Brésil : Rio Doce, l’agonie d’un fleuve

ARTE Reportage - samedi, 1 octobre, 2016 - 18:35

Pays : Brésil

Tags : Rio Doce, pollution fleuve, destruction écosystème

Le 5 novembre 2015, le Brésil vit une catastrophe écologique sans précédent. Deux bassins de rétention de la compagnie minière Samarco cèdent dans l’Etat du Minas Gerais, dans le Sud-Est du Brésil.

Rio Dolce, fleuve à l'agonie
Brésil : Rio Doce, l'agonie d'un fleuve Le Rio Doce, cinquième plus grand fleuve du Brésil, est confrontéà une véritable catastrophe écologique.  Brésil : Rio Doce, l'agonie d'un fleuve

 

Une avalanche de boue toxique déferle sur la vallée. Le village de Bento Rodrigues est submergé, causant la mort de 19 personnes. La vague empoisonnée poursuit sa course dévastatrice dans les affluents du Rio Doce, le cinquième plus grand fleuve du pays, jusqu’à l’Atlantique, polluant 650 kilomètres de berges et de fonds fluviaux.

A Bento Rodrigues, le village pétrifié par la boue, les villageois sont relogés dans une ville voisine où ils survivent grâce à quelque 250€ par mois, une indemnité versée par la compagnie minière Samarco.

À l’embouchure du Rio Doce, la petite station balnéaire de Regência qui attirait touristes et surfeurs, est désormais déserte. A la désolation succède le chômage. La mer est polluée, la pêche est interdite, ici et sur toute l’étendue du fleuve.

Les géants mondiaux de l’extraction du fer, la multinationale brésilienne Vale et l’australienne BHP Billiton, les deux actionnaires de la Samarco à réparer les préjudices sociaux et écologiques à hauteur de 6 milliards d’euros. Dans un pays secoué par la corruption, les victimes peinent à croire en cette promesse…

 

De Melissa Monteiro, Jérôme Da Silva, Vincent Cascione et Franck Nosal - ARTE GEIE / Melting Pot – France 2016

 

Interview

La bataille juridique sera longue et périlleuse

Bonne nouvelle pour les militants de l’environnement du monde : le 15 septembre 2016, la Cour pénale internationale a annoncé qu’elle étendait son champ d’action aux crimes environnementaux. La Cour, qui juge notamment les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité s’intéressera désormais davantage à «l'exploitation illicite de ressources naturelles», à «l'appropriation illicite de terres ou à la destruction de l'environnement».

C’est cependant pour l’heure à la justice brésilienne que revient le soin de juger les responsables de la catastrophe minière du Rio Doce, mais cette nouvelle orientation juridique pourrait un jour bénéficier aux victimes de la catastrophe du barrage. Car la bataille juridique au Brésil s’annonce très longue. En effet, le gouvernement brésilien avait négocié début 2016 un accord à environ 6 milliards d'euros avec Samarco, l’entreprise propriétaire du barrage, pour la réparation intégrale des dommages engendrés. Une somme jugée insuffisante par la justice brésilienne, qui réclamait en mai près de 43 milliards d'euros de dédommagement « comme valeur initiale ». Les compagnies minières contestent pour l’heure cette nouvelle évaluation des dommages.

Par ailleurs, la société BHP Billiton (co-actionnaire de Samarco avec Vale) indiquait dans son rapport annuel 2015-2016 que, « malgré les travaux en cours pour consolider le barrage, il existe actuellement encore un risque de fuites de résidus miniers durant la prochaine saison des pluies, qui pourraient déboucher sur de nouvelles plaintes, amendes et procédures  […], ainsi qu’à de nouveaux dégâts environnementaux. »

Une bataille d’autant plus difficile pour les victimes, car le Brésil détient un bien triste record du monde : celui du pays le plus dangereux pour les militants de l’environnement. En 2015, 185 militants ont été assassinés dans le monde en raison de leur engagement pour l’environnement ou la défense des terres dont 50 rien qu’au Brésil, selon l'ONG Global Witness. Si aucune de ces victimes n’est liée à la catastrophe du Rio Doce, ce chiffre montre bien les difficultés et les menaces auxquelles doivent faire face les militants brésiliens.

Infographie : Nombre d’assassinats de militants pour l’environnement ou le droit à la terre