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Drames en Méditerranée : l'UE face à ses responsabilités

Pays : France

Tags : immigration clandestine, méditerranée, Syrie, Libye, naufrage, Italie

Au moins 700 morts ce week-end, peut-être plus de 400 ce lundi, le décompte macabre fait froid dans le dos. Poussés par des conditions météorologiques favorables et par une situation dans leur pays d’origine insupportable, les migrants sont de plus en plus nombreux à prendre la mer pour un Eldorado européen fantasmé. La traversée de tous les dangers restera le dernier voyage d’une partie d’entre eux.

Face à cette crise humanitaire sans précédent, l’Union Européenne se trouve dépourvue. Répondant à la demande de plusieurs dirigeants européens, le président du Conseil européen,  le polonais Donald Tusk, a convoqué un sommet européen extraordinaire ce jeudi sur le drame des migrants en Méditerranée. Mais il a d’ores et déjà prévenu qu’il ne s’attendait pas à des "solutions rapides".

Par où passent ces migrants et d’où viennent-ils ? Passez votre souris sur cette carte interactive pour répondre à ces questions :

Que font les réfugiés une fois entrés en Europe ?

Les règles en vigueur au sein de l'Union européenne sont très claires : chaque pays est en charge des immigrés clandestins arrivés sur son sol. Il se doit de traiter les demandes d'asile et d'assumer le renvoi de ceux dont la demande a été rejetée. Ce sont donc les pays du sud de l'Europe qui sont le plus confrontés à ces vagues d'immigration.

 

Cependant, de nombreux clandestins cherchent à atteindre des pays situés plus au nord : de la France à l'Allemagne en passant par le Royaume-Uni et les pays scandinaves. A titre d'exemple, en 2014, l'Allemagne a reçu 202 000 demandes contre  81 000 pour la Suède, 65 000 pour l'Italie et 64 000 pour la France. Cependant, des  quatre pays d'Europe ayant reçu le plus grand nombre de demandes d'asile en 2014, la France est celui y accédant le moins avec 21,7% de réponses positives. En comparaison, l'Allemagne a rendu 41,7% de réponses positives en 2014, l'Italie 58,5% de réponses positives et la Suède 76,8%.

 

Nous ferons tout pour empêcher que de nouvelles victimes meurent devant notre porte de la façon la plus cruelle.

Angela Merkel, chancelière - 20/04/2015

Comment traiter le problème ?

Depuis le naufrage de Lampedusa en octobre 2013 (366 morts) l'Europe réfléchit à mettre en place des voies légales d'immigration mais cette option  se heurte à l'exigence de la plupart des dirigeants européens de ne pas créer "d'appel d'air", en incitant des nouveaux candidats à l'exil par des conditions plus favorables. Le commissaire européen à l'immigration, le grec Dimitris Avralopoulos devrait présenter des propositions mi-mai comprenant la mise en place de "programmes européens  d'installation" et de "conditions légales et sécurisées pour les personnes qui fuient les conflits".

 

L'UE étudie aussi les moyens d'intervenir contre les passeurs, directement dans les pays de départ mais il est impossible de se substituer à l'autorité de ces états.

 

Nous n'avons plus d'alibi face à ces drames.

Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne - 20/04/2015

Le président Hollande l'a répété ce week-end, il s'agit aussi de renforcer l'aide au développement des pays du sud pour s'attaquer aux racines du mal et permettre aux populations locales de vivre dignement dans leur propre pays. La France, dont la contribution au développement a baissé de près de 10% en 2014, est malheureusement mal placée pour donner des leçons en la matière et les effets de ces politiques se font ressentir à très long terme ce qui rend inefficace pour répondre à l'urgence actuelle.

 

La Méditerranée est une mer qui nous est commune, donc nous devons agir.

François Hollande, président de la République - 20/04/2015

La question de l'instabilité géopolitique est elle aussi cruciale. La plupart des clandestins fuient un contexte de guerre, de forte répression ou de chaos politique comme en Syrie, en Libye ou en Érythrée. Les responsables européens sont conscients que le règlement de ces conflits entraînerait une chute des candidatures au départ. Mais difficile de trouver un moyen efficace d'y contribuer…

 

Reste aussi le problème de la gestion des migrants en Méditerranée. L'opération militaire et humanitaire Mare Nostrum, lancée par l'Italie en 2013, a été remplacée en novembre dernier par l'opération de surveillance Triton. Elle est gérée par l'agence européenne de contrôle des frontières "Frontex", et n'a pas pour but d'assister les navires en perdition même si de fait la législation européenne oblige cette flotte à intervenir si elle se trouve sur le lieu d'un naufrage.

 

 

"L’Australie ne sera pas votre refuge !"
C’est la phrase choc d’une campagne du gouvernement conservateur de Tony Abott, censée dissuader les candidats à l’asile en Australie. Sous son impulsion, le pays a quasiment totalement fermé la porte à l’immigration. Après une première phase qui consistait à faire transiter tous les demandeurs d’asile par des centres de rétention situés sur de petites îles du pacifique dans des conditions sanitaires dénoncées par les ONG, le plan est passé dans une seconde phase. Désormais, même les candidats dont la demande d’asile est validée ne pourront plus fouler le sol australien. Ils seront envoyés… au Cambodge. Le pays souvent décrié pour le non-respect des droits de l’homme a en effet signé des accords avec Cambera dans ce sens. Moyennant une contrepartie financière, l’Australie a donc décidé ni plus ni moins que de "sous-traiter" ses immigrés à un pays tiers.

Dernière màj le 8 décembre 2016