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Avant-après : le massacre de Boko Haram vu du ciel

Pays : Nigéria

Tags : Boko Haram, massacre, Baga

"Le petit était à moitié sorti et elle est morte comme ça"

Un témoin décrit le meurtre d'une femme en train d'accoucher.

Amnesty International est formelle : l'attaque de Boko Haram à Baga est "la plus grande et la plus destructrice" jamais perpétrée par le groupe dans son combat pour établir un califat islamique dans le nord-est du Nigeria. Selon l'organisation, des centaines de personnes, voire plus, pourraient avoir été tuées dans cette offensive lancée le 3 janvier, qui visait les milices civiles d'autodéfense assistant l'armée contre Boko Haram. "Le nombre exact de victimes à Baga et dans les seize villages aux alentours est inconnu, avec des estimations allant de dizaines de victimes à deux mille morts ou plus", poursuit une autre ONG, Human Rights Watch.

Ce jeudi, Amnesty et HRW ont également publié des images satellite de Baga et Doron Baga, villes séparées de 2,5 kilomètres, qui témoignent de l'ampleur des ravages. Prises à cinq jours d'écart, la veille de l'attaque et quatre jours après, ces photographies aériennes révèlent que de nombreuses habitations et commerces ont été rasés. 

Faites glisser le curseur pour voir les villages de Doro-Baga et Baga avant et après l'offensive de Boko Haram. Les maisons et commerces rasés sont colorés en gris, les arbres en rouge. Crédit photos : DigitalGlobe.

"J'ai couru vers la brousse. Ils continuaient à tirer et à tuer alors que nous courions"

Un quinquagénaire cité par Amnesty

D'après un calcul d'Amnesty, plus de 3 700 bâtiments ont été endommagés ou détruits, 620 à Baga et 3 100 à Doron Baga. "Les images détaillées montre les proportions catastrophiques de la dévastation dans deux villes, l'une d'entre elles ayant presque été rayée de la carte en l'espace de quatre jours", déclare Daniel Eyre, l'enquêteur de l'ONG au Nigeria. Doron Gowo, la localité hébergeant la base de la Force multinationale (qui comprend des soldats tchadiens, nigériens et nigérians) est la plus touchée, 57 % de son territoire étant détruit, ajoute HRW.

"Nous étions entourés de cadavres, à perte de vue"

Une témoin cité par Amnesty

L'armée nigériane, qui a tendance à minimiser le nombre de morts, a affirmé cette semaine que seules cent cinquante personnes avaient été abattues, qualifiant de "sensationnalistes" les estimations faisant état de deux mille tués. Les observateurs jugent qu'il sera presque impossible de connaître le décompte exact des victimes, alors que la ville de Baga et ses alentours sont désormais sous contrôle de Boko Haram - et donc impossible d'accès. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies, au moins sept mille personnes ont trouvé refuge au Tchad voisin en quelques jours.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016