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Bouteflika réélu dans un fauteuil

Pays : Algérie

Tags : Bouteflika, Présidentielle

Sans surprise, Abdelaziz Bouteflika remporte l'élection présidentielle. Malgré une abstention en hausse – plus de 42% –, le président algérien est reconduit à la tête du pays avec 81,53% des suffrages. Son principal rival, Ali Benflis (12,18%), dénonce d'importantes fraudes dans tout le pays.

Sa popularité électorale ne cessait pourtant de croître depuis sa première candidature – et premier plébiscite – à une présidentielle, en 1999. Cette année-là, Abdelaziz Bouteflika succède à Liamine Zéroual en rassemblant 74% des voix. A nouveau candidat en 2004, il recueille 86% des suffrages puis 90% en 2009. Ce "petit" score de 81,53% en 2014 n'entame toutefois pas l'enthousiasme des partisans de Bouteflika qui n'ont pas attendu la proclamation officielle des résultats, vendredi après-midi, pour célébrer, dès jeudi soir après la fermeture des bureaux de vote, la victoire de leur champion dans plusieurs villes du pays.

 

En fauteuil roulant

Mais le champion, âgé de 77 ans, pourra-t-il honorer ce quatrième mandat jusqu'en 2019 ? Il est permis d'en douter. Jeudi matin, Abdelaziz Bouteflika réapparaissait publiquement pour la première fois depuis le 8 mai 2012, dans un fauteuil roulant, poussé par un médecin, pour aller déposer son bulletin dans l'urne d'une école de la petite commune d'El Biar en périphérie d'Alger. Voilà donc une preuve de plus de l'état de santé précaire d'un chef de l'Etat malade (hospitalisé durant près de trois mois à Paris au printemps 2013 après un accident vasculaire cérébral), fantoche et fantôme (il n'a participé à aucun meeting durant la campagne présidentielle, envoyant ses proches et ses alliés à la rencontre des Algériens).

 

Une abstention plus forte qu'en 2009

Ce jeudi, le taux de participation s'est établi à 51,7 % d'après le ministre de l'Intérieur, en net recul par rapport à celui officiellement annoncé en 2009, 74%. Et rien qu'à Alger, les autorités ont annoncé une mobilisation encore plus faible : 37% seulement. Le plus fort taux d'abstention a été enregistré en Kabylie – environ 25% – où des incidents ont fait 70 blessés dans le département de Bouira.

 

"Une fraude à grande échelle"

Outre Bouteflika, cinq candidats étaient en course pour la présidentielle dont l'ex-homme lige du président, Ali Benflis, premier ministre entre août 2000 et mai 2003. Dès jeudi soir, Ali Benflis, déjà candidat en 2004, a quasiment pris acte de sa défaite. Crédité de 12,18% des voix, il rejette "en bloc et en détail" le résultat, dénonçant une "fraude à grande échelle" et de "graves irrégularités" qui "ont eu raison de la libre expression et du choix souverain du peuple algérien". Il fustige une nouvelle "entreprise frauduleuse" de la part d'Abdelaziz Bouteflika et de son camp.

 

Forte présence sécuritaire

Il semble cependant assez illusoire d'imaginer d'importants mouvements de manifestation après cette nouvelle victoire d'Abdelaziz Bouteflika. Plus de 260.000 policiers et gendarmes restent mobilisés dans tout le pays depuis la veille du scrutin pour étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation. Et ne pas revivre les défilés et les grèves qu'a connues l'Algérie entre décembre 2010 et avril 2011, en plein printemps arabe qui vit notamment chuter les voisins directs (Tunisie et Libye) et un peu plus lointain (Egypte) ainsi que le Maroc vaciller.

Dernière màj le 8 décembre 2016