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Banquiers sous serment

Pays : Pays-Bas

Tags : banquiers, Banque, secteur bancaire, Finance

Aux Pays-Bas, à l’image des médecins, les banquiers doivent prêter serment, un gage d’intégrité imposé suite à de nombreux scandales financiers.

Vox pop 65

 

« Je promets que dans le cadre de mes fonctions que j’exerce dans le secteur bancaire, je ferai mon travail de manière méticuleuse et intègre et que je placerai l’intérêt du client au centre. » À Utrecht, dans une grande salle, au siège de la banque Rabobank, une chef de service énonce cette phrase comme un mantra. Autour d’elle, en cercle, des employés l’écoutent religieusement. Dans quelques minutes, ils s’avanceront chacun à leur tour pour jurer de leur intégrité. Aux Pays-Bas, depuis une loi votée en 2014, les banquiers prêtent serment. Un engagement unique en Europe pour les 90 000 salariés locaux du secteur. Pour clore la cérémonie, chaque employé appose sa signature au bas du serment : un texte censé moraliser toute la profession.

À l’origine de cette législation inédite, le foisonnement dans le pays et en Europe de scandales financiers ces dernières années avec, pour acmé, l’affaire du Libor, du nom de ce taux d’intérêt de référence auquel les grandes banques mondiales se prêtent de l’argent. Entre 2005 et 2009, les courtiers de plusieurs établissements bancaires, dont Barclays, la Deutsche Bank ou la Royal Bank of Scotland, ont multiplié les manipulations de ces taux interbancaires. L’objectif de ces manœuvres est simple : dégager davantage de profits. Sauf que, pratiquées à grande échelle, ces altérations volontaires des cours ont faussé les prix des produits financiers proposés aux clients ainsi que les taux d’intérêt des prêts aux ménages et aux entreprises. En 2013, après qu'une enquête eût conclu que des employés de Rabobank étaient impliqués dans le scandale, le directeur général Piet Moerland avait présenté sa démission.

774 millions d’euros d’amende

La banque néerlandaise avait alors annoncé devoir payer 774 millions d’euros d’amendes aux autorités compétentes des Pays-Bas, du Royaume-Uni et des Etats-Unis, pour son implication dans le scandale de la manipulation des taux d’intérêt Libor. Dans un communiqué, Tracey McDermott, la directrice de l’Autorité de conduite financière (FCA) britannique, avait alors indiqué : « La faute professionnelle de Rabobank est parmi les plus graves que nous ayons identifiées sur le Libor. »

Les employés de Rabobank « ont traité la fixation du Libor comme un moyen potentiel de se faire de l'argent, sans aucune considération pour l'intégrité du marché », avait-elle ajouté. Piet Moerland, cité dans le communiqué, avait lui déclaré regretter « sincèrement que certains employés de Rabobank aient agi de manière inappropriée ». « Il s'agissait certes d'une lacune qui a frappé l'ensemble du secteur, mais cela n'excuse en rien la conduite des employés de Rabobank », avait-il souligné.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016