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Brexit : les six dossiers politiques qui attendent Londres

Pays : Royaume-Uni

Tags : Brexit, union européenne

Le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne a provoqué une tornade politique au Royaume-Uni et dans l'Europe. Il a réveillé les rêves d'indépendance de l'Ecosse, mis fin à la carrière de David Cameron et mis les institutions européennes aux abois, alors que certains spéculent déjà sur le fait que Londres pourrait finalement ne pas divorcer de Bruxelles. Quels sont les principales questions politiques que pose le Brexit ? ARTE Info fait le point.

Le paysage politique britannique bouleversé
Chaos Großbritannien

L’annonce du résultat a provoqué une guerre ouverte au Parti travailliste britannique, officiellement partisan du "Remain". 37% de ses électeurs ont voté en faveur d’une sortie de l’UE et, très vite, son dirigeant Jeremy Corbyn a été accusé de ne pas s’être assez impliqué dans la campagne du "In". Le leader travailliste, loin d’être un Européen convaincu, avait milité contre l’adhésion de son pays à la Communauté économique européenne (CEE) en 1975. Il a limogé samedi le ministre des Affaires étrangères du "cabinet fantôme" du Labour, le premier à lui faire des reproches. Plus d’un tiers des membres de ce "gouvernement" d’opposition ont démissionné et le leader travailliste a fait face à un vote de défiance de son parti mardi (172 contre, quarante soutiens). Mais cette motion n'est pas contraignante et Jeremy Corbyn a annoncé qu'il ne comptait pas démissionner.

Le premier ministre David Cameron a annoncé vendredi sa démission dans les trois mois, probablement le temps de trouver son successeur à la tête du Parti conservateur et du pays. On connaîtra son nom le 9 septembre. L’ancien maire de Londres et ardent partisan du Brexit Boris Johnson est le favori pour lui succéder, mais des personnalités plus discrètes pourraient sortir du bois, à l’image du ministre de la Justice Michael Gove et de la ministre de l’Intérieur Theresa May. Pendant la campagne sur le référendum, cette dernière s’est rangée derrière David Cameron malgré son euroscepticisme, mais elle a soigneusement évité de militer pour le "In", ce qui en ferait une bonne candidate de consensus, à même de satisfaire les deux ailes du parti. Selon la presse britannique, elle pourrait se déclarer cette semaine.

L'indépendance de l'Ecosse à nouveau en question
Schottland

62% des Ecossais ont demandé à rester dans l’UE. Les Ecossais sont traditionnellement pro-européens, car Bruxelles représente pour eux un contrepoids au pouvoir central de Londres. Face à ce résultat sans équivoque, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a rappelé que sa région appartient à l’UE et a demandé un nouveau référendum sur son indépendance du Royaume-Uni. Le gouvernement écossais a demandé d’entamer "immédiatement" des discussions avec l’UE et ses Etats membres.

Boris Johnson, favori pour succéder à David Cameron, a annoncé dans une tribune publiée dans The Telegraph qu’il donnerait pas crédit à ces revendications s’il devenait premier ministre : "Nous avons eu un référendum sur l’Ecosse en 2014 et je ne vois de réel appétit pour en avoir un nouveau bientôt". David Cameron refuse lui aussi une nouvelle consultation des Ecossais. En 2014, 55% d’entre eux avaient choisi de rester dans le Royaume-Uni. La Première ministre d'Écosse Nicola Sturgeon a enfoncé le clou mardi, se disant "complètement déterminée" à défendre, malgré le Brexit, la place de sa région dans l'Union européenne. Elle a  annoncé qu'elle se rendrait mercredi à Bruxelles dans ce but.

La crainte de la fermeture des frontières entre les deux Irlande
Nordirland

La question des relations entre les deux Irlande a elle aussi refait surface. Le contrôle des frontières entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord a été aboli dans les années 1920, mais une sortie de Royaume-Uni de l’UE en provoquerait le rétablissement. Avec le risque de raviver le conflit meurtrier entre les unionistes protestants, qui désirent rester dans le Royaume-Uni et les républicains catholiques, partisans de l’indépendance. La guerre a cessé depuis l’accord du Vendredi saint de 1998.

