"C’est plus facile d’endurer une captivité quand on est à plusieurs"

Pays : France

Tags : Interview, Christophe Deloire

Les ex otages français en Syrie sont libres. Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres ont été libérés le week-end Pascal. A deux jours d'intervalle, ARTE Journal a interrogé le secrétaire général de Reporters sans frontières.

20 avril 2014 :

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, réagit à l'arrivée des ex otages en France, au lendemain de leur libération. Propos recueillis par Lionel Jullien :

 

19 avril 2014 :

Marina Mekaoui pour ARTE Journal : Les familles des otages ont témoigné  leur immense joie, le président de la République  son immense soulagement. Que représente cette libération pour Reporters sans frontière ?
Christophe Deloire, Secrétaire général Reporters sans frontières :
D'abord, la profonde satisfaction de voir que l'optimisme qu'il y avait chez les familles, chez les proches, les collègues était fondée. Car chez les familles on a beau avoir de la force morale, de l'optimisme  on vit en permanence avec cette angoisse, avec l'épée de Damoclès qui est au-dessus de la tête des otages. On approchait de la première année de la prise d'otages. C'était une perspective très sombre et qui était aggravée par le fait  que les preneurs d'otages n'avaient jusqu'à ces dernières semaines pas libéré d'otages. Il survenait donc l'idée que les otages pouvaient être retenus pour être utilisés plus tard comme des boucliers humains ou comme des monnaies d'échange et que ça pouvait encore durer longtemps. Leur libération est donc évidemment une profonde satisfaction.
 

De quelle façon les comités de soutien font pression sur les pouvoirs publics ?
Christophe Deloire :
Le fait de porter sur la place publique des mobilisations ça permet de parvenir à ce que le pouvoir ne considère pas ces affaires comme quelque chose de secondaire, mais comme une priorité sur laquelle il faut travailler. Il y a des traditions très différentes en fonction des pays et de ce point de vue là, la tradition française n'est pas la tradition allemande. Aux Etats-Unis par exemple il n'est que très rarement question des journalistes otages dans la presse. Il y a une forme de tradition française qui consiste à en parler beaucoup. Il faut évidemment que la mobilisation soit appropriée, c'est-à-dire qu'elle soit bien dosée à des moments opportuns afin qu'elle ait des effets vertueux et pas d'effets pervers. 
 

Plusieurs services français et plusieurs pays ont participé à la libération des otages. Que sait-on exactement des négociations ? 
Christophe Deloire :
Je sais simplement que le fait que des journalistes espagnols ont été libérés il y a quelques semaines a suscité un regain d'optimisme. Ca prouvait qu'il y avait des canaux possibles.
 

Que sait-on des conditions de détentions ?
Christophe Deloire :
Ce que l’on savait c’est que plusieurs otages étaient retenus ensemble et d’une certaine manière c’était un signal positif. D’abord parce que c’est plus facile d’endurer une captivité quand ont est à plusieurs et que ça permettait d’avoir un peu des témoignages sur leur état de santé et sur leur état psychologique. 
 

Que sait-on de la trentaine de journalistes toujours retenus en otage en Syrie ?
Christophe Deloire :
Selon les chiffres de Reporters sans frontières il y a aujourd'hui environ dix journalistes étrangers, c’est-à-dire non Syriens, retenus en Syrie, plus des journalistes syriens environ une vingtaine qui sont détenus par des groupes rebelles. Et si l'on inclut des bloggeurs, des net-citoyens, ils sont plus de quarante qui se retrouvent dans les geôles de Bachar al Assad et qui parfois ont été torturés. La Syrie illustre la règle générale, statistiquement les premières victimes sont les journalistes locaux. C'est encore plus difficile quand on est identifié sur place d'assurer sa sécurité.