|

"C’est évident que le pouvoir politique allemand protège Volkswagen"

Pays : France

Tags : Dieselgate, Volkswagen, enquête

Dans une lettre adressée aux parties civiles, les juges français qui enquêtent sur le Dieselgate – l’affaire des moteurs truqués par Volkswagen – dénoncent un manque de coopération de la part du constructeur allemand et de la justice allemande. Maître Emmanuel Ludot, l’avocat d’une trentaine de parties civiles françaises, partage son indignation.

C’est probablement l’une des affaires les plus sensibles que doit gérer le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris. En 2015, le groupe automobile allemand a été accusé d’avoir truqué ses moteurs pour passer les tests antipollution. Ce scandale, surnommé Dieselgate, avait pris une ampleur planétaire. Dans une lettre adressée aux parties civiles dont le Parisien a publié lundi certains extraits, les juges d’instructions français chargés de cette affaire évoquent leurs difficultés à mener à bien leur investigation. Ce document nous apprend que l’enquête française sur le Dieselgate est au point mort. Les juges accusent Volkswagen et la justice allemande de refuser de coopérer dans leur enquête. Maître Emmanuel Ludot rejoint la colère des juges chargés du dossier. Selon lui, Berlin s'ingère dans l'instruction française dans l'optique de protéger le secteur automobile, qui représente 13% du PIB allemand.

 

 

Ce document dans lequel des magistrats déplorent auprès des parties civiles une certaine impuissance dans leur propre enquête peut surprendre. Qui l’a diffusé ? Quelle a été la démarche des juges d’instruction ?

C’est une victime qui a envoyé le document sous le coup de la colère.

Les juges estiment quant à eux qu’ils ont un devoir de justification à l’égard des victimes sur l’évolution de l’instruction. S’ils estiment que l’instruction n’évolue pas convenablement, ils doivent expliquer aux victimes les causes de ce ralentissement. En réalité c’est une information objective qu’ils donnent.

Quels sont les recours possibles pour les parties civiles ?

Il n’y en a pas beaucoup. Il n’y a que des recours politiques et diplomatiques qui peuvent fonctionner. C’est un rappel à l’ordre par les autorités diplomatiques qui demandent une explication sur ce manque de collaboration évident. Ce qu’espèrent les parties civiles c’est un procès avec une indemnisation à la clé. Et voyant que l’instruction se ralentit, ils se disent qu’ils ne sont pas prêts de voir l’issue du procès.

Pourquoi selon vous, y a-t-il une ingérence du gouvernement allemand dans l’instruction française ?

On n’aura jamais de preuve, tout est oral. Mais c’est évident que le pouvoir politique allemand protège ce fleuron de l’économie et veille à ce qu’il ne soit pas totalement en danger. Qu’une instruction échappe à la justice allemande, ça ne leur plaît pas beaucoup.

C’est choquant parce que c’est l’Allemagne. Et en l’occurrence, l’Allemagne ne montre pas l’exemple.

Visiblement, les magistrats attendent une réaction du gouvernement français. Une intervention de la part de la garde des Sceaux est-elle envisageable ?

Si j’étais ministre de la justice, je prendrais immédiatement mon téléphone pour appeler mon homologue allemand et lui demander quels sont les motifs de cette mauvaise humeur.

 

Dernière màj le 3 septembre 2018