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Burundi : des manifestations de plus en plus violentes

Pays : Burundi

Tags : Afrique, Bujumbura, Putsch

Jeudi, deux personnes sont mortes par balle, selon la Croix rouge burundaise. Le lendemain, de nombreux affrontements ont éclaté dans le pays. En cause : les manifestations, dans le pays, contre le président Pierre Nkurunziza qui entend modifier la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat.

« Nous avons décidé de nous rendre. J’espère qu’ils ne vont pas nous tuer ».  Deux jours après sa tentative de

Qui est Godefroid Niyombare ?

Godefroid Niyombare a rejoint la rébellion hutue pendant la guerre civile burundaise (1993-2005). En 2009, il devient chef d’état-major de l’armée burundaise, puis est nommé aux Services de renseignements burundais en novembre 2014. Il est limogé quelques mois plus tard, après avoir conseillé au Président Pierre Nkurunziza de ne pas briguer un troisième mandat, pour ne pas attiser les tensions dans le pays. Godefroid Niyombare fait partie de la majorité hutue.

putsch, le général Godefroid Niyombare annonce au peuple sa reddition. « Nous avons rencontré une trop grande détermination militaire pour soutenir le système au pouvoir », a-t-il indiqué. Trois chefs du mouvement ont été arrêtés.

Depuis un mois, le pays est en proie à de violents affrontements entre la police et les rebelles. En cause, l’annonce du président qui s’était dit prêt à modifier la Constitution de 2005 pour pouvoir briguer un troisième mandat. Une intention mal acceptée par la population qui, depuis lors, manifeste massivement dans les rues du pays. Le journaliste belge Jean-François Bastin décrit la situation.

 

« Partout dans le pays, les manifestations ont commencé à s’élargir. Il y a beaucoup de femmes parmi les manifestants. Dimanche, il y a même eu une manifestation féminine. La semaine d’avant, c’étaient des hommes. J’avais l’impression que tout était en mouvement. C’était comme une révolution socio-culturelle. Les manifestations sont de plus en plus importantes. Le gouvernement avait parlé de manifestations ordinaires, mais aujourd’hui on peut vraiment parler de soulèvement. Tout le monde était dans la rue. »

 

Le patron d'un média convoqué

Innocent Muhozi, le directeur de la Radio-Télé Renaissance, média privé, est ressorti libre du tribunal où il a été interrogé pendant trois heures. Il avait été convoqué à la suite de la diffusion, par la chaîne qu’il dirige, du message du général Godefroid Nyombare. Le patron de ce média à succès craint d’être accusé de complicité dans le coup d’État. « Tous mes collègues sont en fuite […] en raison de menaces », a-t-il indiqué. Depuis quelques jours, au Burundi, certaines radios ont été empêchées d'émettre.

Jusqu'à présent, les manifestations s'étaient déroulées dans le calme. Mais depuis quelques jours, la situation s'est envenimée. Jeudi, au moins deux manifestants ont été tués par balle, selon la Croix rouge. Vendredi, des affrontements ont éclaté entre des milliers de manifestants et la police.

 

Un pays dans une situation déjà fragile

 

Entre 1993 et 2005, le Burundi a connu une guerre civile marquée par de nombreux massacres entre les Hutus et les Tutsis. Dix ans après la fin du conflit, la situation que vit le pays en ce moment pourrait faire remonter les vieux démons à la surface. Le gouvernement, l’armée et l’opposition sont divisés en plusieurs camps. Les oppositions se basent sur des appartenances ethniques, mais aussi sur de vieux conflits de loyauté entre l’ancienne armée régulière et les groupes rebelles, qui proviennent encore du temps de la guerre civile.

En raison de cette crainte, une partie des Burundais refuse visiblement ces violences : selon l’ONU, 105 000 Burundais auraient fui dans les pays voisins, et l’hémorragie n’est pas près de s’arrêter.

Dernière màj le 8 décembre 2016