|

Camp 14 : qui dit vrai ?

Pays : Corée du Nord

Tags : Camp 14, Nordkorea, Menschenrechte, Shin Dong Hyuk

La terrible histoire de Shin Dong-hyuk a été publiée pour la première fois dans le Washington Post en 2008. Fils de deux prisonniers politiques, il serait né et aurait grandi dans le camp de haute sécurité dit "camp 14" en Corée du Nord. Il aurait été torturé et obligé à assister à l’exécution de sa mère et de son frère, avant de réussir à s’évader en 2008. Blaine Harde, journaliste au Washington Post, a publié le récit de Shin Dong-hyuk en 2012 dans le livre "Rescapé du camp 14", traduit en 27 langues. En 2014, Marc Wiese en a fait un film documentaire "Camp 14, dans l’enfer nord-coréen". Mais, en janvier 2015, Shin avoue subitement que son témoignage ne correspond pas tout à fait à la réalité.  

Cette information a d’abord été relayée par la presse, puis Shin Dong-hyuk a fait une déclaration sur son site Facebook. Il est revenu sur les points suivants : 

 

Son emprisonnement

Shin Dong-hyuk affirmait jusqu’ici avoir été détenu exclusivement dans le camp 14.

Il dit désormais avoir été transféré dans le camp 18, moins draconien, à l’âge de six ans. Là-bas, sa mère et son frère commencent à organiser leur fuite. Lorsque Shin s’en rend compte, il les dénonce aux gardiens. Ils ont été exécutés dans le camp 18, et non dans le camp 14 comme il l’avait indiqué.

En quoi les camps 14 et 18 sont-ils différents ?  
Le
camp 14 est un camp de haute sécurité pour prisonniers politiques en Corée du Nord. Les détenus y sont emprisonnés à perpétuité. D’après des témoins, ils font des travaux forcés de 5h du matin à minuit. La transgression des règles du camp est punie de torture ; les infractions graves telles que les tentatives d’évasion sont passibles de la peine de mort. Dans d’autres camps de travail tels que le camp 18, les conditions d’emprisonnement sont moins dures, certains détenus sont relâchés.

 

Ses tentatives d’évasion

Jusqu’ici,  Shin Don-hyuk prétendait seulement s’être enfui du camp de haute sécurité camp 14 en 2005.

Aujourd’hui, il ajoute avoir auparavant essayé de s’enfuir du camp 18 à deux reprises. La deuxième fois, il serait arrivé jusqu’en Chine, mais aurait été livré aux autorités nord-coréennes un mois plus tard. Il aurait alors été de nouveau transféré dans le camp 14. Il maintient avoir réussi à s’enfuir de ce camp en 2005.

 

La torture

Shin Dong-hyuk déclarait jusqu’ici avoir été torturé par le feu quand il avait 13 ans.

Aujourd’hui, il revient sur son âge : il avait 20 ans lorsqu’on lui fit subir la torture par le feu pour le punir non pas de préparer une évasion, mais d’avoir tenté de s’enfuir du camp 18.

 

"Nous avons tous des choses que nous préférons garder secrètes, des éléments de notre passé que nous ne voudrions jamais voir révélés. Il y a une partie de mon passé que j’aurais aimé garder cachée pour toujours. On se dit que ce n’est pas grave de ne pas tout raconter dans les moindres détails, de laisser des zones d’ombre. Il y a certains aspects de mon passé que j’aurais voulu dissimuler à tout prix ; cependant, je ne peux ni ne veux continuer à le faire", s’excuse Shin Dong-hyuk sur sa page Facebook

 

Pourquoi ce revirement ? 

La commission d’enquête sur les droits de l’homme en Corée du Nord mise en place par les Nations unies a appelé Shin Dong Hyuk à la barre en tant que témoin. Ici vous trouvez les extraits de son témoignage et de ceux des autres exilés nord-coréens sur la TV en ligne des Nations unies.

 

La Commission se base sur les récits de 80 témoins. Les changements apportés au témoignage de Shin ne changent rien aux résultats de l’enquête présentés dans le rapport de 2014, rapporte le Washington Post, citant Greg Scarlatoiu, directeur général du Comité pour les droits de l’homme en Corée du Nord basé à Washington. 

La Corée du Nord a réagi aux témoignages rassemblés par la Commission d’enquête dans le but de discréditer Shin qui aurait tout inventé : les autorités ont diffusé une vidéo intitulée Lies and Truth dans laquelle un homme se présentant comme le père de Shin prétend que sa famille n’a été internée dans aucun "camp de sécurité".

Parmi les témoins de la Commission d’enquête, une femme a, par la suite, déclaré reconnaître le père de Shin comme l’un de ses co-détenus du camp 18. Elle en conclut avec d’autres rescapés nord-coréens que Shin n’a peut-être jamais été détenu dans le camp 14 et fait part de ses doutes à un reporter sud-coréen. Shin doit faire face à une pression accrue contre son témoignage.  

 

Toute la vérité ? 

Shin est donc revenu sur son témoignage. Comme la Corée du Nord interdit tout accès aux camps de prisonniers, les témoignages des rescapés ne peuvent être vérifiés que de façon indirecte, admet Marc Wiese.

Un autre rescapé nord-coréen a également mis en doute la nouvelle version des faits, rapporte le New York Times : "Il ment toujours. On ne peut pas s’évader deux fois de suite d’un camp de prisonniers et y survivre comme il le prétend, et encore moins s’échapper une troisième fois, et d’un camp de haute sécurité en plus."

Mais l’auteur Blaine Harden, lui, soutient toujours Shin : « Je suis convaincu qu’il a été torturé, à cause des cicatrices sur son dos. Et je suis aussi convaincu qu’il s’est évadé du camp 14, à cause des cicatrices sur ses jambes : les médecins qui l’ont examiné ont confirmé qu’il s’agissait de brûlures causées par de fortes décharges électriques », a-t-il déclaré au Washington Post.

Marc Wiese est lui aussi convaincu que si Shin a modifié quelques dates et lieux, son témoignage est fondamentalement le même et que le film reste valide.

Début 2015, le documentaire a reçu le prix Adolfe Grimme dans la catégorie information et culture.

Dernière màj le 22 janvier 2018