De l’importance du critère ethnique dans l’élection

Pays : Afghanistan

Tags : Elections

Des huit candidats encore en lice pour la présidentielle, c’est simple : seul Abdullah Abdullah, de mère tadjike, n’est pas purement Pachtoune, le peuple majoritaire et dominant d'Afghanistan. Plus que politique, l'enjeu de l'élection est avant tout ethnique.

 

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Favori du scrutin, Abdullah Abdullah pourrait connaître le même sort qu’à l’élection présidentielle de 2009 : que les voix se reportent, si second tour il y a, sur le candidat pachtoune face à lui. A l'époque, c’était Hamid Karzaï ; aujourd’hui, Ashraf Ghani Ahmadzai ou Zalmai Rassoul tiennent la corde.

 

Malgré un père pachtoune,  le médecin de profession est plutôt vu comme l’héritier de feu commandant Massoud, Tadjik lui aussi et dont il était proche. Abdullah aura également le soutien des Hazâras, qui représentent 9% de la population afghane : sur son ticket, le candidat à la vice-présidence n’est autre que Mohammad Mohaqiq, chef de guerre de cette ethnie établie au centre du pays.

 

Parmi les autres candidats, tous Pachtounes donc, deux favoris se dégagent. Zalmai Rassoul, citadin à la carrière internationale, peu à l’aise avec le complexe système des clans ruraux. Et puis, Ashraf Ghani Ahmadzai, qui peut s’appuyer en prime sur les Ouzbèkes (9% de la population), l’ethnie de son candidat à la vice-présidence, le puissant chef de guerre Abdul Rashid Dostum.

 

Les choses sont plutôt claires pour le premier tour : aucun candidat n’a le soutien intégral de l’un des quatre principaux groupes ethniques. En cas de second tour, ça risque néanmoins de se corser. Si Ghani se qualifie contre Abdullah, il pourra compter sur la majorité des Pachtounes mais les Tadjiks et Hazâras se reporteront sur Abdullah. Dans ce cas de figure, les candidats du ticket Rassoul, le leader tadjik Ahmad Zia Massoud et le politicien hazâra Habiba Sarabi, appelleraient eux aussi à voter Abdullah.

 

A l’inverse, si Rassoul se qualifie, il y a fort à parier que Dostum, le candidat ouzbèke du ticket Ghani, choisisse de soutenir Abdullah : leaders du Front national uni, parti qui consiste en une vaste coalition d'anciennes et actuelles figures du pays, ils partagent tous les deux les mêmes points de vue. Or, si Dostum appelle à voter Abdullah, il sera très compliqué pour Rassoul de gagner l’élection.

 

Donatien Huet