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Charlie hebdo : nouveau tollé dans une partie du monde musulman

Pays : Turquie

Tags : Charlie Hebdo, presse

"Tout est pardonné" proclame le prophète, la larme à l’œil et une pancarte "je suis Charlie" à la main. Pour conjurer la mort, les survivants de Charlie ont fait… du Charlie justement ! Ils ont réitéré en Une du journal le "crime" pour lequel leurs collègues ont été exécutés. Et voilà que, pour une partie du monde musulman en tout cas, Charlie commet à nouveau l’impardonnable en caricaturant le prophète. Ça n’a pas raté, ce numéro a suscité la colère de plusieurs instances et pays musulmans où la représentation du prophète est interdite.

A commencer par l’Iran. Téhéran considère qu’il s’agit d’un "geste insultant" qui "porte atteinte aux sentiments des musulmans". "Nous condamnons le terrorisme partout dans le monde (...) mais dans le même temps nous condamnons ce geste insultant de l'hebdomadaire", a affirmé la porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham. "L'abus de la liberté d'expression, qui est répandu actuellement en  Occident, n'est pas acceptable et doit être empêché".

 

En Egypte, l’université Al-Azhar, principale autorité de l'islam sunnite a appelé à ignorer cette caricature qui selon elle va "attiser la haine. Il ne sert pas la coexistence pacifique entre les peuples et entrave  l'intégration des musulmans dans les sociétés européennes et occidentales," explique Al-Azhar dans un communiqué. 

 

Quant à l'Union mondiale des oulémas musulmans, basée au Qatar et présidée par le prédicateur qatari d'origine égyptienne Youssef al-Qaradaoui, considéré comme l'éminence grise des Frères musulmans, elle estime qu’"Il n'est ni raisonnable, ni logique, ni sage de publier les dessins et les films offensant le prophète ou attaquant l'islam". L'organisation terroriste Etat islamique dont s’est réclamé Amedy Coulibaly, a elle jugé qu’il s’agissait d’un "acte extrêmement stupide"

 

Ces réactions disent assez le courage qu’il a fallu au quotidien turc Cumhuriyet ("La République") qui a pris le risque de publier un encart de quatre pages en turc reprenant une partie du nouveau numéro de Charlie, reproduisant notamment la fameuse "Une". Ce journal, ennemi juré du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan est le seul à avoir osé braver l’interdit dans un pays musulman où le principe de laïcité est mise à rude épreuve ces derniers temps.  "Dans ces pages, il n'y a pas de contenus susceptibles d'offenser quelque croyance que ce soit, qu'il s'agisse de celles des musulmans, des chrétiens ou des juifs", a estimé le rédacteur en chef du quotidien, Utku Cakirözer, dans un entretien à l'AFPTV. 

 

Mais pour le moment à l’exception de 1500 manifestants aux Philippines, il n’y a pas eu de grande manifestation comme à l’époque de l’affaire des caricatures en 2006 quand la colère d’une partie du monde musulman avait submergée la rue. En France, les principales organisations musulmanes ont appelé la communauté "à garder son calme  et respecter la liberté d’opinion."