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Aux Philippines, rebelles islamistes et loi martiale

Pays : Philippines

Tags : djihadistes, Duterte

Depuis le 23 mai, la ville de Marawi est le théâtre d’affrontements violents entre l’armée et le groupe de rebelles "Maute" qui a prêté allégeance à l’Etat islamique. Après avoir proclamé la loi martiale sur l’île de Mindanao, le président Rodrigo Duterte menace de l’étendre à tout le pays.

Nombre d’entre eux ont moins de 20 ans. Les plus jeunes, autour de 13 ans. Un groupe de rebelles a pris le contrôle mardi 23 mai de la ville philippine de Marawi, sur l’île de Mindanao au sud de l’archipel. (Voir notre carte ci-dessous). Le groupe est appelé "Maute", en référence au nom de son leader Abdullah Maute, ancien membre du Front moro islamique de libération (le MILF).

Si le groupe composé d’une centaine d’hommes a prêté allégeance à l’Etat islamique, il s’agit surtout à l’origine "d’anciens petits délinquants" d’après le Consortium de recherche et d’analyse du terrorisme.

 

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L’élément déclencheur de l’insurrection: un raid de l’armée philippine contre un "émir" du groupe Abu Sayyaf, principale organisation jihadiste en Asie du Sud-Est rattachée à l’Etat islamique. Depuis que le groupe Maute a pris les armes en réaction à cette opération, plus de cent personnes sont mortes à Marawi et près de deux-mille autres ont été prises au piège dans les zones de combat.

L’île de Mindanao est marquée par une "longue histoire de rébellion contre le pouvoir colonial espagnol puis américain", rappelle le journaliste Michael Vatikiotis, spécialiste de la région. Ce territoire à majorité musulmane voudrait obtenir plus d’autonomie par rapport au pouvoir central.

 

Loi martiale: vers une dérive autoritaire ?

Les autorités philippines veulent reprendre au plus vite le contrôle du territoire et empêcher à tout prix l’expansion du phénomène. Elles ont bombardé plusieurs quartiers de la ville de Marawi et affirmé mercredi 31 mai avoir tué 89 jihadistes.

Le président Rodrigo Duterte, connu pour son autoritarisme, a proclamé l’état d’urgence et établi la loi martiale sur l’île de Mindanao. Il menace même de l’étendre à tout le pays, faisant craindre une dérive autoritaire et une aggravation de la situation des droits de l’homme aux Philippines, déjà critique.

Fidèle à lui-même, le président Duterte a par ailleurs tenu des propos très contestés et d’une extrême violence : à l’occasion d’un discours d’encouragement aux forces armées, il a dit aux soldats qu'ils avaient le droit de violer jusqu’à trois femmes. "Si vous en violez trois, je dirai que c’est moi qui l’ai fait. Mais si vous en épousez quatre, fils de pute, vous serez battus". (Cette seconde phrase fait référence à la supposée polygamie des musulmans).

 

Islamisme : le lourd passif des Philippines

 

Aux Philippines 5% de la population est musulmane, composée principalement de l'ethnie des "Moros", - nom espagnol pour "Maures". L'apparition de groupes rebelles islamistes n'est pas une nouveauté pour le pays. Dans les années 1960 les Moros s'organisent politiquement et fondent un parti d'opposition, le "Front Moro de Libération Nationale". Ce dernier ne tarde pas à initier une lutte armée, dès 1969.

Mais à la fin des années 1970, une scission s'opère : un groupe islamiste se détache de ce mouvement initial pour fonder le "Front Moro islamique de Libération" (le MILF, évoqué plus haut).  Malgré les nombreux pourparlers organisés au fil des années par les forces gouvernementales philippines, la guérilla s'éternise sur plusieurs décennies. C'est seulement en 2014 que le MILF dépose les armes, après un accord conclu avec les autorités. Le MILF obtient la création d'une région autonome en territoire musulman. 

Entre temps, un autre groupe islamiste a vu le jour, composé d'anciens membres du MILF. Il s'agit d'Abu Sayyaf, une organisation djihadiste connue pour ses prises d'otage et exécutions filmées. Apparu dans les années 1990 et longtemps proche d'Al-Qaeda, Abu Sayyaf s'impose progressivement comme l'organisation terroriste la plus influente d'Asie du Sud-Est. En 2014, le groupe prête allégeance à l'Etat islamique. La rébellion armée du groupe Maute initiée le 23 mai est donc loin d'être la première insurrection islamiste à laquelle font face les Philippines. Mais la réaction autoritaire du gouvernement ajoute à l'inquiétude de la population. Une manifestation contre la loi martiale proclamée par le président Duterte s'est d'ailleurs tenue mercredi 31 mai à Manille, devant la chambre des représentants. 

A voir aussi, notre vidéo sur Rodrigo Duterte dans la série des "Trump asiatiques" : 

 

 

 

Dernière màj le 1 juin 2017