ressortissants de suspendre tout voyage en Guinée, en Sierra Leone, au Libéria et au Nigéria. De simples précautions car le risque de contamination en Europe et en France reste "très improbable", selon Rosa Crestani, coordinatrice de l’intervention Ebola pour Médecins sans frontières. "Il existe un risque qu’un cas importé se révèle, mais une épidémie est absolument inenvisageable", soutient Pierre-Marie Girard, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Saint-Antoine de Paris. Néanmoins, il n’y a pour le moment ni vaccin ni traitement, tout du moins sur le plan officiel.

Dernière màj le 8 décembre 2016