Au Portugal, la gauche radicale est au ralenti

Pays : Portugal

Tags : Politique, Crise économique, Gauche radicale

A l’inverse de ses homologues européens Podemos et Syriza, la gauche radicale portugaise peine à s'affirmer. En cause, notamment, la vitalité du parti communiste local. 

« Le Portugal ne cède toujours pas à la tentation de la gauche radicale. » Tel est le constat de Liliana Pacheco, la correspondante de Vox Pop, interrogée pour dresser un bilan de la gauche dans son pays. La journaliste distingue trois partis politiques portugais se revendiquant comme des équivalents de Podemos, la formation antilibérale espagnole : le Livre (« Libre »), fondé en janvier 2014, Tempo de Avançar (« Il est temps d'avancer ») crée en novembre 2014, et le dernier né en 2015, Juntos Podemos (« Ensemble nous y arriverons »).

Cette abondance freine la construction d’un vrai pôle de la gauche radicale portugaise. Aucun de ces partis n'a encore réussi à s'imposer dans le paysage politique local. A la différence de ses voisins européens frappés par la crise, « le Portugal a manqué d’un projet politique générateur de confiance de la part des mécontents, analyse Viriato Soromenho Marques, professeur de philosophie politique. Ce que pourrait faire le parti Livre ».

Cette jeune entité pro-européenne a été écrasée par la notoriété du parti communiste portugais (PCP), qui empêche l'expansion des petits frères portugais de Podemos et Syriza, comme l'évoque le politologue Antonio Costa Pinto : « A gauche, la principale barrière au Portugal c’est le PCP, il reste cantonné dans toutes les élections à des scores de 8 à 10%. » « Il assèche tout autour de lui, renchérit Viriato Soromenho Marques, ce qui complique la progression d'autres partis à gauche. »

A gauche, la principale barrière au Portugal c’est le PCP, il reste cantonné dans toutes les élections à des scores de 8 à 10%.

Antonio Costa Pinto, politologue - 20/04/2015

Mauvaise stratégie politique

Dans leur ensemble, les mouvements de gauche portugais n’ont pas su tirer profit de la crise européenne, comme l’ont fait Syriza et Podemos. Les chiffres parlent d’eux mêmes. Avec 8 à 9% des intentions de vote en vue des législatives de septembre 2015, la Coalition démocratique unitaire (CDU) - alliance du PCP et des écologistes Os Verdes - « reste stable par rapport aux résultats du scrutin de 2011 (7,9%) », indique le blog du Service d’Information du Gouvernement siglab.

Le Bloco de Esquerda (« Bloc de gauche »), lui, passerait de 5,2 % à entre 3 % et 4 %, selon les estimations. Le recul de ce parti se disant « socialiste » s’explique par une mauvaise stratégie politique. En 2011, Francisco Louça, le coordinateur du Bloco de Esquerda a refusé de discuter avec la « troïka ». Comme l’indique Viriato Soromenho Marques au Courrier International, « cette position a empêché le parti d'apporter sa contribution à la situation du Portugal ». Depuis la formation ne cesse de perdre du terrain.  

Pour l’instant les analystes reconnaissent que de nombreuses questions sont encore sans réponses. « Comme souvent, tout ce qui se passe en Europe, met plusieurs années à arriver au Portugal, analyse le sociologue Elísio Estanque. Et quand c’est le cas c’est sous une forme ambiguë. » Selon lui, le Portugal dépend des structures du pouvoir, d’ou sa réticence à sortir du schéma traditionnel, c’est à dire « l’alternance gauche-droite ».  

Dans un article publié sur 20 minutes.fr en janvier 2015, Marisa Matias, députée européenne de Bloco de Esquerda, s’est montrée optimiste. Elle espère que la « victoire de Syriza marquera le début d’une vague de changement des politiques européennes ». Le succès de la Grèce aux élections législatives de 2015 devrait insuffler un nouvel élan. « Même s’il est encore trop tôt pour parler d’un «printemps européen des peuples », souligne-t-elle. 

 

 

Fabiola Dor