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Aux Etats-Unis, les républicains font le show

Pays : États-Unis

Tags : Républicains, Primaires, Fox News

L’exercice était attendu. Jeudi soir se tenait le premier débat télévisé du Parti républicain. Organisé par la chaîne conservatrice Fox News, les dix candidats les mieux placés dans les sondages ont eu l’honneur de participer à la première joute verbale du Grand Old Party pour déterminer l’élu : le candidat républicain à l’élection présidentielle de 2016.

Jamais le Parti républicain n’a connu telle affluence. Ils sont désormais dix-sept sur la ligne de départ, pour la course à l’investiture du parti. Dix-sept à se rêver locataire de la Maison-Blanche. Mais parmi eux, seuls quelques-uns ont réussi à passer le premier tour. Pour le premier débat télévisé des candidats républicains organisé par la chaîne conservatrice Fox News, seuls dix heureux élus, en tête des sondages, ont été invités dans l’arène de basket de Cleveland, dans l’Ohio. Un débat de deux heures, entrecoupé toutes les vingt minutes de pause publicitaire.

En réalité, l’exercice orchestré par trois présentateurs vedettes de la chaîne se prêtait davantage au jeu du question-réponse qu’à une véritable conversation argumentée. Et chacun a joué son rôle. Donald Trump a "trumpé". Jeb Bush a brillé par son manque de charisme. Chris Christie a usé de sa répartie. Rand Paul a, encore une fois, fustigé le pouvoir fédéral trop puissant selon lui : "Je ne veux pas que mon mariage ou mes armes soient enregistrées à Washington." Ted Cruz a tenté de s’illustrer par quelques saillies, comme en proposant de lutter contre l’Etat islamique. Son modèle ? L’armée égyptienne qui s'est débarrassée des Frères musulmans par un coup d’Etat et des procès de masse : "Nous avons besoin d’un président qui montre le même courage que le président égyptien Al-Sissi, lorsqu’il a éjecté les terroristes islamiques radicaux." Bel exemple, à peine relevé.

En réalité, l’heure n’était pas au débat, mais au jeu de rôles, chacun cherchant à se distinguer pour rattraper le milliardaire Donald Trump qui caracole en tête des intentions de vote. Et les programmes, dans l’histoire ? Pour avoir un aperçu des propositions de chaque candidat, voici notre graphique.

Je peux vous assurer que je soutiendrais le candidat républicain, si ce candidat, c'est moi.

Donald Trump - 06/08/2015

Donald Trump, cible mouvante

Un électeur républicain sur quatre serait prêt à voter pour lui. Donald Trump, provocateur en chef, était attendu au tournant pour ce premier débat. L’homme, plus habitué des one man show télévisés, devait ici faire entendre sa voix face à neuf autres candidats. Résultat : il est celui qui a accumulé le plus long temps de parole selon le New York Times, soit… onze minutes. Sa répartie a parfois provoqué l’enthousiasme du public, l’homme ne se privant pas de remettre en place un Rand Paul soucieux de jouer le bras de fer avec le favori. Mais son coup d’éclat a eu lieu dès les premières minutes du débat. Avant d’ouvrir les hostilités, le journaliste Brett Baier demande aux candidats de s’engager à supporter le vainqueur des primaires républicaines, quel qu’il soit. Une main se lève, et Donald Trump prend la parole. "Je ne ferai pas cette promesse à ce stade." Huées de la salle. Le milliardaire a manqué sa profession de foi républicaine, et serait prêt à concourir en indépendant contre le candidat du Grand Old Party, quitte à diviser les voix et favoriser la victoire des démocrates. Donald Trump tente une pointe d’humour : "Je peux vous assurer que je soutiendrais le candidat républicain, si ce candidat, c’est moi." Mais le discours ressemble à un acte de trahison. Rand Paul saisit l’occasion et reprend les déclarations de l’homme d’affaires, qui s’était vanté d’avoir acheté plusieurs candidats. "Il prend déjà les paris pour les Clinton." L'extrait, en anglais.

Donald Trump, démocrate ?

C’est la thèse d’un ancien conseiller de George W. Bush, qui conteste l’honnêteté du candidat dans une tribune du Wall Street Journal, publiée quelques heures avant le débat. Pour Karl Rove, il y a un Dr. Trump et un Mister Donald. L’un est républicain, depuis peu. L’autre est démocrate, depuis bien longtemps. En 2000, ce candidat-là affichait son aversion pour la commercialisation des armes d’assaut, sujet d’un long combat entre démocrates et républicains. L’homme était alors favorable à l’avortement et était prêt à défendre l’immigration et même, hérésie, une assurance maladie nationale. Aujourd’hui, Donald Trump a bien changé. Son thème de prédilection : le Mexique qui déverse ses "violeurs" et ses "criminels" aux Etats-Unis. Un fléau qu’il souhaite stopper en érigeant un mur à la frontière. Sa volonté de se présenter coûte que coûte à l’élection présidentielle pourrait donner raison à Karl Rove. Donald Trump: ni républicain, ni démocrate. Mais peut-être indépendant ?

 

 

 

Jeb Bush, bien fade face à ses challengers

Jeb Bush, autre favori des sondages semblait avoir tout pour lui : le nom, la fortune, les réseaux. Sauf le charisme. Lors du débat, il a brillé par des propos consensuels, arguant surtout de son bilan à la tête de la Floride. Ce qui a laissé le champ libre à d’autres candidats : Ted Cruz et Rand Paul sont passés à l’offensive, multipliant les déclarations en direction des électeurs du Tea Party.

A l’inverse, les plus modérés, Chris Christie et Mike Huckabee se sont illustrés par une joute verbale sur la sécurité sociale et l’âge de départ à la retraite, seul véritable moment où le "fond" a primé sur la "forme" durant ces deux heures de débats. Mais derrière la caricature d’un Parti républicain, pro-arme, pro-vie, et pourfendeur acharné de l’ère Obama, quelques-uns ont tenté de jouer leur propre partition. Sur l’immigration, notamment, Marco Rubio ou Jeb Bush affichant des positions plus souples. Et, étonnamment sur le mariage homosexuel, pourtant un anathème dans l’idéologie du Grand Old Party. John Kasich a ainsi réussi un véritable tour de force. Questionné sur l’hypothèse où l’un de ses enfants se révèlerait homosexuel, le gouverneur de l’Ohio déclare : "Je les aimerais quoiqu’il arrive. Et, vous savez pourquoi ? Parce que Dieu m’a donné un amour inconditionnel." Arguant de sa foi, il ajoute : "Nous devons donner à chacun une chance, traiter chacun avec respect, et leur permettre de partager avec nous ce grand rêve américain." Applaudissements dans la salle. Un républicain vient de prêcher la tolérance envers l’homosexualité au nom de la foi. Etrangement, le Grand Old Party, c’est également cela (en anglais).

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016