#BringBackOurGirls, la polémique

Pays : Nigéria

Tags : Boko Haram, #BringBackOurGirls

#BringBackOurGirls : c'est le hashtag de la campagne lancée sur les réseaux sociaux pour réclamer la libération de lycéennes kidnappées dans l'internat de leur établissement au nord-est du pays. De nombreuses personnalités politiques se mobilisent, telles que Michelle Obama ou Malala Yousafzai. Mais cette mobilisation ne fait pas l'unanimité.

En France, une manifestation a été organisée ce mardi 13 mai sur l'esplanade du Trocadéro, à Paris, en présence notamment de deux anciennes Premières dames, Carla Bruni-Sarkozy et Valérie Trierweiler.

Selon l'islamologue, Mathieu Guidère, interviewé par Le Figaro, cette forte mobilisation ne présente pas que des avantages :

"Sur le plan international, la mobilisation médiatique a été très certainement efficace, elle a obligé le gouvernement nigérien à se mobiliser sur la question, alors qu'il se taisait depuis près de trois semaines! Néanmoins, sur le plan local au Nigéria, cette indignation planétaire peut être contre-productive: elle donne une notoriété immense au leader Aboubakar Shekau qui devient l'icône de la lutte contre l'Occident, et qui arrivera sans doute à recruter davantage sur place."

Ci-dessous, une vidéo retraçant cette campagne de mobilisation internationale :

 

 

 

Mathieu Guidière n'est pas le seul à critiquer cette campagne. Une activiste américano-nigériane critique les répercussions de la compassion internationale pour les lycéennes enlevées par la secte Boko Haram.

Jumoke Balogun est née au Nigéria, mais vit à Washington. Journaliste et activiste en faveur des droits de l’Homme, elle a jeté un pavé dans la mare grâce à une tribune libre et polémique écrite début mai. Elle explique que les manifestations spontanées de soutien aux lycéennes enlevées par Boko Haram n’aident pas le Nigeria à être plus sûr ou démocratique, bien au contraire.

Le précédent 'Kony'

La journaliste dresse un parallèle avec la campagne Kony 2012 lancée il y a deux ans par l’association Invisible Children. Ce groupe controversé est entre autres accusé de détournement de dons par Charity Navigator, une ONG qui évalue la transparence des associations caritatives. L’association américaine avait rondement mené une campagne de communication. Sa mesure phare : une vidéo de 30 minutes qui a été visionnée 100 millions de fois sur Youtube. Relayé par de nombreuses célébrités, le clip présente un appel à la poursuite du leader de l’Armée de résistance du Seigneur, Joseph Kony, accusé d’entrainer des enfants soldats en Ouganda, alors qu’il était recherché par Interpol et la Cour pénale internationale depuis des années. L’intensification de sa traque s’est soldée par un échec, mais la présence militaire américaine dans la région s’est considérablement accrue. « AFRICOM, le commandement [américain] unifié qui supervise les opérations militaires sur le continent africain, a beaucoup profité de #Kony2012 et bénéficiera plus encore de #BringBackOurGirls. […] Pour la seule année 2013, AFRICOM a effectué 546 « «activités militaires » soit une moyenne d’une mission et demie par jour », indique Jumoke Balogun.

C’est un texte efficace. Dès le titre, Jumoke Balogun interpelle ses « chers Américains ». Son constat est sans appel : « Vous ne pouvez rien faire pour les jeunes filles disparues au Nigeria ». Bien qu’elle remercie les élans de soutien et de compassion, l’activiste essaye d’alerter ses lecteurs sur les répercussions des manifestations, réelles ou numériques, pour demander la libération des 223 lycéennes toujours retenues par la secte Boko Haram depuis leur enlèvement le 14 avril. L’idée n’est pas de culpabiliser les occidentaux, mais de leur faire comprendre que leurs pressions sur les pouvoirs politiques occidentaux, n’est pas la meilleure solution pour le Nigeria. Un point de vue qui ne manque pas de faire réagir. "Vous devenez les protagonistes, complices d’un agenda d’expansion militaire en Afrique. Et cela n’est pas bon. Vous l’ignorez sans doute, mais les militaires américains adorent vos «  hashtags » parce que ces derniers leurs permettent d’ancrer et d’intensifier leur présence militaire en Afrique".

Dans une tribune relayée par plusieurs sites d’information comme le Guardian et le Huffington Post, l’auteur explique que ces opérations de grande ampleur participent à la déstabilisation des pays, citant d’ailleurs un article du New York Times : "L’homme qui a renversé le gouvernement du Mali en 2012 avait été entraîné et cornaqué par les USA entre 2004 et 2010".

Boko Haram, marchand de terreur 

Sur cette vidéo publiée début mai, le leader de Boko Horam, Aboubakar Shekau, revendiquait l'enlèvement des lycéennes et exposait son programme glaçant, mi-nonchalant, mi-agressif : les traiter en "esclaves", les vendre sur "le marché des filles", les sortir du système de "l'éducation occidentale". (Images : Reuters)

 

 

Boko Haram, portrait illustré :

 

Depuis sa création en 2002, le groupe terroriste multiplie ses attaques contre les chrétiens, les musulmans et le gouvernement nigérian. Quels sont ses buts, ses moyens financiers, ses alliances locales, ses fondements idéologiques ? Eléments de réponse en textes et en images. 

 

 

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016