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Comment l’Allemagne compte "relancer l’Europe"

Pays : Union européenne

Tags : CDU, SPD, Macron, Merkel, Schulz

L’Allemagne se dirige vers quatre nouvelles années de grande coalition après l’accord conclu entre le parti conservateur d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates de Martin Schulz. L’une des grandes priorités affichées dans le "contrat de coalition" est l’Europe. Et l’une des ambitions avouées est de travailler main dans la main avec Emmanuel Macron. Qu’est-ce que cela va concrètement changer pour l’Union européenne ? La France et l’Allemagne sont-elles au diapason ? ARTE Info répond à ces questions.

Grande coalition en Allemagne : quel impact pour l'Europe ?

Pourquoi le prochain gouvernement sera-t-il contraint de réviser sa vision de l’Europe ? Tout simplement parce qu’Angela Merkel a dû signer un "contrat de coalition" de 179 pages, gravant dans le marbre les lignes de son futur mandat. Ce contrat contient même une clause de réévaluation à la moitié de son mandat : en cas de rejet, la chancelière serait obligée de former un nouveau gouvernement ou d’accepter de nouvelles élections. Elle a donc dû multiplier les compromis pour rester au pouvoir. À tel point que certains médias allemands n’hésitent à parler avec ironie d’un "gouvernement socialiste dirigée par une chrétienne-démocrate". La plus belle prise de guerre du SPD reste sans nul doute le ministère des Finances. Cela va changer bien des choses et laisser sur la touche l’obsession du budget à l’équilibre parfait -voire excédentaire- si cher à Wolfgang Schäuble, ministre des Finances de 2009 à 2017. À présent le maître-mot va être : "investir". Et avec un excédent budgétaire de 38,4 milliards d’euros en 2017, l’Allemagne peut se le permettre tout en préservant un budget à l’équilibre -le fameux "Schwarze Null" ou "zéro pile". Et elle va le faire. La nouvelle coalition prévoit d’augmenter sa contribution au budget de l'UE pour compenser le départ du Royaume-Uni, qui va engendrer un déficit de 8 milliards d’euros. Si le montant de cette contribution n’est pas explicitement chiffré, le contrat de coalition prévoit néanmoins différentes mesures pour "relancer l’Europe". Les voici : 

1 / Créer un Fonds monétaire pour la zone euro

Techniquement, il s’agit de transformer le Mécanisme européen de stabilité (MES) en un Fonds monétaire européen sur le même modèle que le FMI. Son rôle ? Pouvoir surveiller les déficits des États-membres et surtout leur offrir une meilleure protection face aux crises financières. Sur ce point, l’Allemagne est en accord total avec Emmanuel Macron, qui avait exprimé cette idée lors de son discours à la Sorbonne en septembre 2017. La question est de savoir jusqu’où l’Allemagne sera prête à aller. Le texte de l’accord ne fait par exemple aucune référence à l’une des autres propositions fortes du président : la création d’un ministre des finances de la zone euro. 

2/ Réconcilier les visions économiques de l’Allemagne et de la France

Emmanuel Macron voit l'Europe en grand

Mais la nouvelle coalition est prête à discuter avec le président français de ses propositions de réforme. Ce point est d’ailleurs explicité dans le texte de l’accord : "En étroite collaboration avec la France, nous voulons renforcer la zone euro de manière durable et la réformer, de manière à ce que l'euro résiste mieux aux crises mondiales".

Cette position est relativement nouvelle : en matière d’économie, la France et l’Allemagne n’ont jamais franchement eu les mêmes visions… Mais face au constat des problèmes structurels de la zone euro, qui ont conduit à la crise financière, les deux pays cherchent des compromis. Le 17 janvier, quatorze économistes français et allemands ont publié une proposition de réforme de la zone euro. De quoi inspirer Emmanuel Macron et Angela Merkel lors de leurs prochaines négociations… Annika Will présente les grandes lignes de cette proposition : 

3/ Créer un pacte social pour l’Union européenne

La future coalition veut aussi montrer un visage plus social et souhaite une "répartition équitable des richesses". Pour y parvenir, elle va pousser l’Union européenne à "renforcer les droits sociaux fondamentaux, en particulier l’égalité de rémunération pour un travail égal au même endroit dans l’Union". En d’autres termes : mettre fin au dumping social. 

Le contrat de coalition veut aussi instaurer un "salaire minimum" dans tous les États membres et "soutenir une taxation équitable des grands groupes, en particulier les géants de l‘internet comme Google, Facebook, Apple ou Amazon." L’objectif est d’interdire le dumping social pour que les grands groupes ne puissent plus profiter des différences de fiscalité entre États membres. Autre mesure envisagée pour une Europe plus juste : l’instauration d’une "taxe substantielle sur les transactions financières". 

Emmanuel Macron a défendu lui aussi toutes ces propositions lors de son discours à la Sorbonne que ce soit la taxation des entreprises numériques ou "la taxe sur les transactions financières, affectée directement à l’aide et au développement".

4/ Renforcer le Parlement européen

La relance de l’Europe doit aussi passer par le renforcement du Parlement européen. Comment ? Le texte reste plutôt évasif. Une chose est sûre : il faudra trouver une autre solution que celle d’Emmanuel Macron, qui avait proposé la création de listes transnationales. Le principe était de mettre sur une liste commune des candidats de la même famille politique mais de nationalités différentes. Le président français espérait que la moitié du Parlement européen soit élue par ce procédé, à partir de 2024. Problème : le Parlement vient de rejeter massivement -368 voix contre 274- ces listes transnationales… 

Dernière màj le 9 février 2018