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Droits de l'homme : Amnesty International pointe à nouveau l'Europe

Pays : Monde

Tags : Amnesty International

Le rapport 2016 d'Amnesty International sur les droits humains dans le monde, publié mercredi, met particulièrement l'accent sur l'Europe et la France. Leur politique vis-à-vis des migrants est vivement critiquée et l'ONG s'inquiète tout particulièrement des conséquences de l'état d'urgence en France. 

Amis du populisme, bonjour

Tout autant qu’aux faits, Amnesty International s’attache aux mots et aux discours. Son rapport critique le populisme, les "discours pernicieux et déshumanisants de rejet des ‘autres’", ainsi que les "politiques identitaires". Parmi les dirigeants accusés de tenir des discours haineux ou visant des groupes en particulier, l’ONG met en cause le nouveau président américain Donald Trump, dont elle souligne la violence de la campagne électorale. Le milliardaire s’en est tour à tour pris aux femmes, aux musulmans et aux immigrés mexicains. Le climat instauré par un autre rendez-vous électoral de l’année 2016 est lui aussi mis en cause : le référendum sur le Brexit a été "suivi d'une forte augmentation des crimes de haine".

Extrait de notre série "Les Donald Trump asiatiques : Rodrigo Duterte"

Amnesty International s’inquiète également de l’action des présidents hongrois et turc Viktor Orbán et Recep Tayyip Erdogan, ainsi que du président philippin Rodrigo Duterte. Elle rappelle les ravages de la politique de ce dernier dans la lutte contre le trafic de stupéfiants : "Une vague d'exécutions extrajudiciaires a été constatée après la promesse du président Duterte de tuer des dizaines de milliers de personnes soupçonnées d'être impliquées dans le commerce des stupéfiants".

 

Paralysie de la communauté internationale et du Conseil de sécurité de l’ONU

L’ONG pointe l’incapacité de la communauté internationale à répondre aux crimes de guerre et à mettre fin aux conflits en Syrie, au Yémen et dans les deux Soudan. En ce qui concerne la Syrie, elle rappelle le drame d’Alep et s’indigne des blocages du Conseil de sécurité de l’ONU, "paralysé par les rivalités entre ses membres permanents". Bloquée par le veto russe, l’institution n’a pas réussi à stopper les combats. La léthargie des Nations unies a d’ailleurs été à plusieurs reprises critiquée en 2016, même si l’arrivée de son nouveau Secrétaire général Antonio Guterres, entré en fonctions le 1er janvier 2017, suscite aussi de l’espoir.

Face au "silence assourdissant" des Etats, Amnesty International salue l’action des militants des droits humains. L’organisation estime que des activistes ont été tués en raison de leur combat dans vingt-deux pays et rappelle notamment l’assassinat de la militante hondurienne Berta Cáceres début 2016.

 

Des accords sur les réfugiés qui violent le droit international

Selon Amnesty International, trente-six pays ont renvoyé des migrants vers des pays "où leurs droits étaient menacés", en violation de la Convention de Genève sur les réfugiés. L’ONG cite l’accord entre l’Union européenne et la Turquie conclu il y a un an, et qu’elle avait déjà pointé du doigt mi-février. Elle avait alors souligné ses conséquences : des milliers -20 000, selon elle- de migrants sont bloqués sur les îles grecques, et de ce dans des conditions humanitaires désastreuses, en attendant d’être renvoyés vers la Turquie. L’organisation considère que cette dernière n’est pas un "pays tiers sûr", au sens où l’entend la directive européenne de 2013 sur l’asile, c’est-à-dire un pays où les migrants peuvent être protégés et obtenir le statut de réfugiés.

Le rapport d’Amnesty pointe également la politique australienne en matière d’asile et estime que l’Australie "a fait intentionnellement souffrir les réfugiés en les piégeant à Nauru et sur l'île de Manus".

 

La France dans le viseur

France : Etat d’urgence, vu de l’intérieur (ARTE Reportage - 24 mars 2016)

Amnesty International estime que 2016 a été "extrêmement préoccupante" en France sur le plan des droits humains. Elle s’alarme des différentes prolongations de l’état d’urgence, toujours en vigueur depuis les attentats du 13 novembre 2015, ainsi que de ses conséquences : 

- Cette mesure "sape le droit à la présomption d'innocence et à une procédure équitable parce qu’[elle] lève le contrôle judiciaire".

- Selon l’ONG, l’état d’urgence a aussi été utilisé pour justifier certaines actions comme la répression et l’interdiction de manifestations.

Elle estime également -et la question avait déjà été soulevée lors de débats parlementaires sur sa prolongation- que l’état d’urgence est inefficace et que "0,3% des mesures liées à l’état d’urgence [comme les assignations à résidence] ont débouché sur une enquête judiciaire pour faits de terrorisme".
 

En France, 0,3% des mesures liées à l’état d’urgence ont débouché sur une enquête judiciaire pour faits de terrorisme.

Amnesty International - 22/02/2017

En ce qui concerne les migrants, Amnesty International pointe le manque de volonté politique de la France, qui n’en accueille selon elle pas assez. Elle s’inquiète également des difficultés d’accès des migrants à la procédure de demande d’asile et critique les renvois illégaux de migrants et notamment mineurs non accompagnés à la frontière italienne.

Enfin, l’ONG met en cause le climat politique de la France, avec la "discrimination de la population musulmane", notamment dans le débat sur le burkini. Son rapport se veut aussi une alerte à deux mois de l’élection présidentielle : "Le risque est grand de voir des droits essentiels être remis en cause au nom de prétendues attentes de la population"

Dernière màj le 24 février 2018