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Après les attentats, l'inquiétude dans les quartiers

Pays : France

Tags : jeunesse, Immigration, Banlieues

Suite aux attaques terroristes, les quartiers populaires sont revenus au centre du débat politique. Pour les jeunes de banlieue, l'heure est aux questionnements. Peur de l'amalgame, contrôles policiers, banalisation du racisme... les effets des attaques se sont faits rapidement sentir. A Villepinte (Seine-Saint-Denis), des jeunes se mobilisent pour témoigner de leur situation et demandent à être entendus des élus. 

France : la crainte du racisme

Les associations de quartiers en danger

Après les attaques terroristes contre la rédaction de Charlie Hebdo et du supermarché Hypercacher, la question des quartiers populaires est revenue au centre du débat politique. Les habitants eux, et en particulier les jeunes de banlieue, où vit une importante population musulmane, se sentent stigmatisés : peur de l'amalgame, augmentation des contrôles policiers, banalisation du racisme et de l’islamophobie.

Le tissu associatif menacé dans les quartiers

Dans ce contexte, les associations de quartiers jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des jeunes des cités. Soutien scolaire, prévention de la délinquance, activités culturelles, éveil à la citoyenneté… ces associations, sont devenues au fil du temps les interlocuteurs privilégiés des pouvoirs publics qui cherchent des relais dans des quartiers marginalisés où se concentrent des problèmes sociaux alarmants. Malgré ce travail d’utilité sociale, on assiste, avec la crise, à une réduction drastique des subventions des collectivités locales aux associations de quartiers dont l’existence même s’en trouve menacée.

Crise des finances des collectivités locales et réductions des subventions
La baisse des recettes fiscales des collectivités locales, du fait de la faible croissance, se conjugue à la décision du gouvernement de réduire de 11 milliards d’euros, sur trois ans, la dotation globale de fonctionnement versée par l’Etat aux collectivités territoriales. Une politique d’austérité qui risque de conduire nombre d'entre elles dans une "impasse financière".  Un rapport du Sénat, publié le 12 novembre 2014, estime que 45% des communes vont devoir réduire leurs dépenses d’investissement de 30% par rapport à 2013. Aujourd’hui, ces coupes budgétaires se font ressentir directement dans les quartiers populaires, avec une réduction drastique des subventions destinées aux associations.

Les associations de quartiers se mobilisent pour leur survie

Les associations de quartiers s’interrogent : comment continuer à exister alors que certaines communes de banlieue parisienne ont annoncé des coupes de 15, voire 20%, dans les subventions ? Sans même parler des villes gérées par le Front national, où la situation est dramatique. A Fréjus, le maire FN a annoncé une baisse de 50% des financements pour les centres sociaux de la ville.

Pour l’association Zonzon 93, qui accompagne près de deux cents jeunes à Villepinte, dans la banlieue nord de Paris, la situation est devenue intenable. Créée en 2008 par Laetitia Nonone, 32 ans, l’association propose un éventail d’activités aux jeunes : soutien scolaire, sorties culturelles (musée, théâtre), éveil à la citoyenneté.

Mais cet engagement, totalement bénévole, ne peut prospérer sans un minimum d’aide des collectivités locales. Si la mairie de Villepinte met à disposition de l’association un petit local, elle ne verse que 2500 euros de subvention par an. L’agglomération, elle, a décidé de supprimer sa subvention de 10 000 euros.

Aujourd’hui, Laetitia Nonone dénonce le désengagement des collectivités locales, qui met en péril le travail des associations de quartiers, alors que la jeunesse des cités a plus que jamais besoin de ces structures pour s’ouvrir au monde. Les sorties organisées par les bénévoles permettent aux enfants des découvertes de lieux culturels (expositions, musées, bibliothèques, pièces de théâtre) que le milieu scolaire ne peut pas toujours offrir.

Laetitia Nonone, présidente de l’association Zonzon 93

Laetitia Nonone : "Éveiller les consciences"

Briser l’isolement de la jeunesse des quartiers

Une des priorités des associations est de lutter contre la ghettoïsation des cités où, bien souvent, n’existe plus de mixité sociale. Les jeunes ressentent très fortement cette relégation à la fois sociale et spatiale. Ils dénoncent le fait qu’il leur faut constamment faire leurs preuves pour faire tomber les préjugés solidement enracinés dans la société contre la jeunesse des quartiers.

Khadija, lycéenne en terminale littéraire, membre de l’association Zonzon 93

Khadija : "Qu'ils viennent !

Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont demandeurs d’échanges avec des jeunes d’autres horizons. "Qu’ils viennent dans nos quartiers voir un peu comment l’on vit ici, nos quartiers sont aussi une richesse", confient certains jeunes de Villepinte.

Les associations pointent aussi du doigt une stigmatisation grandissante. Au lendemain des attentats, beaucoup de jeunes témoignent d’une multiplication des contrôles au faciès de la part des forces de l'ordre.

Scotty, 17 ans, lycéen, filière bac pro à Villepinte, membre de l’association Zonzon 93.

Scotty : "Ne pas rester parqués"

Pour éviter un embrasement dans les quartiers populaires, les associations ont décidé d’interpeller le gouvernement. En septembre 2014, près de deux cents représentants associatifs réunis à Nantes, venant de quartiers populaires de toute la France, ont constitué la coordination nationale "Pas sans nous" pour être une force d’interpellation et de propositions. "Il est urgent que la République réinvestisse des quartiers trop longtemps abandonnés à leur sort", affirment ces militants.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016