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Après l’attentat d’Ankara, la Turquie cherche ses coupables

Pays : Turquie

Tags : attentat, élections législatives, Erdogan

Deux bombes ont explosé le samedi 10 octobre près de la gare d'Ankara, au cœur d'un rassemblement de l'opposition en faveur de la paix. Avec 97 morts et 507 blessés, c’est l’attentat le plus meurtrier de la capitale turque. Trois jours de deuil national ont été décrétés. Alors qu’une enquête est en cours pour déterminer le coupable, les différentes forces politiques mènent leurs propres recherches et s’accusent mutuellement, trois semaines avant les élections législatives.


L’Etat Islamique, suspect n°1


Selon les résultats provisoires de l’enquête, les engins qui ont explosé à Ankara sont du même type que ceux utilisés lors de l’attentat de Suruç. Commise à la frontière syrienne le 20 juillet, l’opération a tué trente-quatre militants pro-kurdes et a été attribuée par le gouvernement turc à l’Etat Islamique, malgré l’absence de revendication de sa part. Dimanche, la police turque a interpellé une quarantaine de personnes soupçonnées de liens avec l’organisation djihadiste.


Le président turc Recep Tayyip Erdogan a tenu mardi sa première conférence de presse depuis l'attentat suicide d'Ankara, à l'occasion d'une visite de son homologue finlandais Sauli Niinisto. Il a pointé du doigt l'organisation Etat islamique. La Turquie, Etat membre de l’OTAN, vit en alerte depuis qu'Erdogan s'est lancé dans un combat contre le terrorisme sur plusieurs fronts en même temps : contre l’organisation Etat islamique en Syrie et contre des bases arrière du PKK dans le nord de l’Irak.


L’opposition pro-kurde, dans le viseur du gouvernement

 

Nous devons faire preuve de prudence à l’égard de ces (...) défilés terroristes dont le but est de briser l’harmonie sociale."

Veysel Eroglule, ministre - 10/10/2015

Peu de temps après l’attentat, le gouvernement a rapidement réagi en accusant les victimes, réunies à l'appel de plusieurs syndicats de gauche et du Parti de la démocratie des peuples (HDP, gauche, pro-kurde) qui manifestaient contre la reprise des hostilités entre les forces turques et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est du pays. Sur son compte twitter, Veysel Eroglule, ministre turc, blâmait les militants visés par l’attentat en dénonçant une “marche pour le terrorisme” ayant pour objectif d’inciter à la discorde dans le pays. 


La presse, proche du parti d’Erdogan, accuse le parti d’opposition pro-kurde HDP d’avoir tiré profit des morts pour gagner des voix et de faire acte de "complicité" avec les "terroristes" du PKK. 


Interdisant l’accès aux médias et bloquant les réseaux sociaux Twitter et Facebook, le gouvernement islamo-conservateur d'Erdogan accusait le Parti des travailleurs du Kurdistan d’avoir organisé l’attentat. Le groupe armé avait annoncé une trêve des hostilités avant l’attentat. Il a été bombardé par l'armée turque qui a neutralisé quatorze terroristes ce week-end. 


Le premier ministre de son côté restait assez vague, citant également comme possibles responsables le DHKP-C et le MLKP, deux organisations d'extrême gauche. 


Le gouvernement, accusé d’instrumentaliser la violence

L'attentat ravive les tensions entre le pouvoir et le Parti démocratique des peuples (HDP). Dimanche, plus de 10 000 manifestants se sont rassemblés sur une place proche de l’attaque d’Ankara pour une “marche de la paix”. Ils accusent M. Erdogan et son gouvernement de ne pas avoir assuré la sécurité du rassemblement du samedi 10 octobre, voire d'avoir contribué à l’attentat en collaborant par exemple avec les terroristes.  

Présent à la manifestation de samedi, Selahattin Demirtas, le chef du parti pro kurde HDP, a critiqué sans ménagement le parti d’Erdogan, l'accusant d'être à la tête d'un "Etat transformé en mafia ou en tueur en série qui agit ouvertement". Il invite ses partisans à patienter jusqu’au 1er novembre, date des législatives, ”pour renverser le dictateur”.

 


Depuis les élections du 7 juin dernier, le président Erdogan a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans, notamment en raison d'un bon score réalisé par le HDP. Ce revers a ruiné ses rêves de modifier la Constitution pour renforcer ses pouvoirs et renforcé les tensions entre les deux camps.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016