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Comment sauver les campagnes ?

Pays : Hongrie

Tags : ruralité, campagnes, migrants, désertification

En Hongrie, pour qu’il survive, un maire loue son village aux touristes. Une initiative qui témoigne du dépeuplement des campagnes en Europe.

 

Située à 180 kilomètres de Budapest, la commune hongroise de Megyer n’abrite plus que dix-huit habitants. Autant dire que le village se meurt. Pour sauver la localité hongroise, son maire, Kristof Pajer, 42 ans, a décidé de se transformer en tour-opérateur. Contre 700 euros par jour, l’édile loue son territoire à ceux qui désireraient célébrer un anniversaire, un mariage, ou quelconques festivités loin du tumulte de la ville. « Selon une loi que j'ai instaurée, un étranger peut également devenir maire pour un week-end, et même changer le nom des rues s'il le veut », raconte l’édile. Résultat, favorisé par la curiosité médiatique : le village affiche complet jusqu’à janvier 2016.

En Hongrie, la chute du communisme et la fin des coopératives agricoles ont entraîné un exode massif vers les villes. Aujourd’hui, seulement 6 % des dix millions de Hongrois vivent dans des communes de moins de 2 000 habitants. Une désertification rurale qui a de graves répercussions économiques : en vingt ans, la production agricole a été divisée par deux. Pour repeupler ces campagnes de plus en plus laissées à l’abandon, le gouvernement hongrois a débloqué en 2012 trois millions d’euros pour financer le programme Tamop – « Social renewal operational program » (« programme opérationnel de renouvellement social »), qui vise, entre autres, à redynamiser durablement 200 villages du pays. De son côté, l’Union Européenne (UE) a alloué à la Hongrie une dotation de trois milliards d’euros d’ici 2020 pour le développement rural de ce pays.

Les migrants au secours de la ruralité

Car, sur le papier, l’UE compte bien ne pas laisser les campagnes s’éteindre. Conformément aux objectifs de la stratégie Europe 2020 et de la Politique agricole commune (PAC), la politique de développement rural de l’UE sur la période 2014-2020 poursuit trois objectifs stratégiques à long terme : favoriser la compétitivité de l’agriculture ; garantir la gestion durable des ressources naturelles et la mise en œuvre de mesures visant à préserver le climat ; assurer un développement territorial équilibré des économies et des communautés rurales, notamment la création d’emplois et leur préservation. Parmi ses priorités, Bruxelles entend promouvoir « l’inclusion sociale, la réduction de la pauvreté et le développement économique des zones rurales ».

Récemment, l’actualité est venue suggérer à plusieurs maires ruraux européens une alternative pour sortir leurs villages de l’inertie : les migrants. En juin 2015, c’est l’ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin qui avait suggéré d’intégrer des familles d’étrangers dans les campagnes. « Nous avons dans notre monde rural un déficit démographique important, avait affirmé le sénateur de la Vienne lors de l’émission Preuve par trois, sur la chaîne Public Sénat. Très souvent, on ferme des écoles. On pourrait très bien en sauver un grand nombre en faisant en sorte qu'une, deux ou trois familles puissent venir dans un certain nombre de villages. » Et d’ajouter : « On ferait en sorte que l'étranger, au lieu de venir déranger, vienne sauver un territoire, participe à une dynamique. »

Certains maires, en Europe, n’ont pas attendu cette suggestion. A Riace, un petit village italien perdu de Calabre, déserté par ses habitants, le territoire revit grâce à l’intégration des migrants. Le 1er juillet 1998, un voilier transportant 300 kurdes s’était échoué sur les côtes. Au lieu de les chasser, des maisons abandonnées sont réhabilitées, les métiers artisanaux sont revalorisés. « Le village était passé de 3 000 âmes au début des années 1960, à moins de 900 à la fin des années 1990, raconte Mimmo Lucano au quotidien La Croix. Les commerces avaient mis la clé sous la porte. L’école aussi. Riace se mourait. » Aujourd’hui, la population est remontée à 2 100 habitants, dont 400 demandeurs d’asile ou réfugiés.

 

Dernière màj le 13 janvier 2017