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Iran : le président Rohani conforté dans sa politique d'ouverture

Pays : Iran

Tags : élections législatives, Rohani

Les alliés réformateurs et modérés soutenant l'accélération de la politique d’ouverture du président Hassan Rohani ont réussi à s'imposer face aux conservateurs aux législatives sans toutefois obtenir la majorité au Parlement. Les Iraniens étaient appelés aux urnes le 26 février pour un double scrutin. Il s’agissait de renouveler le Majlis - le Parlement iranien - et l'Assemblée des experts, institution de religieux chargés de nommer le guide suprême. Ce sont les premières élections depuis la signature, l’an dernier, de l’accord nucléaire historique ayant abouti à la levée des sanctions internationales. Si les alliés de Rohani ont obtenu un succès symbolique avec l'élimination de deux conservateurs religieux, la composition de cette assemblée majoritairement conservatrice ne change pas. ARTE Info décrypte les enjeux de ces élections avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.

 

En savoir plus sur l’Assemblée des experts

Cette assemblée, composée de 86 membres religieux élus pour huit ans, choisit le Guide de la révolution, numéro 1 du régime en Iran. D’après Thierry Coville, "des rumeurs font état du fait que le guide serait malade. Il est donc possible que cette Assemblée désigne dans un futur très proche le nouveau guide".

L’enjeu : créer un nouveau rapport de force

Pendant plus d’une décennie, les conservateurs ont dominé les principales institutions politiques. En 2013, la victoire de Rohani a changé la donne : un président modéré est arrivé au pouvoir. Pour Thierry Coville, "établir un nouveau rapport de force entre conservateurs et modérés en Iran" est l’enjeu majeur de ces élections. "C’est un test pour Rohani. Il y a deux camps en présence : les forces modérées favorables à la ligne de Rohani et les adversaires plus radicaux." Avec "l’accord sur le nucléaire iranien, Rohani a remporté une victoire sur le plan de la politique intérieur contre ses adversaires radicaux" ajoute-t-il. Mais jusqu’à présent, le Parlement lui était opposé et sa marge de manœuvre, réduite.

Un "test grandeur nature" pour Rohani

Obtenir un parlement qui puisse le soutenir est donc le but principal du président iranien. Mais que pourra-t-il faire concrètement une fois la majorité obtenue ? "Pendant les deux premières années de son mandat, toute l’énergie de Rohani a été occupée par la nécessité d’aboutir sur la négociation sur le nucléaire". C’est chose faite : le 14 juillet 2015 à Vienne, un compromis historique sur le nucléaire a été trouvé et les sanctions contre l’Iran ont été levées. Le pays est sorti de son isolement économique. Selon Thierry Coville, "le second chantier sur lequel il est attendu est celui de l’économie. La situation économique iranienne est catastrophique, avec un taux de chômage élevé [10,7% et 25% chez les jeunes]. Il y a aussi, dans la société civile iranienne, une demande de réformes politiques", mais elles passent au second plan. 

Le reportage d'ARTE Journal
La pléthore de candidats… 

Tirer le portrait des candidats est une tâche fastidieuse : ce sont 6 229 candidats, dont 586 femmes, qui postulent aux 290 sièges du Parlement. Ils étaient 12 000 inscrits. Tous sont passés sous le crible du Conseil des Gardiens de la Constitution. Ce dernier est composé de douze membres dont six religieux, nommés par le guide suprême. Ils décident de la loyauté des candidats envers le régime en place et peuvent mettre en pratique leur droit de veto sur n’importe quelle candidature. Ce filtre inévitable garantit donc qu’il n’y aura aucun candidat opposé à la République islamique.

… n’est pas le garant d’élections libres et démocratiques

C’est pour cette raison que "99% des réformateurs ont vu leur candidature invalidée. Et cela sans raison invoquée. Ce conseil agit avec une logique politique pour écarter des candidats qu’il estime hors de la ligne du régime" commente Thierry Coville. On ne peut pas qualifier le président iranien de "réformateur", mais "plutôt de "centriste" ou de conservateur modéré. Sa ligne modérée tient en ceci : il se dit contre l’extrémisme". L'invalidation des candidatures de réformateurs est une décision qui pourrait tourner en faveur des listes des modérés soutenant Hassan Rohani : "finalement, il y a eu une alliance entre les réformateurs et les conservateurs modérés qui ont composé des listes partisantes qui soutiennent Rohani."