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Comprendre le conflit du Haut-Karabakh en cinq questions

Pays : Azerbaïdjan

Tags : Arménie, Conflit, Russie

Les ministres des Affaires étrangères russe, iranien et azéri se réunissent jeudi à Bakou pour évoquer l’avenir du Haut-Karabakh, tandis que le premier ministre russe Dimitri Medvedev se rend à Erevan. A l’image du groupe de Minsk dépêché mercredi par l’OSCE, ils espèrent trouver une solution à ce conflit qui date de l’effondrement de l’URSS. Un cessez-le-feu a été instauré mardi dans cette région disputée par l'Azerbaïdjan et l'Arménie, où de violents affrontements ont fait au moins soixante-quinze morts entre le 1er et le 4 avril. Il s’agit des combats les plus meurtriers entre les forces azerbaïdjanaise et arménienne depuis 1994. ARTE Info vous explique en cinq points les causes de ce "conflit gelé" dont le réveil pourrait avoir des conséquences importantes.

Où se trouve le Nagorno–Karabakh ?

Cette enclave auto-proclamée du Caucase du sud, aussi grande que le Luxembourg, se situe au sein des frontières officielles de l’Azerbaïdjan, au sud-ouest du pays. Elle est entourée par  l’Iran au nord et l’Arménie à l’ouest. La  communauté internationale ne reconnaît pas l’autonomie de ce territoire à majorité arménienne, soutenu par Erevan. 

 

Carte Haut-Karabakh

 

Quelles sont les forces armées en présence ?

Sur le long de la ligne de démarcation du Haut-Karabakh, les indépendantistes arméniens de l'enclave et les soldats de l’armée azerbaïdjanaise se regardent en chiens de faïence depuis plusieurs années. Des escarmouches ont régulièrement lieu des deux côtés et ont déjà causé la mort de nombreux civils et militaires arméniens et azéris. Les affrontements de ces derniers jours sont les plus sanglants depuis le cessez-le-feu signé par les deux pays en 1994. lls auraient été initialement provoqué par des chars et hélicoptères azéris qui auraient fait feu sur des cibles karabahkties.

Pourquoi ces deux pays s’affrontent-ils ?

"Afin d'assurer la sécurité des civils dans le cadre de frontières internationalement reconnues, les forces armées azerbaïdjanaises ont pris des mesures nécessaires pour [faire] cesser les provocations arméniennes", a déclaré Elmar Mammadyarov, le porte-parole du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères.

75

C'est le nombre de victimes des derniers affrontements au Haut-Karabagh.

AFP - 07/04/2016

En réalité, ces derniers tentent de récupérer les territoires perdus et occupés par les milices arméniennes depuis la fin officielle de la guerre, qui a duré de 1988 à 1994 et a fait entre vingt mille et trente mille morts. Soutenu militairement et financièrement par l’Arménie, les indépendantistes du Haut-Karabakh restent en permanence sur le qui-vive à la frontière pour se prémunir d’une attaque de troupes azéries.

Les indépendantistes refusent de leur côté la proposition faite par l’Azerbaïdjan d'accorder à la région un statut autonome sous tutelle azérie. Nombre d’Arméniens du Haut-Karabakh sont hostiles à un  rapprochement avec Bakou. Le pays d'Ilham Aliev entretient une relation étroite avec le régime turc, qui n’a jamais reconnu le génocide arménien.

Retrouvez ci-dessous notre reportage sur le cessez-le-feu décrété mardi.

 

Nagorny Karabach : Cessez-le-feu
Nagorny Karabach : Cessez-le-feu Nagorny Karabach : Cessez-le-feu Nagorny Karabach : Cessez-le-feu
Quels sont les intérêts russes dans la région ?

La Russie a réagi d’emblée à la suite de la reprise des hostilités dans le Haut-Karabakh. Le président russe Vladimir Poutine a adressé un message aux deux parties afin qu’elles cessent les combats. Le ministre des affaires extérieures Sergueï Larov a annoncé dans la foulée un déplacement imminent à Bakou, tandis que le premier ministre  Dimitri Medvedev se rend à Erevan.

