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Des relations au beau fixe entre la Chine et la Russie

Pays : Chine, Russie

Tags : Apec, Interview, Alexander Libmann

Les présidents chinois et russe, Xi Jinping et Vladimir Poutine, se sont engagés le 9 novembre à Pékin à renforcer leur collaboration. Cette dixième rencontre en moins de deux ans entre les deux dirigeants s'est déroulée à la veille de l'ouverture du sommet de l'Asie-Pacifique (Apec), auquel était également présent le président américain Barack Obama.

Le 9 novembre 2014 à Pékin, les dirigeants chinois et russe ont supervisé la signature de plusieurs accords, notamment dans le domaine énergétique. Le président Xi s'est félicité de l'excellente croissance de "l'arbre des relations sino-russes (…). Maintenant que nous sommes en automne, l'heure est venue de récolter les fruits. Quels que soient les changements dans l'arène mondiale, nous devons poursuivre sur la voie que nous avons choisie, pour prolonger et renforcer notre coopération mutuelle fructueuse", a dit le numéro un chinois. De son côté, Vladimir Poutine a déclaré : "La coopération entre la Chine et la Russie est très importante pour maintenir le monde dans le cadre des lois internationales, pour qu'il soit plus stable et moins imprévisible".

 

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400 milliards de dollars sur 30 ans

La Chine et la Russie se sont rapprochées ces dernières années, à mesure que se creusait le fossé entre Moscou et les nations occidentales, et que Pékin inquiétait ses voisins en affirmant ses ambitions et sa puissance.

 

Cette année, au mois d’octobre, les deux capitales ont signé un protocole d’accord sur un projet de train à grande vitesse reliant leurs capitales. Une ligne destinée à remplacer le Transsibérien en écourtant le trajet de six à deux jours. En mai, Pékin et Moscou ont signé un méga-contrat de livraison de gaz russe à la Chine, estimé à 400 milliards de dollars sur 30 ans. Un contrat qui a fortement réduit la dépendance de la Russie envers le marché européen du gaz. La quantité de gaz impliquée dans ce nouveau rapprochement représentera plus du tiers de ce qui est actuellement exporté vers l’Europe. De son côté, la Chine réduit sa dépendance au charbon, qui a engendré de graves conséquences économiques.

 

Changement de cap vers l’Est

Cette entente est la plus importante jamais signée par l’industrie gazière russe. Elle fournit à la Russie un débouché idéal au moment où les occidentaux s’agitent pour imposer des sanctions "sectorielles" contre la Russie, incluant le secteur de l’énergie. Bref, les occidentaux assistent, impuissants, à un changement de cap vers l’Est de l’économie russe.

 

Pour mieux comprendre les nouvelles relations économiques entre Moscou et Pékin, nous avons interviewé Alexander Libmann, spécialiste de l’économie russe à la fondation berlinoise "Stiftung Wissenschaft und Politik".

 

ARTE Journal : la Russie renforce actuellement ses relations économiques avec la Chine ; quelle est la situation de leurs relations ?

 

Alexander Libmann : Pour le gouvernement russe, le partenaire chinois est prioritaire. Les relations économiques avec la Chine sont très importantes pour la Russie. Mais, si on regarde le niveau d’interdépendance entre la Russie et la Chine, on constate qu’il est beaucoup plus bas que celui entre la Russie et l’Europe.

 

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Pourquoi la Russie est-elle aussi importante pour la Chine et vice-versa ? Dans quels domaines ont-elles signé des accords ?

 

 

Alexander Libmann : La Chine et la Russie ont toutes les deux des intérêts dans cette relation. La Chine a de nombreuses matières premières et elle a besoin d’énergie ; elle peut s’autoalimenter avec le charbon, mais manque de pétrole et de gaz. Hors, la Russie a d’énormes réserves de pétrole et de gaz. Les Chinois eux essaient depuis des années de s’introduire sur le marché russe pour y vendre ses produits. La Russie elle, a intérêt à vendre ses ressources naturelles. Et elle essaie de remplacer ses clients occidentaux. Ils ont aussi des intérêts communs dans le gaz et des nombreux pipelines à construire. Un marché qui reste cependant assez flou. On a encore du mal à connaitre le prix des futures livraisons de gaz à la Chine. On ne sait pas non plus qui va construire les pipelines. Les deux pays conservent, malgré tout, certains désaccords. La Russie, très protectionniste, lutte contre l’importation de produits chinois et la Chine ne veut pas d’investisseurs russes dans sa capitale.

 

La Chine et la Russie ont toutes les deux des intérêts dans cette relation.

Alexander Libmann - 10/11/2014

La Russie et la Chine tentent donc d’être plus indépendantes face à l’Europe et aux USA ?

 

Alexander Libmann : Non, je ne pense pas. Je n’observe pas de volonté du gouvernement chinois de couper ses liens avec l’Europe et les USA. Bien au contraire, ils ont passé ces dernières années à nouer des relations économiques. Pour la Russie, c’est plus compliqué. La rhétorique russe parle d’une indépendance face à l’occident. Mais qui sait si c’est uniquement pour cette raison qu’ils se tournent vers la Chine.

 

Tout le monde profite de la croissance économique de la Russie et de la Chine.

Alexander Libmann - 10/11/2014

Quelles sont les conséquences pour l’Europe et la Chine ?

 

Alexander Libmann : Je n’observe pour l’instant aucun problème avec l’Europe et les USA, les relations économiques sont très bonnes. Tout  le monde profite de la croissance économique de la Russie et de la Chine. C’est un peu plus complexe pour le gaz. Mais l’Europe ne va pas avoir de problèmes juste parce que la Russie de rapproche de la Chine. On s’est attaché en Europe depuis quelques années à diversifier les fournisseurs de gaz. Et bien-sûr, la Russie cherche à diversifier sa clientèle.

Je pense que c’est une évolution positive car si la Russie a des relations avec d’autres pays comme la chine, elle va aussi être moins agressive avec l’Occident car la chine n’a pas intérêt à avoir un partenaire qui a des mauvaises relations avec l’Occident. A moyen terme en tout cas. A court terme, c’est un problème de conséquences des sanctions européennes envers le gouvernement russe.

Dernière màj le 8 décembre 2016