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Comprendre le chaos en Libye, cet Etat qui n’en est plus un

Pays : Libye

Tags : Guerre civile, Egypte, Etat Islamique

L'exécution des vingt-et-un chrétiens d'Egypte l'a cruellement rappelé : oui, depuis la révolution de 2011 et la chute de Kadhafi, le chaos est roi en Libye. A l'ouest et à l'est du pays, deux camps revendiquent le pouvoir et l'Etat islamique prospère. L'Egypte, qui a bombardé lundi des positions de l'organisation terroriste, a demandé une résolution du conseil de sécurité de l'Onu en faveur d'une intervention militaire internationale dans le pays.

Que se passe-t-il en Libye ?

Quatre ans après la chute du colonel Kadhafi, la Libye est plus morcelée que jamais. Deux gouvernements, avec derrière eux un Parlement et une armée propre, revendiquent le pouvoir. Le premier, basé à Tripoli dans l’ouest, est soutenu par l’Aube libyenne, une coalition de milices islamistes ; le second, basé à Tobrouk dans l’est et reconnu internationalement, est issu des élections de juin 2014. Deux pouvoirs proclamés, donc, sans compter que des centaines de milices - salafistes, laïques ou tribales - se répartissent sur l’ensemble du territoire national. Et que les mouvements djihadistes Ansar Al-Charia et, surtout, Etat islamique prennent de l’ampleur, en particulier dans les villes de Syrte, Benghazi et Derna.

Conséquence de cette instabilité politique, la production de pétrole, qui représente la majorité des revenus nationaux, a massivement chuté. La Libye se retrouve dans une situation financière catastrophique et sa population se paupérise. Les espoirs nés de la révolution de 2011 virent au désespoir. Depuis l’été dernier, le conflit a fait au moins 2500 victimes et 400 000 réfugiés et déplacés.

Aube libyenne, gouvernement de Tobrouk, djihadistes, tribus... notre carte interactive présente les rapports de force actuels en Libye et les principales zones d'affrontements. Cliquez sur le menu en haut à gauche pour en savoir plus.

Sources : Wikipédia, The Guardian, Le Monde, RFI, Journal du dimanche.

Comment en est-on arrivé là ?

Après la victoire des rebelles libyens et de la coalition de l’Otan sur Kadhafi, et la mort du colonel en octobre 2011, le conseil national de transition (CNT) promet de créer un Etat pluraliste. En juillet 2012, une première élection démocratique permet de désigner les deux cents membres du conseil général national, qui remplace le CNT. Un gouvernement d’intérim, dirigé successivement par Abdel Rahim al-Kib et Ali Zeidan, est chargé de préparer une nouvelle constitution et d’organiser des élections législatives.

Problème : les milices, toutes-puissantes en Libye, ne se résolvent pas à se dissoudre et les institutions étatiques peinent à se développer pour les contrer. Les élections de juin 2014 voient l’échec des candidats islamistes proches des Frères musulmans égyptiens. Faisant fi des résultats du scrutin, les combattants islamistes, alliés avec les brigades de Misrata et diverses tribus sous la bannière de l’Aube libyenne, terrassent durant l’été leurs rivaux laïques des milices de Zintan dans l’ouest libyen et s'emparent de la capitale Tripoli. La plupart des pays étrangers ferment alors leurs ambassades, jusqu’à l'ancienne puissance coloniale italienne, le 15 février.

Sont désormais face-à-face dans la bataille : l’Aube libyenne à l’ouest et Dignité à l’est, une offensive militaire menée par Khalifa Haftar, ancien général de Kadhafi qui s’est donné pour mission d'anéantir le terrorisme. Soutenu par l’Egypte et l’armée nationale libyenne, son objectif premier est de reprendre Benghazi, la seconde ville de Libye aux mains des djihadistes d’Ansar al-Charia, avant d’avancer à l’ouest vers Syrte et de sécuriser les installations pétrolières du pays.

Et maintenant ?

Les Nations Unies ont nommé un émissaire, Bernardino Leon, afin de mettre les deux parties autour d’une table et trouver un compromis pour sortir de la guerre civile. En vain. Dans un pays où les clans et les tribus forment l’épine dorsale du pouvoir, en dépit de tout sens de l’intérêt général, le consensus et les notions de représentation ne vont pas de soi.

Le terrorisme qui se développe aux portes de la Méditerranée semble particulièrement préoccupant. Mais en Libye comme aussi au Yémen par exemple, il n’existe aucune structure militaire ou sécuritaire en mesure de coopérer avec l’Europe ou les Etats-Unis pour combattre le djihadisme. L'Egypte devrait de son côté continuer ses frappes ciblées, en soutien de l'offensive militaire Dignité et de l'armée nationale libyenne. En face, le camp de l'Aube libyenne accuse ses rivaux de prétexter la lutte contre les terroristes pour tenter de les chasser de Tripoli.

Si un accord de cessez-le-feu devait être trouvé - et on en est loin -, cela ne se ferait pas sans un soutien international prononcé. Comme ailleurs dans le monde, le processus de paix devra passer par une instance vérité et réconciliation. Quitte à revenir sur la loi d'exclusion politique, texte qui vise à bannir des institutions de l'Etat toutes les personnes qui ont tenu des postes à responsabilité sous les quarante-deux années du régime de Mouammar Kadhafi. En 2010, la Libye comptait 1,2 million de fonctionnaires, rouages essentiels du pays.

A voir : "Les maîtres de Tripoli", diffusé dans ARTE Reportage du 17 janvier

Les miliciens de l'Aube libyenne sont les nouveaux maîtres de Tripoli, la capitale libyenne. Depuis qu'ils ont chassé cet été le gouvernement jusqu'à l'autre bout du pays, ils règnent au sommet de l'Etat. Dans la rue, leurs milices font la loi. Qui sont-ils ?

 

Dernière màj le 8 décembre 2016