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Déchets nucléaires à Bure : les opposants marquent un point

Pays : France

Tags : Bure, nucléaire, Déchet nucléaire

Coup dur pour le projet Cigéo d'enfouissement de déchets nucléaires à Bure : la justice administrative a invalidé la cession d'un terrain à l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Ce projet vise à enfouir à 500 mètres sous terre les déchets nucléaires les plus radioactifs ou à vie longue du parc français. Il fait l'objet d'une guerre juridique entre l'Andra et les opposants, comme le Réseau Sortir du nucléaire, pour qui -après cette décision- "l'Andra, dont la propriété est remise en question, n'a plus aucune légitimité pour [...] poursuivre des travaux".

Ce projet est réalisable ? Les inquiétudes et la lutte des opposants sont-elles justifiées ? Pour répondre à ces questions, ARTE Info est parti à Bure pour visiter le laboratoire de recherche souterrain de l'Andra et la "maison de résistance à la poubelle nucléaire". Les différents acteurs de ce bras de fer mettent toutes leurs chances de leur côté pour gagner l’opinion.

 

En savoir plus

Cigéo : le centre industriel de stockage géologique (Cigéo) est un projet français de centre de stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde.

L'Andra : l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) est un établissement public, un opérateur de l'Etat indépendant des producteurs de déchets

Le projet d'enfouissement des déchets nucléaires, c’est quoi ?

Première étape : le centre de Meuse/Haute-Marne, où se trouve le laboratoire de l’Andra. C’est là que tout commence, l’endroit où les maitres d’ouvrage étudient la viabilité du sol. C’est parti pour une descente sous terre et une visite guidée de l’infrastructure. Le but est simple : comprendre le projet d'enfouissement et sa viabilité à long terme. C'est Marc-Antoine Martin, géologue chargé de la communication et Jacques Delay, ex-directeur des recherches, qui mènent la visite.

 

Le site

Un seul qualificatif : discret. Ce "laboratoire" sort de nulle part dans le paysage longiligne lorrain qui s’étend à perte de vue. Un iceberg qui cache sous terre le projet de Bure qui est, à l’heure actuelle, à l’état d’expérimentation. Deux ascenseurs plongent à 490 mètres sous terre et permettent aux scientifiques de tester depuis maintenant une vingtaine d'années les propriétés de confinement du sol de la Meuse.

 

Ici travaillent pour le moment des scientifiques de l’Andra : pas de déchets radioactifs en vue, mais une analyse géologique du sol. La propriété de no man’s land ? Une couche d’argile imperméable vieille de 150 millions d’années qui, selon l'Andra, permettra d’accueillir les déchets nucléaires à "vie longue" (100 000 ans). On parle des déchets les plus radioactifs existants : 

 

Le passage en force du projet

Le gouvernement a fait preuve d’une imagination débordante pour faire passer, tout en catimini et en force, ce projet. A 14 reprises en dix-huit mois, c’est finalement dans la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances - dite loi Macron - que le projet d’enfouissement des déchets radioactifs est passé… Pour être retoqué finalement le 6 août par le Conseil constitutionnel.

Le principe de réversibilité

La zone de 250 km² censée accueillir les déchets radioactifs de moyenne et haute activité sera -d'après le planning de l'Andra - en exploitation pendant 100 ans. Et pendant 100 ans, les "colis" radioactifs pourront être retirés : c'est le principe de réversibilité demandé par la loi du 28 juin 2006. On peut légitiment se demander pourquoi 100 ans et non pas 1000 ou 9999 années, les déchets à haute activité restant dangereux pendant plus 100 000 ans. Aberration législative ? C'est en tout cas le seul point d'accord entre scientifiques et militants anti-nucléaires pour des raisons différentes : pour Marc-Antoine Martin, "plus vite c'est fermé, plus vite c'est sûr", pour l'une des militantes rencontrées plus tard dans la journée, "100 ans, c'est tout bonnement arbitraire". Quoiqu'il en soit, "une réversibilité éternelle est tout simplement impossible" (Jacques Delay).

Et à cette date butoir, les galeries seront intégralement bouchées et le sous-sol sera scellé grâce à la bentonite, de l'argile aux propriétés "gonflantes".

