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Belgique – Le redoublement en maternelle limité

Pays : Belgique

Tags : Redoublement, éducation

Après de longues négociations, la Belgique présente un décret qui vise à réduire les redoublements de la troisième année de maternelle. Cet amendement suscite de nombreuses réactions au sein des équipes pédagogiques et prend une tournure politique. 

En Belgique, un projet de législation pour encadrer le redoublement fait débat. Comme l’indique le classement mondial réalisé par Alternatives Économiques, le pays siège actuellement en tête de liste de ceux qui ont le plus recours à cette pratique. En 2014, par exemple, 1 168 élèves ont refait leur troisième année de maternelle, soit 2,15 % des effectifs. Pour diminuer ce taux, Joëlle Milquet, la ministre belge de l’Éducation, a proposé le 3 juin 2015 un avant-projet de décret censé redéfinir les éléments pris en compte par le corps enseignant pour décider si l’écolier est admis au niveau supérieur.

Le gouvernement ambitionne de baser le redoublement sur des « motifs exceptionnels ». À ce jour, aucune précision sur le projet à venir n’a été communiquée. Seules informations : le passage dans une nouvelle classe sera fixé par des règles plus strictes, sur l’avis de l’école et du Centre de Prévoyance Médico-Social (CPMS). « L’accord du ministère sera également requis », précise RTBF.

Des avis divergents

Bien que l’ensemble du corps enseignant et les parents d’élèves soutiennent ce nouveau projet, ces derniers manifestent toutefois quelques inquiétudes. « Ce qui nous fait peur, c’est que parallèlement à la mise en place d’un tel décret, les problèmes réels des enfants ne soient plus détectées par les CPMS », s’inquiète Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la Fédération des associations des parents de l’enseignement officiel (FAPEO). Les familles s’interrogent également sur la signification du terme « motifs exceptionnels ». D’après l’association une telle mesure nécessite la mise en place d’un dispositif de soutien aux enseignants. Les professeurs devront être suivis dans la détection des lacunes mais surtout dans la remédiation des difficultés rencontrées par l’enfant. 

Ce qui nous fait peur, c’est que parallèlement à la mise en place d’un tel décret, les problèmes réels des enfants ne soient plus détectées par les CPMS". 

Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la Fédération des associations des parents de l’enseignement officiel (FAPEO) - 03/06/2015

Mentionné par le site Levif.be, le Mouvement Réformateur (MR), parti de centre-droit d’opposition, s’oppose au projet du gouvernement. Le parti n’est pas favorable à l’interdiction systématique du redoublement. Selon ces opposants, dans le cas d’un enfant primo-arrivant par exemple, « s’il ne maîtrise pas la langue de l'enseignement, faire une année supplémentaire en classe maternelle peut-être bénéfique pour aborder les apprentissages du primaire », assure Françoise Bertiaux, membre du MR.

Même si cette pratique coûte 400 millions d'euros sur l'ensemble de la scolarité à la Fédération Wallonie-Bruxelles, « faire quelques petites économies en légiférant de la sorte n'est pas la meilleure des pistes à explorer », ajoute Françoise Bertiaux. D’ailleurs, une minorité d’enseignants rejoint le point de vue du MR, ces instituteurs considèrent « la préparation à l'école primaire comme une priorité éducative de l'école maternelle ».

La France, de son côté, qui autorise également « le maintien » en fin de cycle pour optimiser les chances de réussite dans les classes supérieures, a réorganisé son système avec la loi du 8 juillet 2013, portée par Vincent Peillon. « Le redoublement ne peut être qu'exceptionnel », stipule la législation.

 

Fabiola Dor 

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016