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Bons baisers de Russie

Pays : États-Unis

Tags : Edward Snowden, NSA

Ironie de l’histoire, en voulant dénoncer les dérives des systèmes de surveillance numérique américains, Edward Snowden a atterri en Russie, un pays qui ne s’est jamais vraiment distingué comme le pays de la liberté de penser et la liberté d’expression. Il s’y est réfugié en juin 2013 et a obtenu le droit d’y résider jusqu’en 2017. Edward Snowden est poursuivi par la justice américaine pour espionnage. Ancien collaborateur de la NSA, l’Agence nationale de sécurité américaine, il a fait fuiter avec la complicité de plusieurs grands journaux, des millions de données qui étaient censées rester secrètes.

Il est l’homme qui voyait tout et qui a voulu tout dire, l’ingénieur informatique à la solde des réseaux de renseignement américains qui s’est transformé en lanceur d’alerte. Edward Snowden, ''un mec normal assis derrière un bureau'' comme il s’est décrit lui-même, affirme qu’il ne cherchait pas particulièrement à devenir célèbre. Il savait pourtant qu’en décidant de révéler publiquement l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse, il ne posait pas une simple bombinette au cœur du système américain.

Au fil de ses années de collaboration dans diverses entreprises sous-traitantes pour le renseignement américain, le jeune ingénieur s’est posé de plus en plus de questions. De par ses fonctions d’administrateur système, il était au cœur de la machine. ''On voit des choses particulièrement dérangeantes quand on travaille dans les réseaux du renseignement. Je me suis me suis interrogé sur la légalité de nos pratiques et me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’une violation de droits'' dit-il. En résumé, Edward Snowden a commencé à avoir des états d’âme en observant qu’au nom de la sécurité de la nation, c’était n’importe qui qu’on mettait sous surveillance.

Conversations téléphoniques, mails, photos, la NSA suit à la trace, écoute, espionne des milliers et des milliers de personnes et conserve soigneusement toutes les données. Ne trouvant aucune réponse dans son entourage professionnel quant à l’honnêteté de ces pratiques, Edward Snowden se résout à les mettre au grand jour. ''C’est au public de décider si ces programmes et ces politiques de surveillance sont bons ou mauvais'' argue-t-il.

LuxLeaks2 

 Début novembre 2014, la presse dévoile l’existence d’un  vaste système d’évasion fiscale mis en place au Luxembourg de 2002 à 2010, alors que  le nouveau président de la Commision Jean-Claude Juncker en était Premier ministre. D’après ces révélations, plus de 340 multinationales se sont entendues avec les autorités fiscales du Grand Duché pour bénéficier d’impôts allégés. Des entreprises telles qu’IKEA, Google, Amazon et des banques allemandes ont ainsi pu s’exonérer d’une  partie des taxes qu’elles auraient dû payer dans leur pays d’origine. Ce n’était que le premier chapitre du scandale. Une deuxième salve de documents vient d’être publiée par plusieurs journaux. Ces révélations intervenues quelques heures avant la prestation de serment de la Commission Juncker devant la Cour de justice européenne...à Luxembourg. 

La fuite

En mai 2013, la fuite commence. Il télécharge des milliers de documents depuis les disques durs de son employeur et les emmène avec lui à Hong-Kong où il se réfugie. Sous couvert d’anonymat, il a pris contact avec plusieurs grands journaux internationaux auxquels il transmet son trésor de guerre. Au mois de juin, le Washington Post, le Guardian, Le Monde, entre autres, révèlent tout, sauf l’identité du lanceur d’alerte qui ne veut pas se faire connaître. L’affaire de la NSA fait scandale dans le monde entier et bouscule gravement les relations diplomatiques des Etats-Unis, notamment avec des pays a priori amis. Angela Merkel, la chancelière allemande, apprend ainsi que son téléphone portable a été mis sur écoute pendant plusieurs années par l’agence américaine.

A la suite de sa rencontre avec des journalistes du quotidien britannique The Guardian, en juin, Edward Snowden

C’est au public de décider si ces programmes et ces politiques de surveillance sont bons ou mauvais.

Source The Guardian - juillet 2013

décide de se mettre à découvert lui aussi. Il estime qu’il n’a ''rien fait de mal'' bien que les autorités américaines veuillent sa tête et espèrent le faire extrader. De Hong-Kong, il fuit à nouveau, vers la Russie cette fois. Il n’existe aucun accord d’extradition entre les Etats-Unis et la Russie et c’est une belle occasion de se faire plaisir pour Moscou. Vladimir Poutine tergiverse un peu et finit par accepter de protéger ce citoyen américain pourchassé par les autorités de son propre pays. En août dernier, on lui a accordé un permis de résidence de 3 ans. Edward Snowden n’aurait donc plus rien à craindre, pour l’instant.

Pour autant, l’exilé ne cache pas sa désapprobation des systèmes de censure et de surveillance du net qui ont aussi cours en Russie. C’est ce qu’il a déclaré dans une interview accordée au Guardian, venu à sa rencontre à Moscou en juillet dernier. Même dans le pays qui l’accueille, il se sait toujours surveillé de près et prend donc les précautions nécessaires pour se protéger et se faire discret.

Il serait prêt à rentrer aux Etats-Unis si les autorités américaines lui garantissait un procès équitable. Impossible d’après ses avocats. Donc contre mauvaise fortune, Edward Snowden fait bonne figure : ''Je suis plus heureux en Russie que si je devais comparaître dans un procès injuste aux Etats-Unis''. 

II poursuit la mission qu’il s’est donnée, celle de dénoncer la surveillance généralisée des réseaux numériques et ceux qui s’y adonnent, aussi bien institutions étatiques qu’entreprises privées. Malgré les charges qui pèsent contre lui, nombreux sont ceux qui reconnaissent l’utilité de son travail et le soutiennent. Depuis un an, il s’est vu gratifié de multiples prix et distinctions. Il a notamment reçu le Right Livelihood Award voici quelques semaines. Même le Parlement européen souhaiterait l’auditionner. Mais les autorités américaines font pression pour qu’Edward Snowden, ce ''criminel'', ne puisse à aucun prix profiter d’une telle tribune.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016