Centrafrique : des élections au forceps

Pays : République Centrafricaine

Tags : Centrafrique, Elections, chaos

Après plusieurs reports, les élections présidentielle et législative devraient se tenir avant la fin 2015. 

Centrafrique : des élections aux forceps

 

Au terme de la période « de transition » décidée par la communauté internationale, tout est mis en oeuvre pour tenir les délais. Mais rien n’est réellement prêt pour des élections libres et transparentes.

Interview

Malgré la présence de 10.000 casques bleus et de 900 soldats français de l’opération Sangaris, l’insécurité règne toujours en Centrafrique. A Bangui, les flambées de violence se succèdent entre milices anti-balakas et groupes d’auto-défense musulmans. En septembre dernier, on a décompté 77 morts et plus de 400 blessés en seulement cinq jours.

En province, la situation n’est guère meilleure. A Bambara, dans l’Est du pays, l’ex-Séléka dirigée par le général Ali Darass tient la ville. Un fleuve les sépare des positions tenues par les anti-balakas. Entre les deux, les casques bleus, dont la mission est de désarmer les uns et les autres. Mais les « soldats de la paix » s’en gardent bien…

A Bangui comme à Bambara, les populations fuient les violences, les camps de déplacés sont légion. Tous souhaitent des élections au plus vite, même si personne ne sait quels sont les candidats : les listes électorales sont encore en cours d’élaboration. Si élections il y a d’ici la fin de l’année, elles se feront aux forceps…

Le 16 novembre, l'ONU a annoncé qu'elle enverrait 300 casques bleus sénégalais en Centrafrique, espérant que ce renfort permettra aux électeurs d'aller voter dans de meilleures conditions.
 

de Michel Dumont, Olivier Besson et Isabelle Nommay – ARTE GEIE – France 2015

Depuis la chute de Bozizé en 2013, un pays en proie à la violence

Nouvelles accusations de viols sur mineurs contre les casques bleus

La Minusca, mission de casques bleus de l'Onu en Centrafrique, est à nouveau l'objet d'accusations de viols sur mineurs, selon les informations révélées par la Fondation Thomson-Reuters le jeudi 12 novembre 2015. Trois adolescentes, âgées de 14 à 17 ans, affirment avoir eu des relations sexuelles avec des casques bleus congolais stationnés près du camp de réfugiés où elles vivent. L'une d'entre elles a donné naissance à un enfant, une autre est enceinte.

Ces plaintes viennent s'ajouter aux dix-sept autres cas d'abus sexuels visant le personnel civil ou militaire de la Minusca révélées mi-septembre, ainsi qu'aux plaintes pour abus sexuels sur des enfants à l'encontre de quatorze militaires français de l'opération "Sangaris". Une autre enquête préliminaire a par ailleurs été ouverte le 4 septembre par la justice française contre un soldat français, pour des faits similaires remontant à l'été 2014.

 

Anti-Balaka / ex-Seleka : qui sont-ils ? 

La Seleka (qui signifie Alliance), milice du nord-est du pays, est une coalition formée de partis politiques et de groupes rebelles opposés au président de la République centrafricaine François Bozizé. Constituée en 2012 dans un pays très majoritairement chrétien (80 % de la population), la plupart de ses membres sont musulmans. Le parti le plus actif et influent de la Seleka est l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) conduit par Michel Djotodia qui s’autoproclame président de la République le 24 mars 2013.

Le président Bozizé fuit  le pays et la capitale Bangui tombe aux mains des Seleka : pillages, viols, meurtres et incendies deviennent le quotidien des habitants.  Djotodia dissout officiellement la Seleka en septembre 2013 mais certains de ses membres refusent le désarmement  et poursuivent leurs exactions dans le pays sous le nom d’ex-Seleka. On estime leur nombre à environ 20 000 (dont quelques milliers d'enfants-soldats) sans que ce nombre soit vérifiable. 

Fin 2013 - début 2014, la RCA sombre dans la guerre civile. Bangui est le théâtre de scènes d’horreur et Djotodia perd tout contrôle sur les ex-Selekas. Ils détiennent une partie du territoire, notamment le nord du pays, riche en diamants et autres ressources minières. Djotodia démissionne en janvier 2014. 

 

Milice armée formée en 2009 par des villageois de l’ouest du pays, essentiellement à Bossangoa le fief de Bozizé. Mais les Anti-balaka (les anti-machette) prennent vraiment les armes en 2013. Composés de chrétiens, ils affrontent les ex-Seleka et terrorisent les populations musulmanes. Patrice Édouard Ngaissona est le principal coordinateur politique des Anti-balaka pourtant très divisés.  Les plus radicaux d'entre eux poursuivent le massacre des musulmans malgré la démission de Djotodia. Ils seraient entre 50000 et 70000 miliciens.