Armements et combattants : l'Etat islamique peut dire merci à l'Occident

Pays : Irak, Syrie

Tags : Etat Islamique

Deux rapports publiés cette semaine montrent comment l'Occident permet malgré lui à l'Etat islamique de s'enraciner. D'une part, l'institut américain Soufan Group estime qu'entre 2014 et 2015, le nombre des djihadistes étrangers en Irak et en Syrie a plus que doublé. Et d'autre part, selon Amnesty International, le groupe terroriste a mis la main, en Irak, sur de nombreuses armes et véhicules blindés dont beaucoup viennent... des pays occidentaux.

Entre vingt-sept et trente-et-un mille djihadistes étrangers originaires de quatre-vingt-six pays sont présents en Irak et en Syrie, estime The Soufan Group dans un rapport publié mardi 8 décembre. Et "ce nombre a plus que doublé" depuis la dernière étude de cet institut new-yorkais spécialisé dans le renseignement : en juin 2014, il en avait recensé "seulement" douze mille. "Malgré les efforts internationaux pour contenir le groupe Etat islamique et réduire le flot de militants voyageant vers la Syrie, le succès de l'EI a encouragé des dizaines de milliers de djihadistes à rejoindre ses rangs et inspiré d'autres à devenir sympathisants", souligne The Soufan Group, qui se base sur l'ensemble des données établies par les gouvernements, les organisations internationales et les instituts de recherche.

L'augmentation du nombre de djihadistes n'est pas uniforme à travers le monde : avec un total de 5000 combattants, dont 1700 Français, le contingent d'Europe de l'ouest a ainsi plus que doublé, alors qu'il restait à peu près stable en Amérique du nord, à hauteur de 280. Ils sont 8240 en provenance des pays du Moyen-Orient, dont 2500 Saoudiens et 2100 Turcs, et 8000 d'Afrique du nord, la Tunisie restant de loin le premier pays pourvoyeur de djihadistes, avec 6000 représentants en Syrie et en Irak. Le nombre de combattants venus de Russie et des anciennes républiques soviétiques a explosé de près de 500%, à 4700, dont 2400 Russes.

Toujours selon The Soufan Group, entre 20 et 30% des djihadistes étrangers retournent dans leur pays, ce qui constitue un grand défi pour les agences de sécurité alors que l'EI lance de plus en plus d'attaques, comme dernièrement en France, en Tunisie et au Liban.

"Le commerce irresponsable des armes alimente les atrocités à grande échelle"

Les transferts d'armes effectués vers l'Irak sont à l'origine du redoutable arsenal utilisé par l'Etat islamique, souligne de son côté Amnesty International dans un rapport publié mardi"L'arsenal militaire actuel de l’EI correspond à des armes et des équipements provenant de stocks militaires irakiens mal sécurisés qui ont été pillés, saisis ou obtenus dans le cadre d’un commerce illicite", affirme l'organisation de défense des droits de l'homme. "Avec cet arsenal, l’EI a commis des atteintes graves et systématiques aux droits humains et a violé le droit international humanitaire."

L'EI utilise des armes et munitions provenant d'au moins vingt-cinq pays, dont une bonne partie de Russie comme le fusil d'assaut kalachnikov. Parmi les petites armes, les djihadistes combattent avec des fusils M16 de l’armée américaine, CQ chinois, HK G3 allemands et FAL de la société belge FN Herstal. L’EI a aussi réussi à s’emparer d’équipements plus avancés, comme des missiles antichars guidés, des missiles sol-air et des véhicules blindés. "La quantité et la variété des stocks d’armes et de munitions détenus par l’EI témoignent de décennies de transferts irresponsables d’armes vers l’Irak et de l’incapacité persistante de l’administration d’occupation dirigée par les États-Unis à gérer de façon sécurisée les livraisons d’armes et les stocks, ainsi que de la corruption endémique en Irak."

"La composition de l’arsenal militaire de l’EI est la conséquence d’une longue histoire d’accumulation et de prolifération des armes et munitions en Irak", pointe également Amnesty. Les stocks d'armes de l'armée irakienne ont gonflé durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), que le rapport décrit comme "un moment majeur pour le développement du marché global d'armes modernes". L'Irak a également été inondé d'armes après l'invasion de 2003 conduite par les Etats-Unis, et le flux des armes s'est poursuivi à la faveur d'accords conclus après le retrait américain en 2011.

"Un signal d'alarme pour les exportateurs d'armes à travers le monde"

Amnesty souligne que les pays exportateurs - y compris les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu - étaient bien conscients des risques. "Les conséquences des transferts irresponsables d'armes en Irak et en Syrie et leur saisie par l'EI doivent être un signal d'alarme pour les exportateurs d'armes à travers le monde." L'ONG réclame un embargo total sur les livraisons d'armes aux forces gouvernementales syriennes, et à une règle sur la "présomption de refus" d'exportation d'armes vers l'Irak, qui conditionnerait les transferts à des évaluations strictes. Et appelle aussi à la ratification du Traité sur les transferts d'armes par les pays qui ne l'ont pas encore fait, tels que les Etats-Unis, la Russie et la Chine.