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Andrea Nahles, première femme élue à la tête du SPD

Pays : Allemagne

Tags : SPD, Andrea Nahles, Martin Schulz

Andrea Nahles a été élue samedi à la tête du Parti social-démocrate allemand (SPD) avec 66% des voix. La nouvelle dirigeante remplace Martin Schulz, poussé sans ménagement vers la sortie en février après sa défaite électorale de septembre 2017 par une formation très divisée, qui s'est embarquée à contre-coeur dans une troisième "grande coalition" avec la chancelière Angela Merkel. Dans son discours dimanche, Andrea Nahles a promis de lutter pour plus de justice sociale en Allemagne et s'est félicitée d'avoir brisé le plafond de verre du SPD. ARTE Info dresse le portrait de cette femme politique peu connue en France.

À sa gauche, nada !

Gerhard Schröder est un engin de démolition du programme social-démocrate.

Andrea Nahles - 1998

A 47 ans, elle incarne depuis ses débuts une aile gauche du SPD longtemps délaissée par la direction du parti. Mais cela ne l’a jamais empêchée d’imposer ses orientations politiques, au point de faire chuter plusieurs présidents sociaux-démocrates. En 1995, alors présidente des jeunes du SPD, les "Jusos", elle est à l’origine de la rébellion contre le président Rudolf Scharping. En 2005, son succès à l’élection du poste de secrétaire générale fédérale, incite le président sortant Franz Müntefering à renoncer à sa propre succession. 

Elle s’est toujours montrée critique envers les politiques libérales du SPD et a qualifié l’ancien Chancelier et président du SPD, Gerhard Schröder, "d'engin de démolition du programme social-démocrate".

Quatre années dans le gouvernement Merkel

Le travail ne sera plus bradé, nous lui rendons sa valeur.

Andrea Nahles  - 2005

Secrétaire générale du SPD de 2009 à 2014, elle devient Ministre fédérale allemande du Travail et des Affaires sociales en 2013. Pendant les quatre années à ce poste, elle s’attache à défendre les droits des travailleurs tout en ne se mettant pas à dos les chefs d’entreprise. Exemple avec le projet de l'industriel allemand Thyssenkrupp qui souhaite fusionner ses activités sidérurgiques avec l’indien Tata : en 2016, elle déclare aux ouvriers allemands qu’elle "serait là pour eux", pour défendre autant que possible les 4000 emplois menacés. 

En janvier 2015, c’est elle qui réussit à instaurer le salaire minimum en Allemagne. Et cela malgré la résistance de la CDU/CSU dans un pays qui a toujours privilégié les conventions collectives par secteur. Elle résume cette victoire ainsi : "le travail ne sera plus bradé, nous lui rendons sa valeur".

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L’ascension d’une femme qui ne mâche pas ses mots 

A partir de maintenant, [la CDU] va en prendre plein la gueule.

Andrea Nahles - 2017

Le 27 septembre 2017, trois jours après la défaite du SPD aux élections fédérales, elle devient présidente du groupe parlementaire. Tout un symbole : c’est la première femme à décrocher ce poste dans le plus vieux parti politique d'Allemagne. Fondé en 1875, il a en effet plus de 150 ans d’existence… 

Lorsque des journalistes lui ont demandé ce qu’elle avait ressenti lors de sa dernière réunion en tant que ministre du Travail, elle a répondu franco : "un peu triste, mais à partir de maintenant, ils vont en prendre plein la gueule". Un vocabulaire direct qui est sa marque de fabrique. Lorsqu’elle était secrétaire générale du SPD, elle a adressé à Angela Merkel une interprétation d’une chanson populaire (Pippi Langstrumpf) qui a suscité une certaine consternation au sein du Bundestag.  Voici sa performance vocale destinée à protester contre le gouvernement fédéral :

Ich mache die welt wie sie mir gefällt :  "je façonne le monde comme il me plaît" (en parlant d’Angela Merkel)

C’est aussi grâce à sa verve qu’Andrea Nahles a pris la tête du SPD. Elle a su galvaniser ses troupes après un discours très critiqué de Martin Schulz le 22 janvier. Ce dernier est sorti très affaibli du vote des sociaux-démocrates qui devaient donner leur accord sur le principe d'une coalition avec Angela Merkel : 56% des votants ont dit oui. Ce résultat a surtout révélé les divisions qui règnent au sein du SPD. "Nous devons résoudre les problèmes maintenant" a déclaré Andrea Nahles dans son discours à Bonn. Et pour elle, le problème ne résume pas à la grande coalition, mais à des problèmes structurels du parti. Qu’elle est maintenant en bonne position de résoudre.

Dernière màj le 23 avril 2018