 

Les questions qui ne fâchent pas tant que ça

Voilà, en une synthèse très schématique le projet d'enfouissement Cigéo. Le site de l'Andra ne manquent pas de ressources : sur les MA et les HA, sur la composition des "colis" ou sur l'analyse du sol. Passons donc aux questions qui nous intéressent : les risques d'un tel projet.

Et si la Meuse sombrait dans une ère glaciaire ?

- Aucun risque, la glaciation n'atteindrait que 170 mètres de profondeur et n'aurait lieu que dans 20 000 ans au plus tôt.

Et si le site était victime de secousses sismiques ?
- Aucun risque, les installations sont à côté de la faille de la Marne, mais pas dessus. Elles sont proches d'une zone de faiblesse, mais pas sur celle-ci. De plus les galeries ont une structure tubulaire. Soit.

Et si la nappe phréatique était touchée ?

- Aucun risque, les propriétés de l'argile sont telles, que ce type de pollution est à exclure. De plus "l'eau est l'ami du stockage" (dixit Jacques Delay) : c'est elle qui va assurer le scellement des galeries en gonflant l'argile.

Et les terres ?

- Aucun risque. Cf. réponse précédente : pas de fuite dans l’eau = pas de terres touchées. D'autant que ce sont 250 km² qui seront occupés uniquement par le site...

 

La Maison de la Résistance

C’est en 2004 qu’est créée l’association Bure Zone Libre (BZL) à l’initiative d’antinucléaires de France et d'Allemagne : ils achètent avec le réseau Sortir du nucléaire, un vieux corps de ferme lorrain à rénover au cœur du petit village de Bure. L’objectif de cette maison : donner un contrepoint sur les questions liées au nucléaire.

Mais alors pourquoi ça râle ?

Les arguments scientifiques sont donc très clairs : il est possible d’enfouir ces déchets hautement radioactifs sans problème. Tant que le tapis est suffisamment large et épais, tout est possible. Et ce, à long terme, jusqu’à la totale absence de dangerosité. N’avalons tout de même pas une couleuvre sans avoir goûté à la vipère. Cette visite du laboratoire, mettant en avant l’absence de risque semble quelque peu édulcorée. Direction la maison de la résistance à la poubelle nucléaire de Bure, à la rencontre de militants anti-nucléaires.

 

Même si on se trompe, ce sera toujours mieux qu'en surface.

Marc-Antoine Martin, géologue

Sous terre ou en plein air ?

"Accumuler les déchets et accepter l'enfouissement, c'est cacher ces résidus qui sont toxiques et mortels sur des milliers d'années." Pour cette militante anti-nucléaire anonyme, ces déchets doivent rester sous nos yeux et les modalités de traitement doivent être soumises à un débat. L'objectif des anti-nucléaires est l'arrêt de la production de déchets et donc l'arrêt pur et simple du parc nucléaire : cacher des déchets sous le sol pour justifier le renouvellement du parc et la poursuite de l’exploitation nucléaire n'est pas une solution viable et responsable. Pour les scientifiques de l'Andra, le projet Cigéo est "actuellement la seule solution existante sur terre, personne n'en ayant avancé d'autres" et "laisser à la surface des déchets n'est pas une solution responsable et viable". Un dialogue de sourd.

 

Le déchet en bout de chaîne de cette industrie est le talon d'Achille du nucléaire. 

Une militante antinucléaire

La pollution de l'eau et des terres

Mais au fait, y-a-t-il eu des précédents qui ont su installer ce dialogue de sourd ? La méfiance vis-à-vis du discours scientifique a un passif. Aux Etats-Unis, le Waste Isolation Pilot Plant est le seul centre de stockage sous terre (655 mètres de profondeur) de déchets radioactifs. L’exploitation a débuté en 1999 et, en 2014, le site a essuyé son premier incident nucléaire. Bilan : vingt-et-un ouvriers contaminés, du plutonium et de l'américium échappés à des kilomètres à la ronde et une installation intégralement contaminée. Certes, la technologie a évolué et le milieu d’accueil des déchets est différent à Bure, mais le risque zéro n’existe pas. L’autre point de discorde concerne les trajets des déchets : il faut bien acheminer, d’une façon ou d’autre, les déchets nucléaires actuellement entreposés à ciel ouvert (ou presque) à La Hague. Pour l’heure, seuls les trains Castor peuvent remplir cette tâche, une solution vivement critiquée outre-Rhin par les antinucléaires. 

 

Interview d'une militante antinucléaire :

 

Dernière màj le 28 février 2017