Chine : Tianjin, quatre mois après

ARTE Reportage - samedi, 12 décembre, 2015 - 18:35

Pays : Chine

Tags : Tianjin, explosion, produits chimiques

Le 12 août dernier, à Tianjin, deux gigantesques explosions dans un entrepôt de produits chimiques ravagent la zone portuaire de Binhai et emportent 173 vies. 

Toute la Chine est traumatisée, car il ne s’agit pas seulement d’un accident. Les vraies causes du drame, ce sont les vieux démons du Parti unique : népotisme, corruption, négligences. Les dirigeants d’une société privée proche des autorités du port ont stocké là 2400 tonnes de produits chimiques dangereux, dont 700 tonnes - soixante-dix fois la quantité autorisée - du redoutable cyanure de sodium, le tout illégalement, à quelques centaines de mètres de trois résidences très densément peuplées. Les propriétaires, qui ont tout perdu, ne tardent pas à descendre dans la rue, car l’Etat ne leur propose aucun dédommagement. Mais ce qui indigne le plus l’opinion chinoise, ce sont les cent-deux pompiers sacrifiés cette nuit-là. La Chine découvre avec horreur que les premiers montés au feu étaient essentiellement des travailleurs migrants employés au rabais ignorant le danger encouru.

Aujourd’hui, quatre mois plus tard, le pouvoir a fait du bon travail. Le "ground zero" de Tianjin a été soigneusement déblayé, les logements détruits sont remis en état et tous les mécontents sont rentrés chez eux. Le pouvoir a calmé les esprits par des indemnités conséquentes, assorties d’arrestations et d’intimidations… Aujourd’hui, si la paix sociale à la chinoise règne à nouveau à Tianjin, les Chinois se disent qu’ils ne sont pas à l’abri d’une autre catastrophe. 

Chine : Tianjin - Autopsie d'une catastrophe


 

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L'Vocat Des Ouviers En Chine

 

 

Chine : le droit du travail en questions

En Chine, il n’y a pas de « code du travail » à proprement parlé. Pour autant, la Chine n’est pas dépourvue de lois ni de règlementations auxquelles doivent se soumettre les employeurs, les salariés ainsi que les syndicats tous affiliés à l’État-parti.

En 1995, suite au développement considérable d’une économie mondiale faisant du pays le « premier atelier du monde », la République populaire de Chine se dote d’une loi du travail. Elle s’applique à toutes les entreprises du pays, chinoises ou étrangères, ainsi qu’aux organismes institutionnels et associations qui sont amenés à produire un contrat de travail.
Cette loi règlemente les relations de travail entre employeurs et salariés, elle fixe les taux de cotisations sociales, établit un salaire minimum, définit les règles du contrat de travail, du temps de travail et des congés, de la formation professionnelle, des licenciements et des contentieux. D’autres dispositions touchent plus particulièrement la sécurité au travail, l’inspection du travail et la protection pour le travail des femmes et des enfants. La semaine de travail est de 40 heures sur 5 ou 6 jours. Tout dépassement du temps de travail est calculé en heures supplémentaires. La loi sur le travail est garantie sur tout le territoire chinois, mais son application relève des autorités locales ou régionales compétentes. Le salaire minimum, par exemple, peut varier selon la région ou la ville.

 

Et les syndicats ?

L’expression syndicale en Chine est contrôlée par l’État. La loi interdit aux salariés de s’organiser, de créer un syndicat indépendant et de se mettre en grève.

Alors comment s’expriment les salariés ? La seule organisation reconnue par la loi est la fédération des syndicats de Chine, l’ACFTU. Elle représente « les intérêts des travailleurs et garantit leurs droits », c’est-à-dire ni plus ni moins que les droits inscrits dans ladite loi. Autrement dit, la notion de négociation n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Cette fédération réunit toutes les organisations de salariés reconnues par l’État et sont tenues de garantir la Constitution. Les organisations doivent promouvoir le développement économique et participent à la gestion de l’entreprise.

 

2008, le droit du travail évolue

La Chine a pour ambition de rejoindre les standards occidentaux en s’inspirant en particulier du droit du travail français. En 2008 : finis les CDD courts et reconductibles à l’infini. Un CDD reconduit plus de deux fois doit être converti en CDI. Dans le cas contraire, une indemnité doit être versée au salarié licencié. Le licenciement fait aussi l’objet d’une réglementation plus sévère et les infractions au droit du travail sont sanctionnées.

 

2013, encore un pas de plus

Pour augmenter leur productivité et se soustraire aux contraintes liées à l’embauche, les entreprises faisaient appel sans limites à du personnel mis à disposition par une autre entreprise (prêt de main-d’œuvre). La décision du législateur en 2013 vise à encadrer cette pratique . En durcissant les conditions d’accès au « prêt de personnel » la loi considère que la mise à disposition de personnel ne peut être que complémentaire.

 

Mais que font les syndicats ?

Pourtant ce bel écrin règlementaire ne semble pas faire peur aux entreprises. Difficile de faire appliquer la loi : Heures supplémentaires non rémunérées, temps de travail non respecté, des salaires toujours plus bas pour des cadences toujours plus fortes…tel est le quotidien de millions de salariés chinois. Les géants industriels comme Foxcomm, fabricant Apple et Samsung, ont été épinglés par la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) dans un rapport faisant état de conditions de travail déplorables, de suicides de salariés, de sous-traitants qui embauchent de jeunes adolescents. Et la position des syndicats ? Affiliés à la fédération des syndicats chinois, ils sont le bras droit de l’État-parti qui pourtant promet de « faire respecter la loi ». Comment un syndicat cogestionnaire d’entreprise et affilié au parti peut-il prétendre agir dans l’intérêt des salariés ? Les mouvements de grève qui ont touché Honda en 2010 et qui ont vu s’affronter grévistes et syndicalistes témoignent du gouffre qui sépare le salariat de l’État-parti.

La « bonne nouvelle » nous vient paradoxalement de l’entreprise Foxcomm où on assiste à une petite révolution, celle d’élections du personnel et l’ouverture de négociations collectives sur les salaires et les conditions de travail.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016