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Brésil : la présidente Dilma Rousseff destituée par le Sénat

Pays : Brésil

Tags : Dilma Rousseff, Corruption, président

Celle qui dirigea le Brésil pendant près de six ans a été prématurément évincé de ses fonctions, au terme d’une longue et fastidieuse procédure judiciaire devant la chambre haute du Parlement brésilien. Par 61 voix contre 20, les parlementaires ont voté, à la majorité des deux tiers, la destitution de la présidente.

61

voix contre 20 en faveur de la destitution de Dilma Rousseff

Sans grande surprise, le vote des sénateurs a mis fin au second mandat de Dilma Rousseff. Elle avait été suspendue de la présidence le 12 mai dernier par les "sages" brésiliens, dans l’attente de son procès en destitution. La première femme présidente du Brésil était mise en cause, devant la chambre haute transformée en tribunal fédéral suprême, pour maquillage des comptes publics, au sein d’un pays embourbé dans une crise politique et économique massive.

Dilma Rousseff aurait ainsi voulu camoufler l’ampleur du déficit brésilien, via l’imputation de certains frais à des banques publiques, et aurait approuvé trois décrets engageant des dépenses sans l’approbation du Parlement. L’ancienne présidente s’est défendue avec beaucoup d’humilité, en passant en revue son second mandat, qui aura duré moins de deux ans. Dans son plaidoyer, la dirigeante, membre du Parti des travailleurs (PT, de gauche) dénonçait un complot des élites brésiliennes, qui auraient voulu précipiter sa chute. José Eduardo Cardozo, avocat de Dilma Rousseff et ex-ministre de la justice, affirme qu’elle était en réalité attaquée pour "avoir remporté une élection qui contrariait les plans de ceux qui veulent changer le cap du Brésil" et pour "ne pas avoir empêché les poursuites en corruption au sein du pays".

Au terme de six jours d’un procès marathon, démarré jeudi 25 août, et après des dizaines d’heures de débats, les sénateurs brésiliens ont eu à voter autour d’une question simple : "Dilma Rousseff a-t-elle commis un crime de responsabilité ?" Leur vote positif aux deux tiers a définitivement écarté la dirigeante du pouvoir.

Michel Temer, président de fait

Ancien vice-président sous Dilma Rousseff, Michel Temer est membre du parti centriste PMDB et se trouve à la tête d'une vaste coalition regroupant des partis du centre, de la droite et de la gauche. Il devait être investi président du Brésil mercredi soir, une fonction qu'il exerçait déjà à titre intérimaire depuis la suspension de Dilma Roussef. Il est l'un des principaux artisans de sa chute et avait quitté la coalition gouvernementale avec fracas en mars. Son accession au pouvoir marque la fin du règne de la gauche dans le pays, initiée en 2003 par l’élection de l’ouvrier-syndicaliste Lula da Silva à la présidence.

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La semaine précédant son éviction, des barrages ont été érigés dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Sao Paulo, en protestation à la procédure de destitution de la présidente. De petits groupes de manifestants du mouvement des travailleurs sans-abri (MTST) ont coupé la circulation de plusieurs axes routiers de la mégalopole brésilienne. Les partisans de Dilma Rousseff n'ont pas hésité à qualifier de coup d’Etat cette procédure d'éviction. "Temer dehors" pouvait-on lire alors sur plusieurs pancartes de militants devant les barricades.

Le mouvement dirigé par l’intellectuel et activiste Guilherme Boulos, très présent dans les manifestations anti-destitution au cours des dernières semaines, a promis de poursuivre la mobilisation si Dilma Rousseff était effectivement chassée du pouvoir.

Dernière màj le 31 août 2016