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Une victoire sans conviction aux législatives algériennes

Pays : Algérie

Tags : Bouteflika, pétrole, élections législatives

Depuis la baisse des prix du pétrole, l'Algérie traverse une sévère crise économique. Le pays rêve d'un sursaut, mais très peu d'Algériens ont participé aux élections législatives. Face au chômage, à la corruption et aux promesses non tenues, la morosité de la population est grande.

 

Sans surprise mais sans triomphe, le camp du président Bouteflika a remporté les législatives du 4 mai en Algérie. Son parti, le Front de libération nationale (FLN) et son partenaire de coalition, le Rassemblement national démocratique (RND) ont respectivement obtenu 164 et 97 sièges, soit 261 sur les 462 que compte le Parlement. Le nombre de députés de FLN, qui s'élevait à 221 depuis 2012, a chuté. L'abstention a atteint un nouveau record, avec un taux de participation de 38,5%.

38,5%

des Algériens ont voté lors des législatives.

Plusieurs partis d'opposition ont fait état d'irrégularités dans le scrutin. Abderrazak Makri, membre du Mouvement de la société pour la paix (MSP), un parti islamiste, a déclaré à l'AFP que les élections "ont été truquées et falsifiées massivement à l'échelle locale". Il compte déposer un recours. Le Front des forces socialistes (FFS) estime quant à lui que ces résultats "fragilisent encore plus le pays et consolident les responsables de la crise multidimensionnelle que nous vivons", selon l'AFP.

Le gouvernement, les services secrets et l'armée

Les Algériens rêvent depuis longtemps d'un sursaut, mais personne ne croit que les législatives peuvent changer les choses. Il y a cinq ans, lors du scrutin précédent, la participation s'élevait à 43%. Lorsque le chef de l'Etat a été réélu en 2014, elle n'était guère supérieure, avec un taux de 50%.  

Comment expliquer ce désintérêt ? Comme Merin Abbass, responsable pour l'Algérie de la fondation allemande Friedrich Ebert, nous l'expliquait dans notre webreportage "L'Algérie de Bouteflika", beaucoup d'Algériens estiment que ce ne sont pas seulement les élus qui décident de leur avenir, mais surtout un système de pouvoir solide, constitué de trois acteurs : le gouvernement, les services secrets et l'armée. Autrement dit : les têtes qui seront choisies le 4 mai ne seraient que des marionnettes entre leurs mains. Face à eux, l'opposition est trop faible et la société civile n'est pas assez organisée, précise Merin Abbass.

La "stabilité", un argument de légitimation du pouvoir

L'État a lancé une campagne pour inciter la population à aller "massivement" voter. Le Premier ministre Abdelmalek Sellal est parti en tournée pour convaincre ses compatriotes, arguant que la stabilité de l'Algérie est en jeu. Cette campagne s'est poursuivie jusque dans les mosquées, où les prédicateurs ont été incités à passer le message aux croyants.

Même le président Abdelaziz Bouteflika, est intervenu, lui qui se fait de plus en plus rare depuis un AVC en 2013. Dans la bouche du chef de l'Etat, à la tête du pays depuis 1999, les mêmes arguments que ceux du chef du gouvernement : une forte participation serait décisive pour la stabilité du pays.

 

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© Billal Bensalem / NurPhoto

"Le message que fait circuler le gouvernement […] est 'Bouteflika c'est la stabilité', c'est le seul message qui risque d'avoir un impact sur les votants", nous expliquait le politologue Rachid Grim lors de la réélection du dirigeant en 2014. Avec cette injonction, le pouvoir joue sur les peurs des Algériens et leurs souvenirs de la terrible "décennie noire" de guerre civile entre les islamistes et l'armée.

Le poids de l'or noir

98%

C'est la part que représentent les hydrocarbures dans les exportations de l'Algérie

L'économie algérienne se repose quasi-intégralement sur ses ressources en pétrole et en gaz. Les hydrocarbures représentent 98% de ses exportations et 60% des recettes de l'Etat. Entre 2014 -qui marque le début de la hausse du prix de l'or noir- et 2015, les revenus de l'Etat ont baissé de 41%. Le problème le plus grave auquel fait face le pays est le chômage : un tiers des jeunes n'a pas d'emploi.

Le gouvernement ne trouve pas de réponses face à la crise : il se contente de hausses d'impôts. Les promesses de construction de nouveaux logements et de création d'emplois sont restées jusqu'ici lettre morte. Rien ne bouge, même si des réformes économiques sont urgentes. Une apathie que dénonce Merin Abbass, pour qui des investissements dans l'agriculture et les énergies renouvelables sont aussi nécessaires.

Dernière màj le 5 mai 2017