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Burundi : la peur d'un nouveau génocide en Afrique

Pays : Burundi

Tags : guerre, Génocide, génocide du Rwanda, ONU

Le Conseil de sécurité de l'ONU s’est réuni jeudi 12 novembre pour voter une résolution destinée à enrayer la crise que traverse le Burundi. Cette réunion d’urgence fait suite aux propos haineux du président du Sénat burundais, dimanche 8 novembre. La résolution de l’ONU, déposée et rédigée par la France, condamne les violences et prévoit un renforcement de sa présence dans le pays. Pour l’ONU, le souvenir du génocide rwandais est là, même si d’après plusieurs observateurs, le Burundi n’est pas dans la même situation que le Rwanda en 1994.

 

Le spectre du génocide rwandais

C’étaient les mots de trop. Dimanche 8 novembre, le président du Sénat burundais Révérien Ndikuriyo prononçait des propos enregistrés à son insu, mais sans ambiguïté : "vous devez pulvériser, vous devez exterminer ces gens qui ne sont bons qu’à mourir". Une phrase qui rappelle les appels aux meurtres d'avril 1994, à Kigali. Cinq mois plus tard, le nombre de victimes s’élevait à 800 000 et l’ONU avait quitté le Rwanda.

Cet échec historique des Nations unies est aujourd’hui dans tous les esprits. Selon le rapport de la séance de travail du Conseil de sécurité du 9 novembre, le terme de génocide revient même à plusieurs reprises.

Un conflit politique aux implications ethniques

En réalité, la situation du Burundi n’est pas tout à fait comparable à celle de son voisin il y a vingt ans. La société burundaise est plus mixte, la police et l’armée comptent des membres qui sont tantôt hutus, tantôt tutsis. Le président Nkurunziza lui-même est hutu (né d'un père hutu et d'une mère tutsi), mais parmi les opposants au régime et les victimes des représailles, on trouve à la fois des Hutus et des Tutsis.

Réaliser un génocide au Burundi sera compliqué, mais des crimes de masse restent possibles.

Innocent Muhozi, journaliste burundais - 12/11/2015

"Cela fait des années que le régime tente de faire glisser le débat politique sur le terrain de la haine ethnique", explique le journaliste Innocent Muhozi, directeur de la télévision "Renaissance", aujourd’hui réfugié à Kigali. "Dans ces conditions, réaliser un génocide sera relativement compliqué. Il n’est pas facile de faire basculer les gens dans ce genre de folie. Mais des crimes de masse et de grands massacres restent possibles. Et la rhétorique haineuse du régime ainsi que ses actes criminels restent très préoccupants".

 

Les casques bleus iront-ils au front ?

Rien n'est moins sûr pour l'instant. La résolution précise simplement qu'il importe que l'ONU et l'UA (Union africaine) disposent d'une "d’une planification en cas d’urgence, afin que la communauté internationale puisse réagir à toute nouvelle dégradation de la situation".

Selon Mathieu Bologuy, de l'ONG Impunity Watch Burundi, toujours présent à Bujumbura, la question est de savoir si le gouvernement burundais acceptera ou non la présence des casques bleus. "Si l’ONU déploie une force militaire dans le pays, il me semble que cela serait d'une manière imposée au gouvernement. Je pense que l'idée du Conseil de sécurité est surtout de mobiliser les casques bleus pour qu'ils soient prêts, si jamais quelque chose devait arriver. Mais en l’état actuel, je vois mal l'objectif d'un mandat qui ferait se déployer une force militaire extérieure dans le Burundi."

L'idée, c'est de mobiliser les casques bleus pour qu'ils soient prêts s'il devait arriver quelque chose.

Mathieu Bologuy, ONG Impunity Watch - 12/11/2015

 

En fait, il s’agit surtout de mettre la pression sur Bujumbura pour forcer le gouvernement à négocier avec l’opposition. C’est ce qu’ont demandé d’urgence l’Union européenne et l’Union africaine, réunies jeudi à La Valette en sommet sur la crise des migrants. Pour sortir de la crise par le haut, il s'agirait sans doute de composer un gouvernement d’union nationale. "Le problème, c’est l’état de cette opposition aujourd’hui : le putsch raté du 13 mai dernier a divisé le mouvement", conclut Mathieu Bologuy.

Attentat et putsch raté : six mois de grandes tensions

En avril dernier, le président sortant Nkurunziza avait modifié la Constitution pour briguer un troisième mandat, ce qui avait provoqué un large mouvement de contestation. Après un putsch raté de l’opposition en mai, Pierre Nkurunziza est réélu en juillet dans un climat de guerre civile et d’élection critiquée par les observateurs internationaux. Le 2 août, le numéro deux du régime est mort dans un attentat à la roquette

Depuis avril, l’ONU a dénombré au moins 200 morts et 216 000 réfugiés, qui ont gagné la Tanzanie ou le Rwanda voisins. Des mouvements de population qui contribuent à l’instabilité ethnique et politique de la région des Grands Lacs.

Enfin, en plus du spectre du génocide rwandais, les souvenirs de la longue guerre civile qui a déchiré le pays, entre 1993 et 2006, est encore dans toutes les mémoires des Burundais. Elle avait fait 300 000 morts.

Dernière màj le 8 décembre 2016