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Au lendemain de législatives indécises, qui pour gouverner l'Espagne ?

Pays : Espagne

Tags : élections législatives, Podemos

Ce lundi, les Espagnols font face à une certitude - le bipartisme, en vigueur depuis trente-trois ans, n'est plus - et une question : qui pour diriger leur pays ? Pour la première fois depuis 1982, ni les conservateurs du Partido Popular (PP), ni les socialistes du Partido Socialista Obrero Español (PSOE) ne sont en mesure de gouverner seuls. Avec 29% des voix et 123 députés, le PP arrive en tête mais demeure loin de la majorité absolue au Congrès, fixée à 176 sièges. En seconde position, le PSOE remporte 22% des voix et 90 sièges.

Dans une Espagne souffrante, en proie à la crise économique et aux plans d'austérité, les électeurs ont détourné une partie de leurs suffrages vers deux nouvelles formations : le jeune parti de gauche Podemos, né du mouvement des Indignés, qui rassemble 21% des voix et fait une entrée remarquée au Congrès avec 90 sièges, et le parti de centre-droit Ciudadanos, lancé en Catalogne puis à l'échelle nationale pour contrer les velléités séparatistes, qui obtient 14% des voix et 40 sièges. Dimanche soir, le chef de file de Podemos Pablo Iglesias expliquait que "le champ politique espagnol ne sera plus jamais le même" et Pedro Sánchez, leader du PSOE, estimait "qu'on entame une nouvelle ère, faite de dialogue et de compromis"

Comment les forces en présence peuvent-elles s'entendre pour présider aux destinées de l'Espagne ? ARTE Info dresse cinq scénarios possibles et improbables.

 
Deux scénarios possibles

Un bloc orienté à droite

Un gouvernement dirigé par le Parti populaire de Mariano Rajoy, actuellement au pouvoir, et soutenu par les nouveaux venus de Ciudadanos : ce scénario semble le plus envisageable. Problème : ensemble, ces deux formations ne cumulent que 163 députés et il faudrait qu'elles s'appuient sur des tiers pour réunir les 176 sièges nécessaires à la formation d'un nouvel exécutif. Les partis régionalistes basques et catalans, plutôt marqués à droite, sont souvent cités comme de potentiels partenaires de coalition. Une alliance qui semble néanmoins hypothétique étant donnée l'opposition ferme des deux partis à l'indépendance de la Catalogne et la volonté de Ciudadanos de mettre un terme à l'autonomie fiscale basque.

Un bloc orienté à gauche

Les résultats des législatives espagnoles ne sont pas sans rappeler ce qu'il est advenu lors des élections du 4 octobre dernier au Portugal. "Portugal en avant", une coalition de centre-droit, est arrivée en tête du scrutin, avec 36,86 % et 102 sièges sur 230 à l'Assemblée de la République. Mais ce sont bien trois partis de gauche et d'extrême-gauche - le Parti socialiste, le Bloc de gauche et la Coalition démocratique unitaire - qui ont conclu un accord pour diriger le pays : à eux trois, ils disposent en effet, avec 122 sièges, de la majorité parlementaire nécessaire pour gouverner.

Et si ça se reproduisait en Espagne, avec une coalition allant de la gauche de la gauche en centre-droit, qui associerait le PSOE avec les deux nouveaux venus, Podemos et Ciududanos ? Un tel scénario ne serait pas sans soulever de sérieux différends concernant la question de l'indépendance catalane - Ciudadanos y est farouchement opposé et Podemos s'est, au contraire, engagé à laisser les Catalans décider de leur avenir - et irait à l'encontre de la promesse de Podemos de rompre avec les partis qui ont gouverné l'Espagne depuis le fin de la dictature franquiste.

 

Deux scénarios improbables

Une grande coalition à l'allemande

Pour la troisième fois de son histoire, la République fédérale d'Allemagne est actuellement pilotée par un gouvernement de coalition, avec, en son sein, les conservateurs de la CDU de la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD du vice-chancelier Sigmar Gabriel. En Espagne, une telle configuration créerait un précédent et entâcherait sérieusement l'image des socialistes dans l'optique des prochains scrutins électoraux.

Les conservateurs seuls à la barre

Le résultat des élections pourrait faire de Mariano Rajoy le premier dirigeant européen à être réélu après avoir imposé à son pays de sévères mesures d'austérité. "Je vais essayer de former un gouvernement, mais cela ne va pas être simple", a prévenu dimanche soir le leader des conservateurs. Si le PP arrive à réunir suffisamment de soutiens ou d'abstentions pour passer le vote de confiance au Congrès, les conservateurs pourraient tenter de diriger le pays avec un gouvernement de minorité. Cette option n'est pas sans le risque de créer de l'instabilité car les conservateurs seraient contraints de négocier une à une les réformes à entreprendre.

Lundi, le PSOE et Podemos ont tous les deux annoncé qu'ils voteraient contre l'investiture d'un gouvernement formé par Mariano Rajoy. Le parti Ciudadanos ayant déjà annoncé qu'il s'abstiendrait, M. Rajoy n'aurait ainsi pas les voix pour être investi.

 
Un scénario catastrophe

De nouvelles élections législatives

Mi-janvier, le roi d'Espagne Felipe VI donnera mandat à un parti en vue de former un gouvernement. Selon toute vraisemblance, cette tâche reviendra au Parti populaire de Mariano Rajoy. Dès lors, la proposition de gouvernement de l'actuel Premier ministre devra obtenir la majorité absolue lors d'un vote de confiance au Congrès et s'il échoue, il devra recueillir une majorité simple lors d'un nouveau vote organisé dans les quarante-huit heures qui suivent. Si Rajoy échoue encore, le roi doit proposer un nouveau candidat. Si ce dernier ne parvient pas à former un gouvernement dans les deux mois, de nouvelles élections législatives seront organisées.