Brésil : les fantômes du passé

Pays : Brésil

Tags : dictature, torture, Commission de vérité

La dictature militaire au Brésil a duré vingt-et un-ans, de 1964 à 1985 : officiellement, elle n’a fait "que" 434 morts et disparus, essentiellement des militants d’extrême gauche... Ce chiffre passerait presque inaperçu, comparé aux bilans d’autres dictatures d’Amérique Latine (30 000 morts en Argentine, 3 200 au Chili). Ce serait une dictature "mineure"...

Au menu de notre dossier :

- Un reportage de 26 minutes

- Une interview de la réalisatrice Frédérique Zingaro

- Une chronologie : 21 ans de dictature militaire résumés en neuf dates

- Une carte : les commissions vérité, un phénomène international

 
Brésil : les fantômes du passé

Pourtant, les associations de droits de l’homme brésiliennes rappellent que plus de vingt mille personnes ont été torturées, dont Dilma Rousseff qui est aujourd’hui à la tête du Brésil. Mais ce pays restera le seul en Amérique latine qui ne jugera pas ses tortionnaires, définitivement amnistiés en 1979.

Le 10 décembre dernier, journée mondiale des droits de l’homme, cinquante ans après le coup d’état, la commission nationale de vérité, chargée en mai 2012 de faire la lumière sur l’histoire récente du Brésil, a rendu ses conclusions. Le Brésil a ainsi accompli un indéniable travail de mémoire, mais il s’est révélé partiel et décevant, pour les victimes de la dictature.

D’abord, les militaires sont restés murés dans un silence glacial, refusant toute forme de coopération. Ensuite, ses travaux n’ont pas permis de retrouver le moindre disparu. Et enfin, comme Dilma Rousseff s’y était engagée pour ne pas avoir d’ennuis avec l’armée, la commission de vérité n’a débouché sur aucune remise en cause de la loi d’amnistie qui protège les anciens tortionnaires.

Mais au fil de ses trente mois de travaux, la parole des victimes s’est déliée, la société civile jusqu’alors indifférente aux exactions du passé a commencé à se préoccuper de l’extrême violence des militaires d’aujourd’hui, toujours chargé du maintien de l’ordre et de lutter contre la délinquance - et qui se seraient bien passés de ce coup de projecteur. Et enfin, certains magistrats courageux ont réussi à déférer malgré tout quelques tortionnaires devant les tribunaux. Au Brésil, les choses changent.

C’est ce que Frédérique Zingaro et Mathilde Bonnassieux mettent en lumière, dans ce reportage qui pose l'un des principaux défis de la seconde présidence de Dilma Rousseff : la lutte contre la violence d’état.

 

 


De Frédérique Zingaro et Mathilde Bonnassieux, avec Rita Siriaka, Nadine Gonzales et Georges Tillard - ARTE GEIE / Hikari Films - Janvier 2015

 
Ecoutez l'interview de la réalisatrice du reportage, Frédérique Zingaro

 
1964-1985 : vingt-et-une années de dictature militaire résumées en neuf dates

En 1964, l’armée mène un coup d’État et s’empare du pouvoir. Pendant ces vingt-et-un ans de dictature, la junte édicte une série d’"actes institutionnels" pour amender la constitution nationale et asseoir son pouvoir en restreignant les droits des citoyens. La torture est à l’ordre du jour. D’après certaines organisations de défense des droits de l’homme, vingt mille personnes en auraient été victimes, alors que les chiffres officiels parlent seulement de 434 morts et disparus, pour la plupart des opposants de gauche. A ce jour, ces crimes perpétrés entre 1964 et 1985 sont restés impunis, car la junte militaire a assuré sa propre impunité en proclamant une loi d’amnistie en 1979, jamais remise en cause.

 

 

Les commissions vérité, un phénomène international

Officielles, temporaires et non judiciaires, les commissions vérité et réconciliation sont chargées d'enquêter sur les atteintes aux droits humains, dont les crimes graves, et comme leur nom l'indique, de mettre au jour la vérité. Depuis 1974, près de quarante pays ont eu recours à ces organismes, pour la majorité en Amérique latine et en Afrique, continents minés par des décennies de guerres et de dictatures.

Cliquez sur les icônes pour en savoir plus sur chacune des commissions vérité et réconciliation. Sources : Amnesty International, Wikipédia et Radio France Internationale.

 

Dossier : Donatien Huet, Uwe Lothar Müller, Janina Schnoor

Dernière màj le 8 décembre 2016