Birmanie : un Néo-Zélandais en prison pour avoir insulté Bouddha

Pays : Birmanie

Tags : Bouddhisme, Nationalisme, blasphème

Un pas en avant, trois pas en arrière. Depuis 2011, les autorités birmanes donnaient l’impression de vouloir démocratiser le pays. Les récents événements prouvent le contraire. Quelques mois avant les élections, la justice, la police, les lois aussi, deviennent plus sévères.

Ce mardi 17 mars, les autorités birmanes ont mis derrière les barreaux un Néo-Zélandais et ses deux collègues birmans parce qu’ils ont utilisé une image de Bouddha portant des écouteurs dans une publicité pour un bar. Le tribunal a estimé que Philipp Blackwood a intentionnellement voulu insulter les croyances religieuses et l'a condamné à deux ans et demi de prison avec travaux forcés.

 

Cette image avait déclenché de vives réactions sur les réseaux sociaux, dans un pays en proie à une montée du nationalisme bouddhiste. Pour Phil Robertson, directeur adjoint de Human Rights Watch en Asie, ces peines montrent que "la liberté d'expression est plus que jamais menacée" en Birmanie. "Le rétrécissement de l'espace laissé à la liberté religieuse est très inquiétant, tout comme l'influence croissante de la rhétorique des groupes bouddhistes extrémistes", estime pour sa part Rupert Abbott, d'Amnesty International.

 

 

La montée du nationalisme bouddhiste en Birmanie, pays qui s'est ouvert au monde extérieur en 2011 après des décennies de régime militaire, est portée par des moines extrémistes. Un ensemble de lois supposée protéger la religion est actuellement à l’étude au parlement. Elles visent surtout à mieux circonscrire les autres religions. Les conversions sont rendues beaucoup plus difficiles, tout comme les mariages interreligieux. Les femmes bouddhistes devront demander l’autorisation d’un parent avant d’épouser un homme d’une autre confession. Des mesures de contrôle de population pourront être prises à l’encontre des populations qui se développent trop vite. Un texte qui vise notamment les musulmans Rohingyas.

Bref, les autorités birmanes semblent vouloir caresser les nationalistes bouddhistes dans le sens du poil. Mais les minorités religieuses ne sont pas les seules à subir les foudres du gouvernement. Les étudiants font aussi les frais de ce nouveau tour de vis. Dernièrement, plusieurs manifestations pacifiques ont été sévèrement réprimées. Les étudiants dénonçaient notamment le manque d’indépendance des institutions éducatives.

 

 

La carotte pour les nationalistes bouddhistes, le bâton pour les autres, les autorités birmanes semblent avoir enclenché un véritable retour en arrière, au détriment des réformes démocratiques.