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Russie : des commémorations sans éclat

Pays : Russie

Tags : révolution d'octobre, Poutine

"Pour quelle raison devrions-nous célébrer cet événement ?" : cette phrase du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, résume à la perfection la timidité des commémorations du centenaire de la révolution par les autorités russes. 

Le pays observe désormais son centenaire dans un silence assourdissant.

Ivan Kourilla, historien - 11/2017

D’ailleurs, pour une grande partie des Russes, cet événement est passé quasiment inaperçu. Selon une étude commandée par le Parti communiste, 58% de la population n'était même pas au courant du programme des commémorations. "Le pays qui tirait autrefois son existence même d'Octobre observe désormais son centenaire dans un silence assourdissant", a résumé l'historien Ivan Kourilla dans le journal Vedomosti.

 

Des célébrations intimistes

Russie : la Révolution d’octobre vue par Doisneau

Si l'anniversaire de la Révolution était célébré en grande pompe pendant la période soviétique, avec un grand défilé sur la Place Rouge tous les 7 novembre, le programme officiel se résume aujourd'hui à des expositions et colloques entre spécialistes.

Certes, il y a bien eu un défilé sur la Place Rouge, mais il s'agissait de la reconstitution en uniformes d'époque de la parade de 1941 lors de la bataille de Moscou, en pleine Seconde guerre mondiale, quand les soldats sont partis directement de la Place Rouge au front. Et les rares commémorations impliquant le grand public étaient pour les autorités l'occasion de mettre l'accent sur l'importance de l'unité nationale et de la réconciliation, en évitant d'évoquer les sujets sensibles.

Quant au Parti communiste, qui reste le plus large parti d'opposition au Parlement russe, il a réuni des milliers de ses partisans pour un défilé au centre de Moscou avec des drapeaux rouges, des portraits de Marx, de Lénine et de Staline.

 

La contestation étouffée

100 ans après la grande révolution d’Octobre en BD

L'un des seuls événements auquel Vladimir Poutine a participé a été l'ouverture d'une nouvelle église à Moscou, qu'il a qualifié de "profondément symbolique", alors que l'arrivée au pouvoir des communistes en 1917 a mené à la destruction du clergé et à la persécution des croyants.

Pour le Kremlin, les commémorations de la Révolution doivent servir à "tirer des leçons" du passé. Et ces "leçons" sont claires : il faut se prémunir contre toute volonté de contestation du pouvoir par la rue, surtout à quelques mois de l'élection présidentielle de mars 2018.

La moindre forme de contestation est immédiatement diabolisée par le pouvoir, qui voit en toute protestation l'œuvre de forces "antipatriotiques" plus ou moins liées à l'étranger. La police russe a ainsi arrêté pendant le week-end des centaines de manifestants anti-Poutine descendus dans la rue à l'appel d'un opposant radical en exil, ainsi que des dizaines de membres de groupuscules nationalistes et d'extrême droite.

Dernière màj le 7 novembre 2017