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Brexit : quelles conséquences sur la relation franco-allemande ?

Pays : Allemagne

Tags : Brexit, France, union européenne

"Un nouveau départ". L’expression est sur les lèvres de tous les pro-Européens vendredi, depuis que les résultats du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne sont tombés. 51,9% des Britanniques ont voté en faveur de la sortie de leur pays de l’UE. Autorités de l’UE et chefs d’Etats et de gouvernements accusent le coup et veulent voir dans cette décision historique une chance de refonder le projet européen. Quelles vont être les conséquences de cette sortie sur le couple franco-allemand, moteur depuis toujours de la construction européenne et mis à mal ces derniers mois ?  Le Brexit peut-il lui donner une impulsion positive ? Réponse en trois points.

Quel est le plan B de Berlin et de Paris face au Brexit ?

"Aucune réponse n'a été apportée à ce phénomène [de l’euroscepticisme]", a déclaré l’ancien ministre PS des Affaires étrangères Hubert Védrine vendredi matin sur France Info. "Là, on va être obligés. C'est tout à fait impossible que les Européens répondent par des relances à l'ancienne. François Hollande et Mme Merkel prennent une responsabilité énorme. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de plan B connu qu'il n'y en a pas. Ils vont le trouver." 

Pour Claire Demesmay, responsable du programme franco-allemand à l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP), la France et l’Allemagne n’ont en effet pas conçu de stratégie face à la perspective d’un Brexit. "Et c’est dommage", ajoute-t-elle, "car ils ont eu le temps d’y réfléchir. Ils ont espéré que cela n’arriverait pas". Selon la politologue, les attentes vis-à-vis du projet européen varient d’un pays à l’autre et il sera probablement difficile de trouver un projet qui fait consensus.

It's done : les Britanniques ont décidé le 23 juin de quitter l'UE. Notre dossier.

Quels sont les prochains rendez-vous franco-allemands ?

Pour l’instant, on est dans la gestion de crise

Claire Demesmay - 24/06/2016

"Pour l’instant", explique Claire Demesmay, "on est dans la gestion de crise, ils vont trouver des éléments de langage pour rassurer". François Hollande doit rencontrer Angela Merkel lundi à Berlin, au cours d’une réunion à laquelle seront également présents le chef du gouvernement italien Matteo Renzi et le président du Conseil européen Donald Tusk. Et après ? La spécialiste estime qu’il n’y aura pas d’initiative franco-allemande sur le front européen avant l’automne, voire avant 2017 : la présidentielle française est prévue pour mai 2017, tandis que les législatives allemandes auront lieu durant la deuxième moitié de l’année. Et d’ici là, la marge de manœuvre des gouvernements français et allemand sera trop limitée pour se hasarder à prendre des risques.

Pour Claire Demesmay, "ce calendrier électoral est peut-être une chance", car les nouveaux dirigeants français et allemands auront du temps devant eux et peut-être les mains plus libres que maintenant pour proposer "un concept intéressant". Il y aura une autre inconnue : le score des forces eurosceptiques et populistes, comme le FN en France et l’AfD (Alternative für Deutschland) en Allemagne, qui ont progressé ces dernières années et qui agitent déjà, côté français, le spectre d’une sortie de l’UE.

 

 

Quelles vont être les conséquences du Brexit sur le couple franco-allemand ?

François Hollande a appelé vendredi matin à un "sursaut européen" et a assuré que la France serait "à l’initiative" face au "risque de dilution de l’Europe". Angela Merkel a, comme le chef de l’Etat français, évoqué la naissance de l’Union sur les cendres de la guerre, tandis que son ministre de l’​Economie Sigmar Gabriel a affirmé que l’Allemagne devait "faire plus" pour renforcer le sentiment européen. Et la relation franco-allemande, déjà affaiblie par les divergences politiques sur la crise des réfugiés, au cours de laquelle Berlin a conclu un accord crucial avec la Turquie au nez et à la barbe de Paris ? Il n’en a pas été question vendredi. D’après Claire Demesmay, il est essentiel que la coopération franco-allemande s’intensifie au cours des prochains mois, à propos des réfugiés, mais aussi dans la lutte contre le terrorisme, la justice et la sécurité intérieure, "qui sont la base du projet et du fonctionnement européens".

 

 

Le Royaume-Uni a toujours été un passager clandestin du couple franco-allemand

Claire Demesmay

La politologue note également que le Royaume-Uni a "toujours été un passager clandestin du couple franco-allemand". En œuvrant dans le domaine économique et notamment la libéralisation du marché, la patrie de Shakespeare a constitué un contrepoids utile à la relation de solidarité franco-allemande. Et de conclure : "Il faut créer un autre modèle européen et avoir le courage politique de le faire, alors ​que ​l’opinion est réticente".

Dernière màj le 27 juin 2016