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Bachar El-Assad, réélu comme prévu

Pays : Syrie

Tags : Bachar al Assad, élection présidentielle, guerre

Les partisans de Bachar El-Assad ont célébré la victoire de leur candidat dans la soirée de mercredi 4 juin à Damas Alors que la Syrie est toujours sous les bombes, seule la population des régions contrôlées par le pouvoir a pu voter. L’opposition syrienne comme les pays occidentaux ont qualifié ce scrutin de "farce".

L'issue du scrutin ne faisait aucun doute. Le Président Assad est réélu pour 7 ans. Les élections présidentielles syriennes organisées mardi 3 juin avaient pour but de donner au dirigeant syrien une nouvelle légitimité et démontrer que plus de trois ans après le début du conflit, l'avenir de la Syrie ne s'écrira pas sans lui. Il remporte officiellement 88,7% des voix avec une participation de 73%. Un chiffre difficilement croyable quand ont sait que plus de 9 millions de Syriens ont été déplacés ou ont fui leur pays. Seuls 15 millions de Syriens (sur 22 millions) étaient conviés à ce vote, qui ne se tenait que sur 40% du territoire contrôlés par le régime, soit 60% de la population. L'annonce des résultats mercredi 5 juin a été saluée par des tirs de joie à Damas qui ont fait trois morts. En banlieue, il y aurait eu des affrontements avec l'opposition armée.

 

Il s'agissait des premières élections présidentielles organisées depuis plus d’un demi-siècle. Jusqu’à présent, l’actuel Président Bachar El-Assad comme son père ont été désignés par référendum. En 2007, le mandat de Bachar El-Assad avait été prolongé grâce à 97,62% de "oui" pour 95,86% de participation, déjà dans un climat de forte suspicion. Pour maintenir les apparences démocratiques, deux candidats quasi inconnus des électeurs s'étaient présentés face à Assad cette fois-ci, lui servant essentielement de faire-valoir.

 

Simulacre démocratique

 

Les deux opposants ont recuilli à eux deux 7% des voix. Le premier, Hassan al-Nouri, est un homme d’affaires originaire de Damas, ancien ministre au début des années 2000. il s'est contenté de souligner les erreurs du pouvoir sur le plan économique dans une campagne qui s'est bien souvent limitée à la capitale. L’autre adversaire, Maher Al-Hajjar, est un député indépendant originaire d'Alep qui a longtemps été membre du parti communiste. Début mai, le haut tribunal constitutionnel syrien avait validé leur candidature, mais évincé 24 autres prétendants pour ‘’candidature non conforme aux critères constitutionnels et légaux’’. Pour être élu, le futur président devait avoir vécu en Syrie sans interruption durant ces dix dernières années, ce qui exclut les opposants politiques partis se réfugier à l’étranger.

 

Pour de nombreux syriens, Bachar El-Assad incarne cependant l’image de l’homme fort, le seul capable de réunifier et apaiser le pays. Pour d'autres, le contexte de terreur qui règne depuis trois ans dans le pays ne laisse pas le choix. L'opposition comme les occidentaux ne reconaissent pas ces élections qu'ils qualifiaient dès la semaine précédente de "farce". Pour le secrétaire d’État américain John Kerry, la journée de mardi s'est résumée tout simplement à une "non élection". La représentante de la diplomatie européenne, Catherine Asthon, a estimé que le scrutin était "illégitime". Plusieurs pays, dont la France et l'Allemagne, ont empêchés la tenue de ces élections qu'ils ne reconnaissent pas, dans les ambassades syriennes sur leur sol (voir notre carte).

 

Les élections présidentielles se tiennent dans les régions en beige sur la carte interactive. Passez votre souris sur les points pour plus d'informations.

 

 

Les combats se poursuivent

 

La zone gouvernementale où s'est déroulée le scrutin est située dans l’ouest et au nord du pays. Dans ces régions vivent 60% de la population syrienne. Depuis mars 2011, 162 000 personnes ont trouvé la mort tandis que trois millions de Syriens ont fui leur pays et 6.5 millions ont été déplacés. Bilan provisoire car les combats entre djihadistes, rebelles, et forces loyalistes se poursuivent. Hier encore l'explosion d'une voiture piégée a tué 10 personnes dans la province de Homs. Et ce week-end à Alep 63  personnes, dont neuf enfants sont mortes dansles affrontements.Dans les régions tenues par les opposants, les rebelles avaient appelé à boycotter le scrutin. Des observateurs russes, nord-coréens ou iraniens, tous issus de pays alliés de Damas, ont supervisé les élections.

Dernière màj le 8 décembre 2016