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Dilma Rousseff dénonce une "profonde injustice"

Pays : Brésil

Tags : Dilma Rousseff

La présidente brésilienne ne se laissera pas faire. Lors de sa conférence de presse, le 18 avril, elle a déclaré que "le combat ne fait que commencer" et qu’elle a "le courage, la force nécessaire pour affronter cette injustice" et ce qu'elle qualifie "de coup d'État à l'apparence d'un processus légal". La gifle infligée par les députés, qui ont voté à une large majorité pour sa destitution, ne l’a pas découragé et elle fera tout pour gagner la deuxième manche au Sénat. ARTE Info vous explique en trois points les raisons et les conséquences de ce vote.

1. Pourquoi une telle procédure de destitution ?

Dilma Rousseff est au cœur d’un scandale de corruption politique, qui implique de nombreux membres de son gouvernement. La situation économique du pays en pleine récession renforce le sentiment de mécontentement à son encontre.

- Le scandale de Petrobras  déstabilise Dilma Roussef. Cette affaire a éclaté il y a deux ans lorsque la police fédérale a entamé des poursuites judiciaires à l’encontre de plusieurs dirigeants de l’entreprise étatique et des géants du BTP pour blanchiment d’argents et corruption. Entre temps l’enquête a permis de faire la lumière sur un réseau de corruption à grande échelle. Le géant pétrolier brésilien est accusé d’avoir signé plus de 89 contrats avec des entreprises de construction, qui surfacturaient leur prestation, en échange de pots de vin versés à des politiciens. 

D’après certaines estimations,  le montant estimé de la fraude se chiffre à plus d’1,5 milliard. Plus de cinquante politiciens- dont  plusieurs têtes de l’opposition, font l’objet d’une enquête judiciaire. Dilma Rousseff était présidente du conseil de surveillance entre 2003 et 2010.

- Second faux pas : Dilma Roussef voulait accorder le poste de chef de cabinet à l’ex président Lula Da silva.  Dans le but de renforcer son gouvernement affaibli, la présidente a souhaité voir son prédécesseur Luis Inacio Lula Da Silva prendre le poste de chef de cabinet. Mais certains ont accusé l’ancien président d’avoir également bénéficié de ce vaste système de pots de vin. Face aux soupçons, un juge de la cour fédéral a bloqué son entrée au gouvernement afin que l’ancien président ne puisse pas bénéficier d’une immunité parlementaire. La colère est montée d'un nouveau cran dans le pays. Pour beaucoup de Brésiliens, Dilma Rousseff voulait protéger Lula de la justice. Le mouvement de contestation s'est renforcé à son encontre.

- Rousseff a perdu ses alliés : le Brésil est plongé dans la récession et le gouvernement n’a presque plus le pouvoir de faire adopter des réformes pour y remédier, car la coalition de neuf partis qui était à la tête du pays a volé en éclats. La croissance a chuté de 3,8% en 2015 et le nombre de chômeurs a atteint les 9,6 millions. En plus de ces échecs politiques, il a été reproché à la présidente d’avoir maquillé le budget de l’Etat et minimisé les déficits pour avoir plus de chances d’être réélue en 2014. Selon les sondages, plus de 60 % des Brésiliens sont favorables à sa destitution. Mais la défiance des citoyens va bien au-delà de sa propre personne : l’ensemble de la classe politique brésilienne est discrédité et environ 60 % sont accusés de corruption ou visés par des enquêtes. Sans oublier la lourdeur de l’appareil d’Etat, avec un gouvernement qui ne compte pas moins de 31 ministres.

2. Comment s'est passé le vote de destitution de Dilma Rousseff ?

La présidente brésilienne a clairement perdu le scrutin du Parlement sur sa destitution. Après neuf heures de débats houleux, le vote des partisans de son départ a largement dépassé les deux tiers nécessaires : 367 députés ont voté pour sa destitution, 137 contre et sept se sont abstenus. La procédure a eu lieu dans une atmosphère surchauffée. Certains députés se disputaient en hurlant, d’autres chantaient des chansons patriotiques ou se moquant de Dilma Rousseff, tandis que certains élus arboraient des pancartes dans lesquelles ils dénonçaient un “coup d’Etat”. Un parlementaire a même sorti un canon à confettis… Les opposants à la présidente ont laissé éclater leur joie lorsque le seuil minimum requis de 342 voix sur 513 pour la destitution a été atteint.

Les partisans des deux camps ont suivi les événements avec attention dans plusieurs villes du pays. A Brasília, la tension a atteint un tel niveau qu’il a fallu séparer les manifestants, entourés de milliers de policiers, avec une imposante barrière métallique. Des dizaines de milliers de Brésiliens massés autour du Parlement ont regardé en direct la séance sur un écran géant. Selon la police, 53 000 opposants à Dilma Rousseff ont manifesté dans la capitale, face à 26 000 personnes soutenant la présidente et le Parti des travailleurs (PT), auquel elle appartient.

Dilma Rousseff va-t-elle démissionner ?

1. Après le feu vert des députés, c’est au Sénat de traiter le cas dans les prochaines semaines. Une majorité simple écartera automatiquement Dilma Rousseff du pouvoir et l’'administration Rousseff sera temporairement suspendue pour une durée de 180 jours. En cas de destitution, c'est le vice-président Michel Temer, 75 ans, son ex-allié centriste et désormais rival, qui assumera ses fonctions et formera un gouvernement de transition, jusqu'aux élections générales de 2018.

2. Le Sénat disposera alors d'un délai de 180 jours (six  mois) pour conduire le procès de Dilma Rousseff sous la  présidence du président du Tribunal fédéral suprême, Ricardo  Lewandowski.

3. En octobre, le Sénat devrait donner son arrêt définitif. Si les deux tiers (54 sur 81) sont en faveur d’une mise en accusation, Michel Temer prendra probablement les rênes du pouvoir jusqu’en 2018. Il tentera certainement de former un gouvernement sans le Parti des travailleurs de Rousseff.

Dernière màj le 8 décembre 2016