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Comment l’Etat cherche à prédire les attaques terroristes

Pays : France

Tags : terrorisme, Internet, Radicalisation

Avec l’entrée en vigueur de la loi antiterroriste le 1er novembre, l’expérimentation des "boites noires" visant à détecter la radicalisation sur internet est discrètement prolongé jusqu’à fin 2020. Comment l’Etat cherche-t-il à identifier l’auteur d’une attaque terroriste avant même qu’il en ait eu l’idée ?

Comment l’Etat cherche à prédire les attaques terroristes
Comment l’Etat cherche à prédire les attaques terroristes Depuis deux ans, la France expérimente des "boites noires" visant à détecter la radicalisation sur internet.  Comment l’Etat cherche à prédire les attaques terroristes

 

Les fantasmes d’une justice prédictive

Pourquoi les boites noires ne sont-elles toujours pas opérationnelles ? L’Etat n’est pas très disert sur la question, mais le défi technique est de taille : élaborer des algorithmes capables de repérer des comportements signalant qu’un individu est en train de se radicaliser à partir d’une gigantesque masse de données collectées sur internet. Mission impossible ? 

Les algorithmes prédictifs sont relativement efficaces en marketing car les comportements d’un consommateur répondent à une logique assez simple à analyser : quelqu’un qui achète un manteau a de fortes chances d’être également à la recherche de gants et d’écharpes, surtout si on est en plein hiver. 

En revanche, un tel scénario-type est beaucoup plus complexe à élaborer concernant les individus en voie de radicalisation. Surtout à partir de données uniquement recueillies sur internet : dans 95% des cas, l’élément déclencheur de la radicalisation est humain et non virtuel. Et quand bien même les experts parviendraient à trouver la formule miracle, les moyens humains nécessaires afin d’analyser les résultats d’un tel algorithme seraient colossaux. Si l’on fait le calcul à l’échelle de la population française, un algorithme efficace à 99% des cas générerait environ 600 000 erreurs. A l’heure actuelle, la commission chargée de contrôler le dispositif compte neuf membres épaulés par 17 juristes et techniciens… 

 

Prédictions et préjugés

Aux Etats-Unis, de nombreuses juridictions ont d’ores et déjà recours à des algorithmes prédictifs, sans grand succès. Une étude montre qu’ils surévaluent systématiquement des risques de récidive chez les afro-américains. La "justice prédictive" ne ferait-elle que répéter les stéréotypes qui incriminent en priorité les personnes faisant déjà l’objet de discriminations au quotidien en raison de leur couleur de peau, de leur nationalité ou de leur origine sociale ?  

Dernière màj le 1 novembre 2017