56% de la population d’Irlande du Nord a voté pour le maintien dans l’UE. Dès l’annonce des résultats, le parti Sinn Fein, ancienne vitrine politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), a demandé l’organisation d’un référendum sur la réunification de l’Irlande. Le Sinn Fein est la deuxième force politique d’Irlande du Nord et fait partie du gouvernement de Belfast. Dans la République d’Irlande, il siège dans l’opposition au parlement de Dublin avec vingt-trois députés. Le premier ministre irlandais Enda Kenny a assuré lundi qu’il serait particulièrement attentif à la frontière et à la "zone de voyage commune" avec l’Irlande du Nord lors des négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Les failles politiques de l'UE amplifiées ?
Gleichgewicht Europa

Le choix d’une majorité de Britanniques de quitter l’UE a été interprété par plusieurs chefs d’Etats européens comme un échec de l’intégration européenne et une nécessité d’élaborer un nouveau projet européen. Sur quelles idées et, surtout, avec qui ? François Hollande a très vite assuré que la France serait "à l’initiative" face "au risque dilution de l’Europe". Il a également demandé une sortie rapide du Royaume-Uni, tout comme le président du Parlement européen Martin Schulz et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Face à eux, la chancelière allemande Angela Merkel a recommandé aux Européens de prendre leur temps pour comprendre et analyser le Brexit. Un premier désaccord, même si l’entourage du chef de l’Etat français a insisté dimanche sur leur "accord complet sur la manière de traiter la situation".

Les deux dirigeants n’ont pourtant pas la même vision du futur de l’Europe et de ses possibles avancées : Paris rêve de plus d’intégration, quand Berlin refuse d’aller plus loin. Sur la relance de l’UE, reste également à voir quelle sera la position des pays d’Europe centrale et orientale, comme la Hongrie et la Pologne, dirigés par des gouvernements eurosceptiques et qui ont récemment bloqué toute avancée sur la question des réfugiés.

L'article 50 du traité de Lisbonne : activera, activera pas ?
Artikel 50

L’article 50 du traité de Lisbonne de 2009 est le pivot du Brexit : le Royaume-Uni doit l’activer pour quitter l’UE, ce qui donnera lieu à une période de négociations de deux ans renouvelables. Le premier ministre David Cameron avait annoncé qu’il l’activerait immédiatement en cas de majorité pour le "Leave". Il a ensuite déclaré lundi que "le gouvernement britannique n'invoquera pas l'article 50 pour le moment”. Une manoeuvre pour laisser à son successeur le soin de se salir les mains ? Peut-être.

Mais même son adversaire et partisan archarné du Brexit Boris Johnson semble prêt à faire marche arrière ou, du moins, à retarder la sortie de la Grande-Bretagne : dans sa tribune du Telegraph, il explique que son pays fera toujours partie de l’Europe, continuera à avoir accès au marché commun -alors que la future relation de la Grande-Bretagne à l’UE n’a pas encore été décidée- sans évoquer une seule fois l’article 50. Lundi, plusieurs médias européens spéculaient sur le fait que certains dirigeants britanniques pourraient retarder à l’envi la procédure et qu’un Brexit pourrait même ne pas avoir lieu.

Les négociations avec les institutions européennes s'annoncent difficiles
Europäische Institutionen

Les institutions européennes affichent leur fermeté face au Royaume-Uni. Elles ont d’ores et déjà nommé le Belge Didier Seeuws à la tête de la "task force" européenne chargée de mener le Brexit. David Cameron ne participera pas au Conseil européen de mardi et mercredi, mais il dînera avec ses membres pour présenter les résultats du référendum. Même si l’article 50 n’est pas encore activé, le Brexit sera à l’ordre du jour de ces deux jours réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres. Le président du Conseil européen Donald Tusk ne cache pas sa crainte d'une contagion du Brexit portée par la fièvre eurosceptique qui secoue le Vieux continent. "L’UE défend ses intérêts et ses principes fondateurs : si elle transige là-dessus, elle ouvre la porte à toutes les demandes des autres pays et à une Europe à la carte. Il y aura politiquement du ressentiment contre le Royaume-Uni, car le référendum a été perçu comme une lutte interne exportée sur la scène européenne", expliquait mercredi à ARTE Info Olivier de France, directeur de recherche à l’Iris. 

Dernière màj le 28 juin 2016