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Belgique : élections à haut risque

Pays : Belgique

Tags : Elections, Belgique

Quatre ans après le début d'une crise post-électorale sans précédent, symptôme des divisions de plus en plus fortes entre néerlandophones et francophones, les Belges sont de nouveau appelés aux urnes. Cette fois encore, les séparatistes flamands de la N-VA et les socialistes francophones, deux partis radicalement opposés, sont donnés vainqueurs dans les sondages. Si c'est le cas, le royaume pourrait se retrouver confronté au même scénario qu'en 2010 et 2011. Le pays était alors resté 541 jours sans gouvernement. Retour sur les grands enjeux de ces élections dans un petit pays au système politique bien compliqué.

 

Selon les derniers sondages, la N-VA, Nouvelle alliance flamande, est promise à une importante victoire aussi bien au niveau régional que fédéral et pourrait obtenir de très bons scores aux européennes. Crédité de plus de 30% des intentions de vote côté néerlandophone, le parti est de nouveau mené par Bart de Wever, homme politique le plus populaire de Flandre.

 

Une victoire du "Poutine flamand"

 

Depuis les dernières législatives en 2010, le désormais bourgmestre d'Anvers a fait son maximum pour séduire les électeurs flamands, notamment en médiatisant un régime spectaculaire pendant lequel il a perdu des dizaines de kilos. Appelé "le Poutine flamand" par le président des écologistes flamands, il n'a pas hésité à exhiber son corps devant caméras et appareils photos lors d'un jogging ou d'une baignade dans un étang.

 

Au fil des années, Bart de Wever et sa formation politique ultra-conservatrice sont notamment parvenus à siphonner les voix des électeurs de la droite flamande traditionnelle et de l'extrême droite du Vlaams Belang, parti séparatiste anti-francophone, anti-européen, et grand allié du Front National de Marine Le Pen et du PVV du Néerlandais Geert Wilders pour les européennes de 2014. Contrairement au Vlaams Belang, la N-VA se dit pro-européenne. En revanche, elle vise aussi à long terme l'indépendance de la Flandre, même si les responsables du parti affirment vouloir pour le moment mettre en place une sorte de confédération.

 

S'il ne brigue pas ouvertement le poste de Premier ministre, Bart de Wever souhaite tout de même que son parti soit à la tête d'un gouvernement clairement orienté à droite. En revanche, en région flamande, il compte bien rafler la place du chef du gouvernement flamand, le chrétien démocrate Kris Peeters.

 

Vers une nouvelle crise des 541 jours

 

Côté francophone, c'est le parti socialiste du Premier ministre belge sortant Elio Di Rupo qui devrait l'emporter. Les derniers sondages le créditent de près de 30% des intentions de vote, loin devant les 22% de la droite libérale du Mouvement réformateur de Didier Reynders, et des 12% chrétiens démocrates du cdH. Depuis peu, le PS subit pourtant la perte progressive d'une partie de son électorat au profit de l'extrême gauche du PTB, le Parti du Travail de Belgique qui obtiendrait désormais près de 9% des voix.

 

Pendant le mandat d'Elio Di Rupo, la Belgique a assaini ses finances publiques en faisant 22 milliards d'euros d'économies tout en préservant l'essentiel de la protection sociale. Social-démocrate et fervent partisan de l'unité en Belgique, Elio Di Rupo et son parti sont des farouches opposants au séparatisme de la N-VA. De leur côté, les séparatistes flamands le leur rendent bien. En 2011, un des membres de la N-VA avait créé la polémique en déclarant qu'accusant Elio Di Rupo et la Vice-Première ministre socialiste Laurette Onkelinx de "violer la langue néerlandaise". Malgré les efforts répétés d'Elio Di Rupo, Premier ministre francophone en près de 40 ans, de s'exprimer publiquement en néerlandais, une partie des Flamands continuent de lui reprocher une mauvaise maîtrise de leur langue.

 

Dans le cas d'une victoire des séparatistes flamands, le PS pourrait refuser de s'asseoir à la table des négociations. Une option dangereuse pour la stabilité politique du pays alors que la crise des 541 jours sans gouvernement, un record mondial, est encore très présente dans les esprits.

 

Un système politique compliqué

 

L'éventualité d'un tel scénario dépend avant tout du score des nationalistes flamands aux fédérales mais aussi aux élections régionales. Si les chrétiens démocrates, les libéraux de l'Open Vld et les socialistes flamands parviennent à obtenir ensemble 50% des sièges au Parlement flamand, ils auraient la possibilité de former un gouvernement régional sans la N-VA. Ils pourraient alors mener des négociations beaucoup moins compliquées avec les partis francophones en vue de former un gouvernement.

 

Ces équations dignes de mathématiciens relèvent aussi d'un système politique fédéral particulièrement compliqué. Au total, la Belgique compte pas moins de six parlements.

 

 

Au milieu de ce méli-mélo politique et administratif, outre les aspirations séparatistes d'une partie des électeurs flamands, c'est avant tout l'économie qui sépare les francophones des néerlandophones. En Wallonie, le taux de chômage se situe à environ 14% contre plus de 7% en Flandre. Dans la région de Bruxelles-Capitale les chiffres dépassent les 20%.

Dernière màj le 8 décembre 2016