En savoir plus

"Etat de guerre permanent dans le Haut-Karabakh", dans Le Monde diplomatique de décembre 2012

La Russie, au cœur des négociations internationales sur le règlement du conflit, est depuis longtemps un allié militaire indéfectible de l’Arménie. Le Kremlin est le premier fournisseur d'armes du pays et y possède plusieurs bases militaires. Il garantit ainsi une présence armée à Erevan en cas d’agression venant de l’extérieur. Mais cette dépendance dépasse le simple cadre militaire : l’Arménie est aussi membre de l’Union eurasiatique, dont Moscou tient les rênes.  Le président Vladimir Poutine tient pour autant à éviter que le conflit s'enlise, car cela pourrait engendrer un nouvelle crise diplomatique avec la Turquie. Premier allié de l'Azerbaidjan, celle-ci a d'ores et déja annoncé prendre prendre position pour Bakou si les combats devaient prendre plus d'ampleur.  

Moscou n'a en outre aucun intéret à voir une guerre se profiler dans la région séparariste, au vu des relations  commerciales qu'elle entretient avec Bakou: elle est un de ses fournisseurs d'armes. Selon certains observateurs,le président russe ne serait ainsi pas déforable à un prolongement du  statu quo et de l’impasse politique dans le Haut-Karabagh qui lui permettent de préserver son influence majeure dans le Caucase du Sud.  

Quelles sont les origines de ce conflit ?

Il faut remonter en 1917 pour comprendre les origines de ce conflit. Lorsque l’Empire russe est démantelé, l’Arménie et l’Azerbaïdjan déclarent leur indépendance. Mais des litiges territoriaux apparaissent entre elles. Trois régions sont concernées, dont le Haut-Karabakh. Ses habitants, majoritairement Arméniens, souhaitent le rattachement à leur pays d’origine.  Quelques mois plus tard, l’URSS envahit le Caucase et attribue la gouvernance du Haut-Karabakh à la République soviétique azerbaïdjanaise. S’ensuit une période de cinquante années de pouvoir soviétique, durant lesquelles la population arménienne du Haut-Karabakh subit les discriminations du régime azéri, qui entrave leurs contacts avec l’Arménie.  

En savoir plus

L'an dernier, la Russie a célébré en grandes pompes les soixante-dix ans de la victoire de 1945. Retrouvez notre reportage sur la nostalgie russe de l'URSS.

En 1988, les dirigeants arméniens du Haut-Karabakh profitent de la politique de la glasnost et de la perestroïka lancée par le président russe Mikhaïl Gorbatchev pour réclamer davantage de libertés politiques. Ils votent le rattachement à l’Arménie. Le refus de Bakou et de Moscou est catégorique : les frontières ne bougeront pas.  Les relations entre Azéris et Arméniens sont de plus en plus tendues. En 1991, alors l’URSS se désintègre progressivement, l’Azerbaïdjan et l’Arménie sortent officiellement du joug communiste et déclarent leur indépendance. Le parlement de la petite enclave fait de même. Bakou envoie alors des convois militaires pour réprimer les velléités indépendantistes des Arméniens du Haut-Karabakh. L’Arménie riposte en envoyant de son côté des troupes pour leur venir en aide et finit par reprendre certains territoires, dont les villes de Latchin et de Chouchi. Elle réussit par cette opération à rétablir une voie terrestre directe avec la région séparatiste. Depuis, le statu quo prévaut dans la région : aucun accord de paix n’a été signé entre les deux parties, mais seulement un cessez-le-feu.

La comité de Minsk, en charge de trouver une solution pacifique pour rétablir la paix dans la région, estime que ces territoires occupés doivent retourner à l’Azerbaïdjan, au vu du respect des lois internationales et de l’intégrité territoriale des pays. L’Azerbaïdjan estime avoir perdu 14% de son territoire à la suite de ce conflit. 

Dernière màj le 8 décembre 2016