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Au bord du gouffre, Alep retient son souffle

Pays : Syrie

Tags : Alep, guerre

Ce n'est plus qu'une question de semaines : une bataille capitale opposant rebelles et troupes pro-régime se prépare à Alep. La situation de l'ancienne capitale économique de la Syrie s'aggrave continuellement. L'eau courante y est coupée depuis dimanche et ses habitants souffrent de pénurie de nourriture et de médicaments, ainsi que d'une flambée des prix. Jeudi, la Russie, qui combat au côté du régime syrien, a annoncé un arrêt quotidien de "toutes" ses activités militaires pendant trois heures. Cette mesure est insuffisante selon l'ONU, qui réclame une trêve humanitaire de 48 heures chaque semaine.

Ces enfants, masque de protection sur le visage, roulent dans les rues d'Alep. Autour d'eux, des nuages de fumée. Ils proviennent de pneus enflammés par les rebelles, qui contrôlent le quartier est où vivent ces deux garçons. Les opposants au régime de Damas s'en servent pour brouiller le champ de vision de l'armée syrienne et de l'aviation russe, qui la soutient. Des enfants, leurs vélos, des pneus enflammés, la peur des bombardements : tel est le quotidien des Aleppins.

Environ 1,5 million d'habitants risquent d'être pris au piège dans la ville. Une bataille qui pourrait être un tournant dans le conflit syrien se prépare dans la deuxième ville de Syrie. Le régime avait coupé le 17 juillet la route du Castello au nord d'Alep, la dernière voie d'approvisionnement pour les insurgés. Ces derniers ont réussi à briser le siège en s'emparant du quartier vital de Ramoussa, au sud d'Alep, ce qui leur a permis de faire la jonction avec leur secteur situé dans l'est de la ville. Mais "la grande bataille n'a pas encore commencé", a affirmé à l'AFP Yasser Abdelrahim, un commandant rebelle.

De sordides tractations à l'ONU

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"Il n'est pas sûr que les gagnants de la bataille soient les vainqueurs de la guerre" : l'interview du spécialiste de la Syrie Thomas Pierret à propos d'Alep.

"L'ONU se tient prête à aider la population civile d'Alep, une ville désormais unie dans sa souffrance", ont affirmé lundi le coordinateur humanitaire de l'ONU pour la Syrie, Yacoub El Hillo, et le coordinateur régional Kevin Kennedy. Les stocks de nourriture et de médicaments sont "à un niveau dangereusement bas", ont-ils prévenu, appelant à des "pauses humanitaires hebdomadaires de quarante-huit heures" dans les combats.

Si l'ONU reconnaît la gravité de la situation, le Conseil de sécurité est divisé au sujet des conditions à remplir avant d'envoyer l'aide. Les Etats-Unis et la France ont ainsi réclamé mardi que l'aide parvienne à Alep avant que de nouveaux pourparlers de paix ne soient envisagés. En revanche, la Russie a maintenu qu'il ne devrait y avoir aucune condition préalable à de telles tractations, que les Nations unies espèrent reprendre à Genève à la fin du mois. Aussi bien le régime que les rebelles parviennent encore à faire entrer de la nourriture et d'autres produits dans les secteurs sous leur contrôle mais ces voies ne sont pas assez sûres pour permettre aux civils de les emprunter.

 

Quand l'eau vient à manquer

"Les enfants et les familles à Alep sont confrontés à une situation catastrophique", s'est alarmé le Fonds de l'ONU pour l'enfance (Unicef). "Ces coupures d'eau surviennent en pleine canicule, ce qui expose les enfants à des risques graves de maladies", a souligné Hanaa Singer, représentante d'Unicef en Syrie. "Le rétablissement de l'eau potable courante ne peut pas attendre la fin des combats".

D'après l'ONU, deux millions de personnes en Syrie "vivent de facto dans la peur d'être assiégées", dont 275 000 dans l'est d'Alep. Les experts estiment pour leur part à 1,2 million la population dans la partie gouvernementale et à quelque 250 000 celle du secteur rebelle. Le conflit en Syrie, déclenché en 2011 après la répression de manifestations pacifiques contre le régime, a fait plus de 290 000 morts, poussé à la fuite plus de la moitié de la population et provoqué une grave crise humanitaire.

 
Dernière màj le 12 août 2016