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Bulgarie - Le mur de la honte

Pays : Bulgarie

Tags : Mur, immigration clandestine

Achevé à l’été 2014, un mur « anti-migrants » borde la frontière entre la Bulgarie et la Turquie. Sofia vient de décider de le prolonger de 130 kilomètres.

Il mesure trois mètres de haut. Des barbelés le surplombent. Erigé en juillet 2013 à la frontière turco-bulgare, un mur de séparation bloque la route des immigrés clandestins. Une gigantesque clôture dont l’objectif est de stopper l’afflux de réfugiés principalement des Syriens fuyant la guerre civile. À Sofia, le gouvernement estime que 85 % de ces migrants passent par cette zone du mont de Stranja, située au sud-est de la Bulgarie et au nord de la Turquie.

Les autorités ont annoncé le 30 décembre 2014 leur intention de prolonger le mur de 130 kilomètres, en plus des 30 kilomètres actuels (la frontière commune entre les deux pays est de 275 kilomètres). « La clôture, à première vue, n’est pas un symbole positif, déclare Meglena Kouneva, la vice-Première ministre bulgare. Mais elle a pour but la sécurité de la Bulgarie et de la Turquie. »

Les derniers mois de l’année 2013, 1 200 policiers et gardes-frontières avaient été postés le long du mur en construction, afin de décourager les éventuelles tentatives de passage. Le gouvernement se défend en affirmant que la construction ne constitue pas une stratégie pour empêcher les migrants d’entrer en Bulgarie, mais vise plutôt à les « orienter » vers des postes frontières. Selon lui, près de 9 600 demandeurs d’asile venant de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak ont, malgré les contrôles, réussi à pénétrer sur le territoire entre janvier et décembre 2014.

 

160 km

Longueur totale du mur une fois achevée la deuxième phase des travaux.

 

Un projet qui ne passe pas

La Bulgarie est le pays le plus pauvre de l’Union européenne, avec un PIB par habitant de 3 700 euros, contre 33 300 euros pour l’Allemagne par exemple. En 2013, le pays avait été débordé par l'arrivée de plus de 10 000 réfugiés, dix fois plus que la moyenne annuelle. La politique du mur a donc eu pour effet d’éviter, selon les décideurs bulgares, une crise humanitaire. Sa construction a couté au pays environ 4,6 millions d'euros. 

Une politique fortement critiquée par les ONG comme Human Rights Watch et Amnesty International, qui craignent que ce genre d’initiative ne conduise les migrants à fuir par des moyens plus dangereux, comme la mer par exemple.

 

 

Céline Peschard

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016